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Manga : One Piece, dernière ligne droite d’une saga devenue culte

Mangas One Piece sur le stand de l’Armitière à la Chibi (rendez-vous de la pop culture japonaise en Normandie). Parc des expositions de Rouen en 2021 
Mangas One Piece sur le stand de l’Armitière à la Chibi (rendez-vous de la pop culture japonaise en Normandie). Parc des expositions de Rouen en 2021 
Photo libre de droit

Les aventures de son pirate au chapeau de paille tiennent en haleine des millions de fans dans le monde entier depuis un quart de siècle. Le manga "One Piece" fête son 25e anniversaire et entame, ce 25 juillet, la dernière ligne droite de son odyssée. 

La maison d’édition Shueisha annonce enfin la reprise du célèbre manga One Piece à partir du 25 juillet, après une pause d'un mois. Le Shonen, manga d'action originellement destiné à un public d'adolescent, fête cette année ses 25 ans. Il s’agit de la dernière ligne droite avant la fin des aventures du célèbre pirate Luffy D. monkey.

La chasse du One Piece, trésor convoité par tous les pirates de la série, débute le 1er juillet 1997 lors de la publication du premier tome. Le Shonen compte désormais 102 épisodes publiés au Japon et n’est pas encore terminé. 

"Je vais commencer à présenter tous les secrets de ce monde que j'ai gardé cachés", a prévenu son auteur Eiichiro Oda dans un message manuscrit posté sur Twitter. "Ce sera amusant. S'il vous plaît, attachez votre ceinture".
 
One Piece : Tome 101
One Piece : Tome 101

Les 25 One Piece, un anniversaire au allure de consécration 

En 25 ans d’existence, One Piece a multiplié les records de vente. Avec 490 millions d'exemplaires écoulés, son auteur Eiichiro Oda (47 ans) s'est même vu décerner un "Guinness World Record" dans la catégorie "plus grand nombre d'exemplaires d'une même bande dessinée publiés par un seul auteur".
 

Aux États-Unis comme en France, deuxième plus grand marché après le Japon pour les mangas et l’animation japonaise, cette anniversaire est une consécration.

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"One Piece est aujourd'hui non seulement l'un des plus grands mangas de ce monde, mais l'une des plus grandes œuvres à l'échelle culturelle, tous secteurs confondus", estime auprès de l'AFP Chedli Ben Hassine, créateur de contenus spécialisé dans la pop culture qui compte 1,7 million de followers sur TikTok.

 
Qui est Eiichiro Oda, l’auteur de la célèbre saga One Piece ?

Il a créé l'un des mangas les plus célèbres au monde, mais malgré sa notoriété et un rythme de travail effréné, Eiichiro Oda aime cultiver une part d’insouciance. A 47 ans, l’artiste refuse qu'on l'appelle "sensei" (maître), un titre généralement accordé au nom des grands mangakas. 

L’auteur de One Piece aime à se présenter dans des restaurants ou des hôtels chics en bermuda et sandales à l’image de son héro Monkey D. Luffy. Une éternelle âme d’enfant assumée par l’auteur en 2009 lorsqu’il déclare "Chaque semaine, je me pose la question de savoir si à 15 ans j'aurais apprécié" cet épisode. 

Pourtant derrière cette apparente insouciance se cache un véritable bourreau de travail. Originaire du département de Kumamoto, dans le sud du Japon, Oda entre de plain-pied dans l'univers ultra-compétitif du manga à 17 ans. Sa première œuvre "Wanted!" remporte alors un prix du magazine Shonen Jump. Il connait par la suite des vents contraires et plusieurs échecs mais parvient à publier à 22 ans seulement le premier tome de One Piece. Celui-ci est en partie inspiré par sa fascination enfant pour le dessin animé germano-austro-japonais "Vic le Viking". Connu pour ne dormir que quelques heures par nuit, Oda s'appuie peu sur ses assistants et dessine presque tous les personnages et les objets par lui-même. 

Pour cet auteur devenu une icône dans l’art du manga, dessiner est un « passe-temps ». En 2017, il déclare « Cela ne me stresse pas, donc je suis sûr que je ne me tuerai jamais au travail ». 
 

Une épopée intemporelle 


"Ce qui rend ce manga si spécial, c'est avant tout le scénario", souligne auprès de l’AFP Ryuji Kochi président Europe, Moyen-Orient et Afrique de Toei Animation. L'entreprise japonaise produit l’adaptation animée de la série depuis 1999. 

Industrialisation à outrance, racisme, esclavage, intrigues géopolitiques... Au-delà des thématiques abordées et de ses personnages attachants, l'immense univers de "One Piece" est traversé de références culturelles et géographiques (Egypte antique, Venise, Japon médiéval...) qui lui donnent une dimension universelle.

"En proposant des univers totalement différents, l'auteur permet de ne jamais ennuyer le lecteur dans la narration. Tout ça fait qu'on a une fresque, une épopée, qui dure depuis extrêmement longtemps et où on ne peut pas dire que ça tourne en rond", avait confié à l'AFP Benoît Huot, responsable éditorial manga chez Glénat. Le responsable de la maison d’édition en charge de la licence « One Piece » en France s’exprimait alors à l’occasion de la sortie du 100e tome en France l’an dernier. Tiré à 250.000 exemplaires le volet de la saga avait égalé les records de ventes d’un "prix Goncourt".
 

Vers une adaptation Netflix  

L’intrigue promet encore de nombreux rebondissements. Mais les responsables de la saga s’interrogent sur la manière de s’adresser à un public allant au-delà des fans d'animation japonaise.   

Selon Julien Pillot, économiste spécialiste des industries culturelles interrogé par l’AFP, "la culture japonaise s'exporte désormais très bien". "Elle est [cependant] encore loin du rayonnement des créations occidentales, portées par un très gros marché, et par tout le soft power qu'une grosse machine comme Hollywood place à un niveau industriel". 

Les producteurs comptent sur la plateforme de streaming Netflix sur laquelle une série adaptée de l'univers de "One Piece" doit sortir prochainement. La plateforme compte aujourd’hui plus de 200 millions d'abonnés selon l’AFP. 
 

Cette adaptation n’est pourtant pas sans risque. "L'histoire nous a montré que Hollywood avait toutes les peines du monde à adapter les mangas. On a tous en tête le désastre de l'adaptation de Dragon Ball, sur les plans artistique et commercial", rappelle Julien Pillot. L’économiste se montre cependant optimiste et affirme : "Si Netflix parvenait à faire un produit de très grande qualité, qui capture l'esprit particulier de One Piece, cela serait un bon début".

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