Info

Manifestations contre une cathédrale dans l'Oural: la construction suspendue après l'appel au compromis de Poutine

Affrontement entre manifestants et forces de l'ordre sur le site de la construction d'une cathédrale orthodoxe à Ekaterinbourg, dans l'Oural, le 14 mai 2019
Affrontement entre manifestants et forces de l'ordre sur le site de la construction d'une cathédrale orthodoxe à Ekaterinbourg, dans l'Oural, le 14 mai 2019
afp.com - Alexei VLADYKIN
Affrontements entre manifestants et forces de l'ordre sur le site de la construction d'une cathédrale orthodoxe à Ekaterinbourg, dans l'Oural, le 14 mai 2019
Affrontements entre manifestants et forces de l'ordre sur le site de la construction d'une cathédrale orthodoxe à Ekaterinbourg, dans l'Oural, le 14 mai 2019
afp.com - Alexei VLADYKIN
Des Russes manifestent sur le site de la construction d'une cathédrale orthodoxe à Ekaterinbourg, dans l'Oural, le 14 mai 2019
Des Russes manifestent sur le site de la construction d'une cathédrale orthodoxe à Ekaterinbourg, dans l'Oural, le 14 mai 2019
afp.com - Alexei VLADYKIN

Après plusieurs jours de heurts et de manifestations et un appel à la conciliation de Vladimir Poutine, le maire d'Ekatérinbourg a annoncé jeudi la suspension de la construction d'une imposante cathédrale dans la troisième ville de Russie.

Très controversé, ce projet qui symbolise la puissance acquise en Russie par l'Eglise orthodoxe doit voir le jour dans un parc du centre d'Ekatérinbourg. Il suscite un bras de fer musclé entre ses promoteurs et ses opposants, qui protestent par milliers depuis le début de la semaine sur le site prévu pour ce chantier, un mouvement de contestation d'une ampleur rare pour une ville de province russe.

Au lendemain d'une nouvelle soirée d'échauffourées qui s'est terminée par 70 interpellations, le président russe a appelé jeudi à la conciliation avec les détracteurs de ce projet, estimant que "si les gens qui habitent là-bas sont contre (...), il faut prendre en compte cette opinion".

Quelques heures plus tard, le maire d'Ekatérinbourg, Alexandre Vyssokinski, a annoncé, cité par l'agence de presse publique TASS, que les autorités locales avaient "suspendu les travaux", ajoutant qu'une enquête d'opinion serait réalisée pour déterminer l'avenir du projet.

"La ville va mener une enquête (...) Ce ne sera pas une enquête (portant) sur 100, 200 ou un millier de personnes. Ce sera un choix représentatif", a-t-il déclaré devant les manifestants, qui étaient encore plusieurs centaines jeudi soir selon des images diffusées sur les réseaux sociaux.

Constamment interrompu et parfois hué, Alexandre Vyssokinski n'a pas précisé quelle forme prendrait la consultation qu'il promet.

S'exprimant au cours d'une conférence à Sotchi, sur les rives de la mer Noire, Vladimir Poutine a quant à lui proposé d'organiser un sondage des riverains, à l'issue duquel "la minorité devra obéir à la majorité". "Mais l'opinion et les intérêts de cette minorité doivent aussi être pris en compte", a-t-il poursuivi.

"Une cathédrale doit unir les gens, et non pas les désunir", a encore déclaré le chef de l'Etat, qui affiche régulièrement sa foi et sa proximité avec l'Eglise orthodoxe.

- Influence des milieux religieux -

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avait auparavant dénoncé jeudi les "provocations" et les "mensonges" entourant selon lui cette affaire.

"Il est très probable qu'il y a eu à Ekaterinbourg des gens qui ont provoqué les manifestations d'un comportement illégal et inacceptable. Et cela suscite naturellement les actes appropriés des forces de l'ordre", a déclaré M. Peskov à la presse.

A l'origine des protestations qui ont rassemblé jusqu'à 2.000 personnes: l'installation lundi d'une clôture dans un parc du centre d'Ekaterinbourg. L'endroit doit accueillir d'ici à 2023 une imposante cathédrale orthodoxe de 66 mètres de haut, la reproduction d'une église détruite par les Soviétiques en 1930.

Tandis que le mouvement de protestation continuait, plusieurs personnes avaient été légèrement blessées pendant des affrontements avec des gros bras identifiés comme étant des membres d'une école de boxe rattachée à l'entreprise d'un homme d'affaires finançant la cathédrale.

Amorcé il y a neuf ans, le projet fait depuis polémique dans cette ville industrielle à la forte tradition libérale : Boris Eltsine y a bâti sa carrière politique et elle était jusqu'à récemment l'une des rares de Russie à être dirigées par un maire critique du Kremlin.

Au-delà des questions de religion et d'urbanisme, le conflit a pris une tournure politique, l'opposition libérale, dont Alexeï Navalny, se ralliant aux manifestants

Ce mouvement est perçu comme une nouvelle illustration des tensions dues à l'influence croissante des milieux conservateurs et religieux au détriment des libéraux, sept ans après la "prière punk" du groupe contestataire Pussy Riot dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou.

Des tensions ont émergé à plusieurs reprises ces dernières années en liaison avec des projets de nouvelles églises ou de transfert de bâtiments au Patriarcat orthodoxe russe, qui a une influence considérable. L'Eglise affirme que de nouveaux lieux de culte sont nécessaires après la destruction de nombre d'entre eux pendant la période soviétique.