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Marie-Françoise Courel : "La Chine mène un génocide contre les Ouïghours"

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Interview Isabelle Malivoir

Dans la province du Xinjiiang, aux confins nord-ouest de la Chine, la minorité des Ouïghours subit une persécution quotidienne et une répression violente du pouvoir central. Les explications de Marie-France Courel, présidente honoraire de l'Ecole pratique des hautes études, à Paris.

Tiyip Tashpolat est professeur de géographie, spécialiste de l’étude des zones arides par la télédétection satellitaire, et recteur de l'Université du Xinjiang. Avec lui, Marie-Françoise Courel, elle aussi géographe, a cosigné un ouvrage universitaire. Comme beaucoup d'autres Ouïghours, intellectuel ou pas, il a disparu, en 2017.

Aujourd'hui, après avoir appris sa condamnation à mort le 3 octobre dernier pour "pensées politiques incorrectes", la Conférence des présidents d'université exprime sa solidarité avec leur confrère, nommé en 2008 docteur honoris causa à l'Ecole pratique des Hautes études à Paris.

Comme à beaucoup d'autres Ouïghours qui connaissent le même sort, on reproche à Tiyip Tashpolat des desseins séparatistes. En majorité musulmans, les Ouïghours, sont aussi, souvent, assimilés à l'islamisme révolutionnaire. Or pour Marie-Françoise Courel, là n'est pas le problème. C'est le peuple ouïghour que vise le pouvoir central, en éradiquant sa culture, son architecture, ses traditions, son mode de vie...

Quand on tue un peuple, c'est un génocide.
Marie-Françoise Courel

Au sein même de leur province, les Ouïghours sont désormais minoritaires face à l'ethnie des Han, majoritaire en Chine. Sous prétexte de lutter contre le terrorisme, Pékin s'acharne contre ce peuple autochtone turcophone depuis les émeutes meurtrières d'Ourouchi, voici une dizaine d'années de cela. Les Ouïghours qui manifestent une trop grande liberté de pensée sont envoyés dans des camps de rééducation dont la vocation consister à contrôler les individus qui ne suivent pas la ligne du Parti communiste chinois. Marie-France Courel, elle, parle de génocide.

Un début de mobilisation internationale se met en place. La Suède, les Etats-Unis ou le Canada ont décidé de ne pas renvoyer en Chine les Ouïghours en exil, estimant que leur vie est en danger s'ils rentrent dans leur pays. Mais l'Union européenne — alerte Marie-Françoise Courel — reste particulièrement frileuse : la Belgique et la Suisse aussi, mais surtout la France, où "les étudiants ouïghours sont pistés, suivis, chaque jour, par l'ambassade."