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Marina Correia, championne du monde de longboard dancing : "C'est une victoire pour toutes les filles issues des minorités"

<em>"Je ne quitte jamais ma planche." </em>Marina Correia, championne du monde de longboard dancing.
"Je ne quitte jamais ma planche." Marina Correia, championne du monde de longboard dancing.
© Ruben Chiajese

La capverdienne Marina Correia décroche le titre de championne du monde de longbord dancing. A 23 ans, elle marque déjà l'histoire de son sport en devenant la première femme noire et africaine à remporter la compétition.

Marina Correia a passé toute son enfance au Cap-Vert. A 14 ans, elle quitte son pays avec toute sa famille pour Nice, dans le sud de la France. A l'adolescence, la jeune femme se prend de passion pour le longboard dancing, un savant mélange entre skate et figures de danse. Depuis, elle règne sur sa discipline, Marina Correia est championne du monde. Entretien.

TV5MONDE : Vous êtes la nouvelle championne du monde de longboard dancing. Comment avez-vous vécu cette victoire ?

Marina Correia : Je suis très contente et fière. Cette victoire est tout un symbole pour moi, à titre personnel je suis heureuse et cela est surtout une victoire pour toutes les filles issues des minorités qui parfois pensent ne pas être capables d’accomplir leur rêve. Je suis la première femme noire, africaine à remporter ce titre, c’est une victoire aussi pour toutes les petites filles qui me suivent sur les réseaux sociaux.

Entre art et sport

Le longboard dancing est né en 2007, en Californie, aux Etats-Unis. La discipline allie danse et glisse. “C’est un mélange entre le skateboard et le surfboard. Sur la planche, on enchaîne des pas de danse tout en faisant des figures. Sur les vidéos que je poste, on peut voir que l’on tourne sur soi-même, on croise nos jambes, nos pieds”, explique la championne du monde Marina Correia.

Le longboard dancing s’est popularisé, à travers le monde, à partir des années 2010. Les adeptes du longboard dancing ont des planches pouvant aller jusqu’à 2 mètres. Ils sont à la frontière entre art et sport.

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Comment se sont passés vos entraînements avant le championnat du monde ?

Marina Correia : Je fais du longboard tous les jours. Dès que j’ai un peu de temps, ma planche est avec moi, même pour aller chercher du pain. Je suis limite accro.

En temps normal, j’ai confiance en moi mais pour cette compétition j’étais stressée. Quand je fais du longboard, je me filme et après je regarde les failles, ce qui va, ce qui ne va pas… Je suis perfectionniste. 

En finale, nous étions 6 filles à concourir. Je me suis motivée, encouragée. J’ai enregistré ma vidéo sur la promenade des Anglais à Nice en me disant "vas-y, tu vas y arriver”. Je m’y suis reprise à plusieurs reprises car le rendu final ne me plaisait pas, parce qu’il y avait à chaque fois une personne qui passait devant l’objectif. 

J’ai donné le meilleur de moi-même. Pour l’anecdote, les jurys se sont même demandé si j’avais accéléré la vidéo car j’allais très vite. Ils étaient impressionnés.

 

Quand avez-vous commencé le longboard dancing ?

Marina Correia : J’ai commencé à m’y intéresser en 3ème. Au départ, je voulais un skateboard et mon père m’a alors proposé de commencer par plus petit avec ce que l’on appelle un “cruiser”. Cette petite planche sert à se déplacer. Vers 16-17 ans, ma planche s’est cassée et on m’a prêté une longboard. Voilà comment tout a commencé… 

Ma mère n’était pas d’accord pour que je pratique le longboard. Pour elle, c’était dangereux ; elle avait peur pour moi. Même si elle ne me l’a jamais dit, je pense aussi qu’elle voyait cela comme un sport pratiqué par des personnes négligées, qui fument, qui boivent… alors que ce sont des clichés. Le longboard est un sport qui apprend la patience, à rester motivé, tu tombes, tu te relèves et apprends de tes erreurs pour continuer. Pour moi, c’est vraiment un mode de vie. C’est un art.

  • Voir aussi : Sports urbains : danser sur une planche à roulette de 80 cm, c'est le longboard dancing

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Comment votre pratique du longboard dancing est-elle perçue ?

Marina Correia : J’ai déjà eu l’occasion de proposer des activités autour du longboard et des jeunes m’ont déjà dit que pour eux c’est un sport pour un public précis, ciblé, un “sport de "Blancs"”. Je ne peux pas les blâmer car à la télévision, dans les fims, sur Internet et dans les publicités on voit souvent le même archétype : un homme blanc, cheveux sur le côté avec un sweat à capuche... Peut-être que cela a sensiblement changé mais cela ne se voit que trop peu. Il n’y a pas assez de représentation de la diversité dans ce milieu sportif, voilà pourquoi je suis fière de revendiquer être la première femme noire et africaine à remporter un tel titre.

Pour moi, c’est aussi une manière de dire : “Regardez, nous les minorités, nous sommes capables d’accomplir des choses au-delà des rôles qui nous sont assujettis” car trop souvent les seules réussites qui nous sont proposées sont dans la danse ou le chant. Et encore aujourd’hui, il est rare de voir une fille noire non sexualisée mise en avant uniquement pour son talent. 

Dès qu’une femme noire veut s’exprimer et argumenter, elle est considérée comme agressive ; faire du longboard pour moi c’est aussi casser les codes et dire “regardez, je ne suis pas blonde, je ne suis pas californienne. Je suis une femme noire et je peux accomplir des choses qui ne m’étaient pas destinés”.

A l’annonce de votre victoire vous avez subi des attaques racistes sur les réseaux sociaux. Qu’est ce qui vous a interpellé ?

Marina Correia : Les femmes noires sont particulièrement la cible de harcèlement sur les réseaux sociaux. Auparavant, je n’avais jamais subi de harcèlement mais fort heureusement j’ai la force mentale d’affronter tout cela.

Ce qui m’a le plus touchée c’est que ces agressions sont venues de personnes appartenant aussi à la communauté noire. Sur Twitter, j’ai pu lire des messages comme “On s’en fout de ton sport”, “Bravo c’est bien mais tu n’es pas noire” ou encore “Félicitations mais arrête de voler le titre aux vraies femmes noires”.

Au départ cela m’a blessée et en prenant du recul, je me suis dit que ces gens cherchaient à tout prix le buzz, à faire mal, à humilier l’autre. Je suis métisse et noire, et j’en suis fière.

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Comment voyez-vous la suite ?

Marina Correia : Je souhaite continuer à m’exprimer à travers mon art. Je suis passionnée par le longboard mais en faire mon métier n’est pas une priorité. J’ai pour objectif d’aider les minorités. Par exemple, j’ai un projet qui consiste à aider les plus jeunes à s’exprimer à travers le longboard. 

Le contexte sanitaire pour le moment ne me le permet pas mais j’aimerais, en partenariat avec les marques qui voudront bien m’aider, me rendre dans les orphelinats, les maisons pour jeunes, les hôpitaux et proposer des activités autour du longboard. J’ai également des collaborations à venir mais ce sont des surprises et je n’en parlerai pas pour le moment car je suis superstitieuse.