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Maroc - Israël : les réactions après l'annonce de Donald Trump sur le Sahara occidental

Visite du roi du Maroc, Mohammed VI, à Laâyoune (Sahara occidental), le 7/11/2015.<br />
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Visite du roi du Maroc, Mohammed VI, à Laâyoune (Sahara occidental), le 7/11/2015.

 
AP Photo/Abdeljalil Bounhar.

Jeudi 10 décembre, Donald Trump a annoncé que le Maroc s'était engagé à normaliser ses relations avec l'Etat hébreu et que les Etats-Unis reconnaissaient la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Cette annonce américaine a entraîné des réactions mitigées. Saluée par le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, elle a été fermement condamnée par le mouvement islamiste palestinien Hamas et le Front Polisario.

"Une autre avancée HISTORIQUE aujourd'hui!", a écrit sur Twitter le président américain. "Nos deux GRANDS amis, Israël et le Royaume du Maroc, ont accepté de normaliser complètement leurs relations diplomatiques - un grand pas en avant pour la paix au Moyen-Orient!"

Donald Trump, qui quittera la Maison Blanche le 20 janvier 2021, a ainsi annoncé avoir signé, jeudi 10 décembre, une proclamation reconnaissant la souveraineté marocaine sur le sahara Occidental, territoire disputé entre Rabat et le Front Polisario.

"La proposition sérieuse, crédible et réaliste du Maroc sur le plan d'autonomie est la seule base pour une solution juste et pérenne afin d'assurer la paix et la prospérité!", a-t-il écrit sur Twitter.

Rabat a confirmé cette annonce par un communiqué du Palais royal. Le roi Mohammed VI a indiqué à Donald Trump que son pays allait "reprendre les contacts officiels (...) et les relations diplomatiques dans les meilleurs délais" avec l'Etat hébreu. Le souverain a par ailleurs assuré au président palestinien Mahmoud Abbas la poursuite de "l'engagement permanent et soutenu du Maroc en faveur de la cause palestinienne juste".

Il ne s'agit pas d'une "reconnaissance" d'Israël, a souligné un haut responsable diplomatique marocain, même si des liens existent entre les deux pays, notamment du fait de l'importante communauté juive d'origine marocaine en Israël, qui compte environ 700.000 personnes.

"Le Maroc a reconnu Israël en 1994, il y a eu une présence diplomatique pendant huit ans à Rabat et Tel-Aviv", jusqu'à leur fermeture au début des années 2000, a rappelé le haut responsable.
 

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La question de la normalisation des relations entre Rabat et Israël avait été relancée en février lors d'une visite au Maroc du chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

Des médias israéliens assuraient que Rabat serait prêt à faire un geste en contrepartie d'un soutien américain au Maroc sur le Sahara occidental. 

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Vols directs entre Israël et le Maroc

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'est félicité de cet accord "historique". Il a évoqué des "bureaux de liaison, puis des relations diplomatiques directes et des vols directs entre les deux pays". 

En revanche, le mouvement islamiste palestinien Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, a pour sa part dénoncé un "péché politique (...) qui ne sert pas la cause palestinienne".

Sur le règlement du conflit israélo-palestinien, le Maroc est en faveur d'une solution à deux Etats avec Jérusalem-Est comme capitale des Palestiniens, et contre la politique de colonisation d'Israël dans les Territoires occupés.

Le roi du Maroc préside le "Comité Al-Qods" (Jérusalem en arabe), créé par l'Organisation de la coopération islamique pour oeuvrer à la préservation du patrimoine religieux, culturel et urbanistique de la Ville sainte.

Avant le Maroc, Bahreïn et les Emirats arabes unis avaient annoncé ces derniers mois la normalisation de leurs relations avec Israël, dans le cadre des accords dits d'Abraham, menés par la Maison Blanche représentée par Jared Kushner, gendre et conseiller de Donald Trump.

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Autre réaction, celle de l'Egypte : le président Abdel Fattah al-Sissi a lui salué un "pas important vers davantage de stabilité et de coopération" dans la région.  L'Egypte a été le premier pays arabe à signer la paix avec Israël en 1979, avant la Jordanie en 1994.

Le Soudan a également donné son accord de principe et selon Jared Kushner, la reconnaissance d'Israël par l'Arabie saoudite est "inéluctable".

L'Espagne, ancienne puissance coloniale au Sahara occidental, a dit se "réjouir" de cette normalisation, comme celles des semaines passées.

"Maintenant, il reste à résoudre le problème de la paix entre les Israéliens et les Palestiniens et il reste à résoudre la position sur le Sahara occidental", a indiqué le ministre des Affaires étrangères Arancha Gonzalez. 

"Dans les deux cas, la position de l'Espagne est très claire: je respecte les résolutions des Nations unies pour trouver une voie de sortie sur ces deux sujets", a-t-il dit.

Le Front Polisario, mouvement indépendantiste sahraoui, a dénoncé  la décision du président Donald Trump de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

Le Polisario et le gouvernement sahraoui condamnent dans les termes les plus forts le fait que le président américain sortant Donald Trump attribue au Maroc ce qui ne lui appartient pas.Ministère sahraoui de l'Information 

La Russie a dénoncé vendredi la décision par le président américain Donald Trump de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, estimant qu'elle "sort complètement du cadre du droit international".

"Ce que les Américains ont fait ici, c'est une décision unilatérale qui sort complètement du cadre du droit international", a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov, cité par les agences de presse Ria Novosti et TASS.

Il a ajouté que cette décision ne respectait pas non plus "les décisions de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, avec lesquelles les Américains eux-mêmes étaient d'accord".

La France a salué vendredi la "reprise des relations diplomatiques" entre Israël et le Maroc, estimant que le conflit au Sahara occidental, un des enjeux de cette normalisation, n'avait que "trop duré" et qu'une issue "juste et durable" devait être trouvée.

"Le conflit au Sahara occidental n'a que trop duré et fait peser un risque permanent de tensions", a déclaré la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

L’Algérie a, quant à elle,  dénoncé ce samedi des "manœuvres étrangères" visant à la déstabiliser, mentionnant Israël, après la reconnaissance par Washington de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, en contrepartie d'une normalisation des relations du Maroc avec l'Etat hébreu.

"Il y a des manœuvres étrangères qui visent à déstabiliser l'Algérie. Il y a maintenant une volonté de -l'entité sioniste- (ndlr: Israël) de se rapprocher de nos frontières", a accusé le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, dans la première réaction de son pays à la décision américaine.


 

Un "cadeau" pour le Maroc ?


Pour Bruce Maddy-Weitzman, spécialiste des relations israélo-marocaines à l'université de Tel-Aviv cette décision américaine est un "cadeau""Du point de vue des Marocains, il s'agit d'un cadeau d'une administration Trump sur le départ et d'un cadeau de surcroît central à l'identité nationale du Maroc, et à sa priorité en terme de politique étrangère depuis le milieu des années 70: le Sahara occidental. Le fait que l'administration américaine reconnaisse la souveraineté du Maroc sur ce territoire et y ouvre un consulat, c'est vraiment hors de l'ordinaire."

La position de l'ONU reste inchangée

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a fait savoir que sa position était "inchangée" sur le Sahara occidental et que "la solution à cette question peut toujours être trouvée sur la base des résolutions du Conseil de sécurité".

Dans son communqué, le Polisario exhorte l'ONU et l'UA à "faire pression sur le royaume du Maroc pour qu'il mette fin à son occupation du Sahara occidental".

La question du statut du Sahara occidental, toujours considéré comme un "territoire non autonome" par l'ONU en l'absence d'un règlement définitif, oppose depuis des décennies le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l'Algérie.

Le Polisario réclame un référendum d'autodétermination, prévu par l'ONU, tandis que le Maroc, qui contrôle plus des deux tiers de ce vaste territoire désertique, propose un plan d'autonomie sous sa souveraineté.

Les discussions sous l'égide de l'ONU entre le Maroc et le Front Polisario sont interrompues depuis mars 2019.

Des négociations dans l'impasse depuis 2019

Mohammed VI a salué une "prise de position historique" des Etats-Unis. De son côté, l'équipe du président élu américain Joe Biden a pour sa part refusé de commenter les annonces de M. Trump.

Le Maroc, qui contrôle 80% de ce territoire désertique de 266.000 km2, propose une autonomie sous sa souveraineté, alors que le Polisario réclame un référendum d'autodétermination, prévu par un accord de cessez-le-feu signé en 1991 sous l'égide de l'ONU après seize ans de guerre.

Mais les négociations sont au point mort depuis mars 2019. La situation est très tendue avec des échanges de tirs entre les combattants sahraouis et l'armée marocaine après une opération militaire marocaine surprise le 13 novembre dans l'extrême sud du territoire. 

L'ONU, dont une mission de paix tente d'organiser ce référendum, a indiqué que la décision américaine ne changeait pas sa position sur ce qu'elle considère comme un "territoire non autonome".