Info

France : #Metooinceste se répand sur les réseaux sociaux

Enfant derrière une porte (image d'illustration)
Enfant derrière une porte (image d'illustration)
© iStock / inoCdZ

"J'avais 15 ans, mon frère", "c'était mon grand-père", "l'oncle cool de la famille"...  Dans la foulée de l'affaire Olivier Duhamel, le hashtag #Metooinceste suscite depuis samedi 16 janvier "des centaines" de témoignages sur Twitter, selon le mouvement féministe #Noustoutes.

Sur le modèle du mouvement #Metoo qui a enclenché une vague de libération de la parole des femmes dénonçant agressions et harcèlements sexuels à partir de 2017, ce nouveau hashtag intervient "dans le sillage de la publication du livre de Camille Kouchner, La familia grande", note le mouvement féministe Noustoutes dans un communiqué.

Camille Kouchner assure dans ce livre que son frère jumeau a été victime d'inceste par son beau-père, le politologue Olivier Duhamel, lorsqu'il avait 14 ans.

Pour #Noustoutes, "ces témoignages viennent confirmer ce que disent et répètent depuis de nombreuses années" les professionnels de la protection de l'enfance. "Les personnes qui commettent le crime d'inceste viennent de tous les milieux", les adultes réagissent "peu ou mal" et les signaux envoyés par les victimes "ne sont pas entendus". 

Le mouvement estime que "nous aurions la possibilité de détecter ces violences très vite et de les faire cesser", plaidant notamment pour des "campagnes de prévention massives" et pour une meilleure formation des professionnels qui travaillent au contact d'enfants.

Le hashtag #metooinceste était en deuxième position dans les tendances sur Twitter en fin d'après-midi samedi 16 janvier.

L'inceste reste un sujet profondément tabou dans la société et encore minimisé, alors qu'il serait massif en France avec près d'une personne sur dix potentiellement touchée.

Vers une réforme judiciaire contre l'inceste ?

L'épouse du chef de l'Etat, Brigitte Macron, a dit souhaiter dimanche 17 janvier une réforme judiciaire pour lutter contre l'inceste, un crime mis en lumière récemment par l'affaire Olivier Duhamel.
C'est difficile d'en parler, c'est courageux d'en parler, mais il faut absolument que ces actes soient sus et que ces actes ne soient pas tus.Brigitte Macron sur la chaîne TF1

Interrogée sur la nécessité d'une "réforme judiciaire" à laquelle l'exécutif réfléchit, elle a d'abord répondu qu'il s'agissait d'un "terrain sur lequel" elle ne voulait pas aller, avant d'ajouter: "Je le souhaite, je l'espère, j'appelle de mes voeux".

Auparavant, elle avait souligné que le thème "central cette année" de l'opération Pièces Jaunes était "l'hôpital, le dépistage des violences, de toutes les violences, que ce soit des violences physiques, des violences psychologiques, des violences sexuelles faites aux enfants parrainés par des équipes qui seront totalement" dédiées.

"Parce qu'on s'est rendu compte qu'un jour ou l'autre, tous ces enfants-là, tous ces ados sont passées ou passent à l'hôpital". "Il faut, à ce moment-là qu'on les repère, qu'on les inscrive dans un parcours de soins", a-t-elle ajouté, soulignant que cela lui tenait "particulièrement à coeur".

Voir aussi : l'entretien avec la psychiatre Muriel Salmona et le cofondateur du collectif "Prévenir et protéger", Arnaud Gallais

Chargement du lecteur...

La ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa avait auparavant affirmé sur LCI qu'elle "soutiendrait la propositions de loi de la député Alexandra Louis pour durcir la loi sur les questions d'inceste, parce qu'elle propose de créer des infractions particulières et de remettre à plat ces crimes-là".

"La Familia grande" : Camille Kouchner accuse Olivier Duhamel d'avoir abusé de son frère jumeau


"La Familia grande", de Camille Kouchner, la fille de l'ancien ministre et ex-militant d'extrême gauche Bernard Kouchner, est un succès de librairie en France depuis sa sortie le 6 janvier.

Le livre éclaire le destin de cette génération élevée par ceux pour qui il était "interdit d'interdire", l'un des slogans du mouvement de contestation étudiant, politique et social qui explosa en France en mai 1968.

Dans ce livre, la juriste Camille Kouchner accuse son beau-père, le politologue très influent Olivier Duhamel, ancien eurodéputé socialiste (1997-2004), d'avoir agressé sexuellement son jumeau adolescent à la fin des années 1980. Affirmant que "le microcosme des gens de pouvoir" en a été informé, elle relève que son beau-père a été "protégé" par une forme d'omerta familiale et par sa femme.

A propos de sa mère par exemple, l'universitaire Evelyne Pisier, qui lui a inculqué qu'une femme devait rester la plus libre possible, Camille Kouchner a dit : "Elle est allée jusqu'à abandonner un peu ses enfants. Même beaucoup".