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Migrants : des témoignages à l'épreuve de la réalité

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© TV5 Monde / L. SANCHEZ, C. DEHONDT, C. BOUR

La crise migratoire est toujours au coeur des débats nationaux et européens comme le montre une nouvelle fois les errements en Méditerranée du navire humanitaire, Aquarius, cette semaine. Pour les citoyens, la question des migrants s'accompagne d'idées préconçues. Témoignages à Paris et décryptage.

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Pour ou contre l’immigration ? Accueillir des migrants ? Votre arrivée en France ? Aider les migrants ? Nous avons posé ces questions à deux personnes, à Paris.

Olivier est né au Cameroun, il est gérant d'une boutique de téléphonie. Sofiane, âgé de 27 ans est français de parents algériens. Il gère une boutique de maroquinerie dans la capitale. 

À la lumière de leurs témoignages, voici la réalité des chiffres et des situations...

“Tout le monde est migrant quelque part”


Mais qu’est ce qu’un migrant ? qu’est ce qu’un réfugié ?

En théorie, tous les réfugiés sont des migrants mais l’inverse n’est pas vrai. Selon l’UNESCO, un migrant “vit de façon temporaire ou permanente dans un pays dans lequel il n’est pas né et (qui) a acquis d’importants liens sociaux avec ce pays.”  Un migrant est donc une personne qui a quitté son pays pour diverses raisons : familiales, économiques ou politiques.

Dans l’article 1 de la Convention de Genève de 1951 ratifiée par 145 pays, un réfugié est une personne “craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ; ou qui, si elle n’a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner.

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“Il faut accueillir les migrants, je pense qu’on a les moyens en France”


D’après les chiffres de la Commission Européenne, cette année, la France aurait accueilli seulement 635 migrants arrivés en Italie alors qu’elle s’était engagée à en recevoir 7115, depuis 2015.

Selon l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), en 2017, 100 412 demandes d’asile ont été faites sur le territoire et environ 43 000 ont été acceptées. Tandis qu’à l’échelle européenne, les demandeurs d’asile étaient 706 913, cette même année, d’après le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO).

Au mois de juin, le Conseil européen sur les migrations souhaite aboutir à une meilleure répartition des migrants à travers l’Europe grâce à la création de centres de contrôles des arrivées. Depuis, la France a accueilli 78 des 630 migrants de  l’Aquarius, le navire humanitaire, en juin, 20 des 87 migrants de l’Open Arms, 51 des 233 migrants du Lifeline fin juin et 50 des 450 migrants recueillis par des navires militaires et débarqués en Italie mi-juillet.
 
Une manière pour la France de montrer l’exemple, même si le président français a été accusé pour la deuxième fois “d’irresponsabilité” face à la situation des migrants bloqués dans l’Aquarius en mer Méditerranée, cette semaine. Pour Emmanuel Macron, c’est le ‘“droit de la mer” - qui indique qu’un navire doit accoster au port le plus proche - qui devait décidé de leur sort.
 
Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), l’Espagne est, par ailleurs, devenue la plus importante terre d’accueil des migrants, avec près de 18 000 arrivées par la mer, depuis le début de l’année.

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“Les migrants participent à l’économie de la France”


Accueillir des migrants : un avantage ou une contrainte économique pour les pays ? Ces nouveaux arrivants obtiendraient des aides sociales qui vont au-delà de ce qu’ils apporteraient économiquement au pays. Pour d’autres, c’est l’augmentation du chômage ou la crainte que les emplois soient pris par les migrants, qui inquiète. Des arguments qui ne se vérifient pas, en réalité.

Une étude réalisée par des chercheurs du CNRS et publiée dans le magazine Science Advances au mois de juin démontre le contraire. L’immigration aurait un impact positif sur l’économie d’un pays. Durant la période étudiée, de 1985 à 2015 en Europe de l’Ouest, le PIB par habitant a augmenté, le taux de chômage diminué et l’augmentation des recettes fiscales a contrebalancé les dépenses publiques supplémentaires engendrées par l’immigration.

Du même ordre, des économistes du McKinsey Global Institute ont affirmé dans une récente étude que, “les migrants ont contribué à hauteur d’environ 6,7 mille milliards de dollars soit 9,4%, au PIB mondial en 2015. C’est plus de 3 mille milliards de dollars de plus qu'ils auraient produit dans leur pays d'origine. 2,3 mille milliards de dollars ont d’ailleurs été produits en Europe occidentale.” Ainsi, selon eux,“les migrants de tous niveaux de compétences contribuent positivement à l’économie que ce soit par l’innovation, l'entreprenariat ou en poussant les populations locales à travailler pour des emplois à plus haute valeur ajoutée.

En 2016, une étude américaine publiée par l’Académie nationale des sciences, de l'ingénierie et de la médecine a déclaré que sur le long terme, les migrants ne prennaient pas les emplois des Américains et ne baissaient pas les salaires.

La France commencerait-elle à le comprendre ? Au début du mois d’août, l’Assemblée nationale a adopté la loi asile-immigration. Bien que très contestée, elle offre désormais la possibilité à un demandeur d'asile de travailler au bout de 6 mois après sa demande au lieu de neuf auparavant.

Aider des migrants “si les moyens me le permettent”

En 2016, la ministre du Logement de l’époque, Emmanuelle Cosse avait incité les citoyens à accueillir à leur domicile un migrant ou un réfugié, une façon de soutenir individuellement ces nouveaux arrivants.

Au-delà de cette aide, la multiplication des initiatives locales, régionales et même nationales montrent que d’autres possibilités existent.

À Paris, par exemple, des acteurs de la société civile et institutionnelle comme l’association France Terre d’Asile (FTA), la Ville de Paris et le gouvernement organisent chaque semaine des maraudes pour aider des migrants à trouver un logement temporaire avant d’évaluer leurs situations.

Le 1er août, l’assouplissement du “délit de solidarité” - qui sanctionnait toute personne qui aidait des étrangers en situation irrégulière - devrait permettre aux citoyens d’aider des étrangers en situation illégale, sans être poursuivi si l’aide est “désintéressée", c’est-à-dire, “lorsque l’acte reproché n’a donné lieu à aucune contrepartie directe ou indirecte et a consisté à fournir des conseils ou
accompagnements juridiques, linguistiques ou sociaux, ou toute autre aide apportée dans un but exclusivement humanitaire.


C’est donc une décision qui va en faveur des personnes qui ont choisi d’aider des migrants ces dernières années. Comme c’est le cas de l‘agriculteur, Cédric Herrou, qui avait été condamné à 4 mois de prison avec sursis pour avoir aidé 200 migrants à la frontière franco-italienne, en août 2017.

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