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Migrants : la mort ou la détention, enfants inclus

Corps de naufragée au large de la Libye, le 21 juin 2017.<br />
<sub>(AP Photo/Emilio Morenatti) </sub>
Corps de naufragée au large de la Libye, le 21 juin 2017.
(AP Photo/Emilio Morenatti)

Alors que plusieurs naufrages d'embarcations de migrants ont causé la mort ou disparition d'au moins 600 d'entre eux ces quatre dernières semaines, l'Europe rivalise d'imagination pour refouler ceux qui parviendraient sur ses rives. En France, des associations agréées pour l'accueil de réfugiés dénonçent l'inflation des mises en rétention d'enfants.

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Les honnêtes et bienveillants citoyens français, allemands, italiens ou autrichiens, excédés de voir les migrants du sud souiller leurs trottoirs et des associations agaçantes secourir leurs désespérés peuvent trouver, en ce début juillet, un sujet de discret soulagement : 600 d'entre eux, au moins, ne viendront pas gâter leurs vacances.

 
Migrants en détresse au large de la Libye, le 23 juillet 2017.<br />
<sub>(AP Photo/Santi Palacios) </sub>
Migrants en détresse au large de la Libye, le 23 juillet 2017.
(AP Photo/Santi Palacios)
Ils sont morts, noyés ou disparus en Méditerranée au cours des quatre dernières semaines, indiquent ce 12 juillet MSF et SOS Méditerranée.

Parmi eux, venus pour l'essentiel d'Afrique subsaharienne, nombre de femmes et d'enfants en quête d'un semblant d'avenir, voire seulement d'une survie qu'ils ne trouveront pas.

Une partie des rescapés, secourus par les gardes-côtes libyens, seront ramenés vers leur point de départ, dans un centre de détention de Tripoli.

« L'Italie n'est plus seule »

Ils auront le loisir d'y apprendre que les dirigeants de cette Europe qu'ils rêvent d'atteindre, après des semaines de disputes, sont parvenus les 28 et 29 juin à un heureux compromis pour que cela ne se produise pas.

Salué par le président français Emmanuel Macron et le chef du gouvernement italien soutenu par l'extrême-droite Giussepe Conte (« L'Italie n'est plus seule », se réjouit ce dernier), il prévoit notamment la création de « plateformes de débarquements » de migrants en dehors de l'UE pour dissuader les traversées de la Méditerranée.

 
Réfugiés attendant leur enregistrement à Berlin en 2016.<br />
<sub>(AP Photo/Markus Schreiber) </sub>
Réfugiés attendant leur enregistrement à Berlin en 2016.
(AP Photo/Markus Schreiber)
Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, les survivants pourront aussi se réjouir dans leur détention de l'accord providentiel conclu ce 3 juillet en Allemagne entre la chancelière Angela Merkel et ses alliés de droite pour la mise en place de « centres de transit » aux frontières de l'Allemagne.

Y seront enfermés les candidats à l'immigration capturés en attendant leur refoulement vers l'Autriche, qui n'en veut à aucun prix.

Son allié de gauche, le SPD  avait naguère fermement rejeté ces « centres de transit », en 2015. « Nous n'avons pas besoin d'énormes prisons à la frontière », avait dénoncé à l'époque Heiko Maas, actuellement ministre des Affaires étrangères. Finalement, le parti social-démocrate semble bien en vouloir. Les élections approchent. « Pauvre SPD », a commenté le chef des Ecologistes, Robert Habeck.

La France sans états d'âme

En France, où 64 % de la population approuverait, selon un sondage de circonstance, le choix présidentiel de fermer ses ports à l'Aquarius et ses 629 naufragés et où des montagnards sont emprisonnés pour avoir sauvé des vies d'Africains perdus dans leurs alpages, plusieurs organisations non gouvernementales intervenant dans les « centres fermés » d'accueil (Assfam-Groupe SOS, ForumRéfugiés-Cosi, France Terre d'Asile, Cimade, Ordre de Malte, Solidarité Mayotte) ont ce mardi 3 juillet publié un rapport conjoint sur l'utilisation de ces dits centres.

 
Dans un centre de déténtion administrative français<br />
<sub>(capture d'écran illusttration rapport 2016 Cimade)</sub>
Dans un centre de déténtion administrative français
(capture d'écran illusttration rapport 2016 Cimade)
Au total, plus de 46.800 personnes ont été placées en rétention l'an dernier, contre 45.900 en 2016.

Spécialité française : la rétention de mineurs. Celle-ci a augmenté de 70% l'an dernier en métropole pour atteindre le niveau record de 304 enfants enfermés, avec 147 familles, selon les associations qui ont dénoncé mardi le recours à cet enfermement des sans-papiers en vue de leur éloignement.

« L'enfermement des enfants a été multiplié par 7 depuis 2013 en métropole », a déploré David Rohi (Cimade) lors d'une conférence de presse, rappelant que « de nombreux pays européens » n'avaient pas recours à cette pratique.

« La rétention, a rappelé Mathias Venet (Ordre de Malte), se déroule dans un milieu proche du milieu carcéral » et pour ces enfants qui « arrivent souvent hagards et inquiets », le « choc » se traduit par « un épuisement total », des bébés qui refusent de s'alimenter, des enfants « qui s'urinent dessus »…

Brefs émois ...

Reste d'une législation protectrice : les mineurs placés en rétention le sont en famille, la France ne séparant pas parents et enfants, à l'inverse des Etats-Unis. 2.300 mineurs y ont été arrachés à leurs parents à la frontière mexicaine, suscitant, fait géopolitique mémorable, les larmes de Mélania Trump et avec elles un tollé qui a contraint son sensible mari à faire machine arrière.

 
Manifestation contre la loi sur l'immigration à Paris, le 17 juin 2018.<br />
<sub>(photo Pascal Priestley)</sub>
Manifestation contre la loi sur l'immigration à Paris, le 17 juin 2018.
(photo Pascal Priestley)
En France, la rétention des mineurs n'a pas suscité de larmes d'épouse présidentielle mais elle a créé des tensions jusque dans la majorité lors de l'examen du controversé projet de loi asile-immigration, qui doit être définitivement adopté cet été.

En juin le Sénat a limité à cinq jours la rétention d'un étranger s'il est accompagné d'un enfant. A l'Assemblée un groupe de travail LREM doit plancher sur le sujet en vue d'une proposition de loi.

Mais en dépit de murmures assortis parfois d'un peu de gène, le vote du projet gouvernemental par la majorité présidentielle renforcée de la droite ne fait en réalité guère de doute.

Dans sa dernière version, il prévoit, outre le maintien de la détention des mineurs, le doublement de la durée maximale de la rétention, portée à 90 jours. Trois mois, sans voir un juge. Pour s'y adapter, Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur ex- socialiste, compte construire 400 places de CRA supplémentaires, portant leur total à « environ 2.500 », selon la Cimade. 

« La France n'est pas le pays qui subit la plus forte pression migratoire mais c'est celui qui enferme le plus », a signalé le président de la prestigieuse association fondée, il y a un certain temps, pour secourir les réfugiés de la Seconde Guerre mondiale. 

[mise à jour le 12 juillet 2018 pour le nouveau chiffre des victimes, NDLR]