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MMA : Francis Ngannou, de la rue au toit du monde

Francis Ngannou combat Stipe Miocic, le 21 janvier 2018, à Boston. 
Francis Ngannou combat Stipe Miocic, le 21 janvier 2018, à Boston. 
AP/Gregory Payan

Dimanche, à Anaheim (Californie), le MMA (Arts martiaux mixtes) vivra ce que certains appellent « le match de l’année ». Étonnamment, il fera s’affronter deux athlètes qui sont passés par les salles d’entrainement françaises : le Français Ciryl Gane, challenger à l’ascension fulgurante, et le Camerounais Francis Ngannou, alias « Le Prédateur » et entre autres le champion du monde des lourds UFC (Ultimate Fighting Championship). Désormais au rang de superstar aux États-Unis, le Camerounais revient de loin, après avoir découvert ce sport de combat tardivement. 

La vie de Francis Ngannou a tout l’air d’une success story. "C'est l'histoire d'un jeune qui n'a pas eu beaucoup de chance dans la vie mais qui ne s'est pas résigné, qui s'est permis de rêver. Je combats contre un sort qui m'était destiné, une situation à laquelle j'étais condamné » résume le sportif à la carrure de colosse (1,93 m, 113 kg) qui lui vaut son surnom.

Né en 1986 et issu d’une famille pauvre, Francis Ngannou passe son enfance à Batié, dans le nord-ouest du Cameroun. Il y abandonne rapidement le collège et enchaîne les petits boulots pour survivre, en travaillant dans une carrière de sable ou comme conducteur de moto-taxi.

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En 2 ans, un ticket pour l’équivalent de la NBA

Jeune mais déjà physique, il découvre rapidement les sports de combat bien qu'il ne s’entraîne que sporadiquement. Il est cependant sûr qu’il en fera sa vie et, en l'absence de perspectives dans son pays, s’exilera à l’âge de 22 ans. En 2013, il arrive clandestinement en France. Sans domicile fixe et sans papiers, il dort un temps dans les rues de Paris avant de faire des rencontres qui lui permettent de poursuivre sa carrière dans les arts martiaux.

Fernand Lopez, tenant de la MMA Factory, club référence de la discipline en France, dans le XIIe arrondissement de Paris, est le pionnier de ce sport de combat devenue légal seulement en 2018 dans l'hexagone. Quand il voit Francis Ngannou passer les portes de sa salle, il sait qu’il en fera un champion. « En l’espace de 3 semaines, je ne pouvais plus m’entrainer avec lui. Physiquement il m’écrasait. » assure l'entraineur dans un documentaire d’RMC Sport.

C'est l'un des combats les plus importants de l'année et même sans doute de l'histoire de l'UFC. 

Lawrence Epstein, directeur général de l’UFC

2 ans plus tard, mission réussie. Le prodige décroche un ticket pour accéder au championnat de l’UFC, l’équivalent de la NBA pour le MMA. Lors de son premier match, Francis Ngannou se fait remarquer par un ko de son adversaire dès le premier round. Dana White, le patron de l’UFC est en bord de cage. Il filme la scène, abasourdi, et publie sur ses réseaux sociaux la performance de Ngannou, annonçant l’arrivée prometteuse du nouveau talent camerounais dans le championnat.

La puissance d’une « voiture familiale type Ford Escort »


En mars 2018, le Camerounnais dispute le match le plus important de sa (courte) carrière, celui qui le fera accéder au titre des poids lourds de la Ligue américaine d'arts martiaux mixte. Stipe Miocic, l’américain tenant du titre, combat cependant férocement.

Ngannou lui inflige un enchainement droite-gauche pleine face, sur quoi, il lui  assène une série de coups de près, avant de l'achever en contre d'un gros jab du gauche. L'arbitre inflige une lourde sanction à l’américain et désigne Ngannou vainqueur. Il devient alors le premier Africain à obtenir cette consécration mondiale dans la plus prestigieuses des ligues, l’UFC.


La superpuissance du combattant camerounais semble le rendre invincible (seulement 3 défaites à son compteur). Selon des scientifiques de l’UFC, sa force équivaudrait à l’impact d’une « voiture familiale classique lancée à pleine vitesse, type Ford Escort ». Difficile de répondre à ça, en effet.

L’ascension du Ngannou ne s’est cependant pas faite sans grabuge. Après sa deuxième défaite, il décide de se séparer de Fernand Lopez, celui qui l’a pourtant ammené à la discipline. L’accusant de vouloir prendre la lumière à sa place, Ngannou a trouvé un autre coach et Lopez, un autre poulain … qui n’est autre que Ciryl Gane contre qui il combattera dimanche. Le Français est lui champion "par intérim" (un titre alternatif) depuis le 7 août, et l'une des figures les plus en vue dans le domaine.   

"C'est l'un des combats les plus importants de l'année et même sans doute de l'histoire de l'UFC", a ainsi résumé Lawrence Epstein, directeur général de l’UFC. Pour Ngannou, il n’est toutefois «pas plus important que les autres». Il assure quand même qu'il «se finira par un KO au 2e round».