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Mort de l'écrivain britannique V.S. Naipaul, prix Nobel de littérature

L'écrivain britannique V.S. Naipaul, lors de son discours après son prix Nobel de littérature, à Stockholm le 7 décembre 2001
L'écrivain britannique V.S. Naipaul, lors de son discours après son prix Nobel de littérature, à Stockholm le 7 décembre 2001
afp.com - JAN COLLSIOO
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Les hommages se sont multipliés dimanche après l'annonce de la mort, à l'âge de 85 ans, de l'écrivain britannique V.S. Naipaul, prix Nobel de littérature en 2001.

"Il était un géant dans tout ce qu'il a accompli et il est mort entouré par ceux qu'il aimait, ayant vécu une vie pleine de créativité merveilleuse et d'efforts", a déclaré sa femme, Lady Naipaul, en annonçant samedi son décès dans un communiqué.

Vidiadhar Surajprasad Naipaul - peintre du déracinement, des petites gens et des empires déclinants - est l'auteur de plus d'une trentaine d'ouvrages dans lesquels se mélangent fiction et réalité.

Sa disparition est une "perte majeure pour le monde de la littérature", a tweeté le Premier ministre indien Narendra Modi. "On se souviendra de Sir VS Naipaul pour son oeuvre abondante, qui couvrait des sujets allant de l'histoire, à la culture, au colonialisme, à la politique et bien d'autres encore".

Le président indien Ram Nath Kovind a exprimé sa "tristesse" sur Twitter.

Né le 17 août 1932 dans les Antilles britanniques, à Port d'Espagne, la capitale de Trinité-et-Tobago, d'une famille d'immigrés indiens, V.S. Naipaul avait étudié la littérature anglaise à l'université d'Oxford avant de s'établir en Angleterre en 1953.

Il avait consacré une grande partie de sa vie à voyager et était devenu un symbole du déracinement dans la société contemporaine.

En lui décernant le prix Nobel en 2001, l'Académie suédoise avait qualifié V.S. Naipaul d'"écrivain cosmopolite" et "tourmondiste littéraire".

- Franc-parler -

Connu pour son franc-parler et ses déclarations controversées, V.S. Naipaul s'était fâché avec l'écrivain Paul Theroux, avec qui il s'était finalement réconcilié. Ce dernier lui a rendu hommage, décrivant son ancien mentor comme "l'un des plus grands écrivains de notre époque". "Il s'en prenait à quiconque utilisait un cliché ou une phrase non réfléchie. Il était très scrupuleux dans son écriture, très sévère aussi", a déclaré Paul Theroux à l'agence Press Association.

Naipaul entretenait aussi des relations tendues avec l'écrivain britannique d'origine indienne Salman Rushdie.

"Nous avons été en désaccord toute notre vie, sur la politique, la littérature", a tweeté Salman Rushdie, ajoutant cependant qu'il était "triste comme si je venais de perdre un grand-frère bien-aimé".

V.S. Naipaul, qui avait un jour déjà déclaré ne pas avoir de rival, avait provoqué plusieurs polémiques, en particulier par ses propos sur l'islam.

Il avait déclenché une controverse en soutenant la destruction en 1992 d'une mosquée par des fanatiques hindous, ce qui avait conduit à des émeutes dans tout le pays. Quelques années auparavant, l'auteur avait déclaré que l'islam asservissait et cherchait à éradiquer d'autres cultures.

Lorsque le prix Nobel lui avait été décerné, l'Organisation islamique pour l'éducation, les sciences et la culture (ISESCO) avait regretté l'attribution de ce prix à un écrivain connu, selon elle, "pour ses écrits préjudiciables à l'Islam et aux musulmans".

Naipaul s'en était aussi pris aux femmes, estimant qu'aucune écrivaine "n'était à sa hauteur" à cause de leur "sentimentalité".

L'une de ses oeuvres majeures reste son autobiographie "Une maison pour Monsieur Biswas" en 1964, où le héros emprunte les traits du père de l'écrivain.

A travers ce livre, il décrivait la difficulté pour les immigrants indiens dans les Caraïbes de s'intégrer dans la société tout en conservant leurs racines.

Le drame de Naipaul, l'Académie suédoise le résume ainsi: "la pauvreté culturelle et spirituelle de Trinidad l'afflige, l'Inde lui est devenue étrangère et il lui est impossible d'adhérer aux valeurs traditionnelles de l'ancienne puissance coloniale anglaise".

Ses premiers travaux, consacrés aux Antilles, s'étaient ensuite élargi au monde entier, Naipaul se concentrant essentiellement sur les traumatismes liés aux changements post-coloniaux.

Condamné à chercher dans les valeurs universelles l'essence de l'être, et à travers elle sa propre identité, l'écrivain-philosophe avait visité l'Inde, l'Afrique, les Amériques, les pays musulmans d'Asie.