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Mort de Mahsa Amini en Iran: les réseaux sociaux bloqués, au moins 31 morts lors des protestations

Protestation dans le centre-ville de Téhéran, en Iran. Mercredi 21 septembre 2022.
Protestation dans le centre-ville de Téhéran, en Iran. Mercredi 21 septembre 2022.
AP Photo

En Iran, les protestations ne faiblissent pas depuis le décès de l'iranienne Mahsa Amini âgée de 22 ans. La jeune femme est morte en détention trois jours après son arrestation à Téhéran par la police des moeurs en raison du port de son Hijab, jugée non conforme à la loi. Les autorités ont bloqué l'accès à Instagram et WhatsApp ce mercredi 21 septembre après six jours d’affrontements meurtriers entre manifestants et forces de l’ordre.

"Dix-sept personnes dont des manifestants et des policiers ont péri dans les événements des derniers jours", annonce la télévision d'Etat iranienne ce jeudi 22 septembre.

L’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, dresse quant à elle un bilan provisoire de 31 civils tués par les forces de sécurité depuis le début des manifestations. 

Des protestations meutrières 

Les manifestations ont éclaté aussitôt après la mort de la jeune Mahsa Amini. Elles se sont diffusées dans une quinzaine de villes à travers le pays. Dans plusieurs provinces, les manifestants affrontent les forces de sécurité, incendient des véhicules de police et scandent des slogans hostiles au pouvoir, selon des médias et militants. À Ispahan au centre du pays, des protestataires ont déchiré une banderole montrant le guide suprême iranien, Ali Khamenei.

Sur les réseaux sociaux, des images montrant des jeunes femmes brulées leur foulard deviennent viraux. "Non au foulard, non au turban, oui à la liberté et à l'égalité !" scandent les manifestantes à Téhéran. De New York à Istanbul, leur slogan est repris en signe de solidarité. À la tribune des Nations Unies ce mercredi 21 septembre, le président des Etats-Unis Joe Biden s'est dit solidaire des "femmes courageuses d'Iran"

À voir : Mort de Masha Amini : la colère ne faiblit pas en Iran et à l'étranger
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En face, la répression du régime serait "brutal" selon l’Organisation des Nations Unies et plusieurs ONG. Amnesty International dénonce "un recours illégal aux tirs de grenailles, billes d'acier, gaz lacrymogène, canons à eau et coups de bâton pour disperser les manifestants". À Machhad, dans le Nord-est du pays, les forces de sécurité auraient ouvert le feu, selon des manifestants présents sur place.  
 

Blocage des réseaux sociaux et contre manifestation organisées par le régime

Depuis le début des manifestations, les connexions internets sont ralenties. "Depuis mercredi soir, il n'est plus non plus possible d'accéder à Instagram, sur décision des autorités. L'accès à WhatsApp est également perturbé", selon l'agence de presse Fars.

Cette mesure a été prise à cause "des actions menées via ces réseaux sociaux par des contre-révolutionnaires contre la sécurité nationale", avance l'agence réputée proche du gouvernement. Instagram et WhatsApp étaient les applications les plus utilisées en Iran depuis le blocage des plateformes comme Youtube, Facebook, Telegram, Twitter et Tiktok ces derniers années. De plus l'accès à Internet est largement filtré ou restreint pas les autorités.

Des experts des droits humains interrogés des Nations Unies estiment que ces "perturbations font généralement partie des efforts visant à étouffer la liberté d'expression et à limiter les manifestations".

Parallèlement, une organisation gouvernementale appel des manifestations "pro-régime" à se mobiliser ce vendredi 23 septembre.

Ces manifestations "pro-voiles" doivent avoir lieu à travers l'Iran, notamment devant l'Université de Téhéran après la prière hebdomadaire musulmane, selon l’agence officielle Irna. Elles visent ainsi à "condamner les actions indécentes de quelques mercenaires qui ont (...) incendié des mosquées et le drapeau sacré iranien, profané le hijab des femmes, détruit des biens publics et porté atteinte à la sécurité".

À lire : Décès de Mahsa Amini en Iran : comment la police des mœurs surveille les femmes

La "place des femmes dans ce nouveau mouvement est inédite" selon Azadeh Kian, professeur de sociologie à l'université Paris Cité et spécialiste de l'Iran interrogé par l'AFP. 

Les protestations des derniers jours sont parmi les plus importantes en Iran depuis celles déclenchées par la hausse des prix de l'essence en novembre 2019. Une centaine de villes avaient été touchées par une contestation, sévèrement réprimée. Le bilan officiel était alors de 230 morts, plus de 300 selon Amnesty International.

À voir : Iran : "Les gens n'en peuvent plus!"
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