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Mortalité maternelle: l'Américaine Allyson Felix témoigne au Congrès

Allyson Felix, championne olympique américaine, au Congrès le 16 mai 2019
Allyson Felix, championne olympique américaine, au Congrès le 16 mai 2019
afp.com - NICHOLAS KAMM
Allyson Felix le 26 juin 2014 à Sacramento lors d'un 100 mètres
Allyson Felix le 26 juin 2014 à Sacramento lors d'un 100 mètres
afp.com - EZRA SHAW

L'athlète américaine aux six médailles d'or olympiques Allyson Felix était très enceinte, en pleine forme, mais avec les pieds un peu gonflés. Hasard du calendrier, elle avait un rendez-vous de routine chez son médecin.

"Elle m'a dit que je devais aller à l'hôpital immédiatement", a raconté jeudi l'ancienne sprinteuse noire âgée de 33 ans au Congrès américain, lors d'une audition consacrée aux disparités raciales dans la mortalité maternelle aux Etats-Unis.

A l'hôpital, "mes médecins m'ont dit que non seulement mon bébé était en danger, mais moi aussi", a poursuivi l'athlète. "La seule chose importante pour moi était que ma fille survive".

"La médecin est revenue avec des nouvelles encore pires: elle m'a dit que j'avais un cas grave de pré-éclampsie, et que cela pourrait être fatal si nous n'agissions pas immédiatement".

La pré-éclampsie est une maladie fréquente de la grossesse liée à une hypertension artérielle. Souvent, les médecins décident de déclencher l'accouchement.

Allyson Felix était alors enceinte de sept mois. L'équipe médicale a effectué une césarienne d'urgence et la petite Camryn est née le 28 novembre 2018. "Elle ne pleurait pas mais elle respirait, c'est la seule chose qui comptait", a-t-elle raconté. Au bout d'un mois, Camryn et sa mère sont sorties de l'hôpital.

"Les Etats-Unis sont l'un des trois pays au monde où la mortalité maternelle augmente à nouveau", a dit Patrice Harris, présidente de l'Association américaine de médecine.

Chaque année, 700 Américaines meurent de complications liées à une grossesse. Mais toutes sont pas égales: les femmes noires sont trois à quatre fois plus à risque que les femmes blanches.

"Même la Chine et l'Arabie saoudite font mieux que les Américains", s'est exclamé un élu démocrate, John Larson.

"Je me suis rendu compte que mon histoire n'était pas rare, d'autres femmes étaient comme moi, noires, en bonne santé, qui faisaient de leur mieux. Et pourtant elles ont fait face à la mort, comme moi", a dit Allyson Felix.

La recherche sur le sujet est fournie. La pauvreté et l'absence d'assurance maladie sont d'évidents facteurs de risque, qui touchent plus les Noirs que les Blancs. Tout comme le diabète, l'obésité et l'hypertension, plus prévalents chez les Noirs américains, quelle que soit leur catégorie sociale.

Mais les discriminations jouent un rôle clé, répètent les experts, études à l'appui - y compris pour les femmes noires aisées comme Allyson Felix.

Les médecins peuvent, consciemment ou non, passer moins de temps avec des patients noirs, ignorer des symptômes ou sous-estimer les inquiétudes soulevées.

"Nous avons tous des préjugés implicites", dit Patrice Harris, elle-même Afro-Américaine. "Nous devons d'abord les nommer".

"Je voudrais vraiment encourager les mères afro-américaines à avoir une voix, et à l'utiliser", a conclu Allyson Felix.