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A New York, des experts de la blockchain loin de l'euphorie face à la remontée du bitcoin

Au salon Consensus sur les cryptomonnaies et la blockchain à New York, le 15 mai 2019, un représentant de Deloitte présente un nouvel outil de cybersécurité basé sur la blockchain
Au salon Consensus sur les cryptomonnaies et la blockchain à New York, le 15 mai 2019, un représentant de Deloitte présente un nouvel outil de cybersécurité basé sur la blockchain
afp.com - Juliette MICHEL
Des entreprises bien établies comme IBM et Deloitte sont venues présenter leur travail sur la blockchain au salon Consensus, à New York, le 19 mai
Des entreprises bien établies comme IBM et Deloitte sont venues présenter leur travail sur la blockchain au salon Consensus, à New York, le 19 mai
afp.com - Juliette MICHEL
La fabrication de bitcoins à Bitfarms, à Saint Hyacinthe, au Québec, le 19 mars 2018
afp.com - Lars Hagberg

Qu'importe la spectaculaire remontée du bitcoin. Les adeptes des cryptomonnaies et de la technologie sur laquelle elles reposent, la blockchain, réunis cette semaine à New York, restent loin de l'exubérance qui avait saisi le secteur l'an dernier.

"On a clairement moins de buzz et de bling-bling", observe Wes Fuldord, directeur général d'une société canadienne spécialisée dans le minage de bitcoin, Bitfarms. "C'est le reflet d'un marché plus mature".

L'édition précédente du salon Consensus, organisé par le site d'informations spécialisé CoinDesk dans un grand hôtel de Manhattan, avait eu lieu quatre mois après l'envolée de la devise virtuelle à près de 20.000 dollars l'unité et l'apparition soudaine de jeunes millionnaires du bitcoin.

Des voitures de luxe étaient alignées à l'entrée, des fêtes luxuriantes organisées.

Cette année, l'heure est à plus de sobriété. Et à plus d'applications concrètes de la blockchain, un protocole informatique permettant à une communauté d'utilisateurs de tenir en ligne une sorte de grand registre commun, infalsifiable.

"En 2018 sur les stands, on avait juste des présentations Powerpoint, cette année on a des vrais produits", souligne Francois-Xavier Thoorens, fondateur de la société Ark, qui propose aux entreprises des solutions pour la création simple et personnalisée d'une blockchain.

Au stand du cabinet de conseil Deloitte par exemple sont exposés, dans un étui sécurisé, trois écrans et une série de câblages représentant un nouvel outil de cybersécurité.

A quelques mètres, la start-up Riddle&Code exhibe une application capable d'authentifier la provenance d'une montre haut de gamme.

Les grands laboratoires pharmaceutiques Pfizer et AstraZenaca devaient parler de l'utilisation de la blockchain dans la recherche clinique et le géant informatique Microsoft a détaillé son projet d'identité numérique adossé à la blockchain du bitcoin.

Il est aussi beaucoup question de solutions permettant à des entreprises de détenir des devises virtuelles pour le compte de tiers, condition sine qua non à leur expansion sur les marchés financiers. Tout comme du développement de protocoles, de gouvernance ou de réglementation.

- Année difficile -

L'enthousiasme est toujours présent même si l'année a été difficile pour le bitcoin, qui s'est effondré jusqu'à 3.200 dollars en décembre et a ravivé les doutes sur la technologie sur laquelle il repose, la blockchain, ou "chaîne de blocs".

La récente renaissance de la devise virtuelle, passée depuis fin mars de 4.000 à 8.000 dollars, n'a pas attiré les mêmes foules au salon Consensus: 4.800 personnes étaient inscrites cette année, contre 8.000 l'an dernier. De nombreux annonceurs ne sont pas revenus, certains ayant tout simplement disparu.

Les fluctuations du bitcoin n'effraient pas outre mesure Wes Fuldord, patron de Bitfarms. Au contraire. Face à la baisse des prix, de nombreux petits acteurs du secteur ont abandonné leur activité de "minage" de bitcoin, laissant plus de place aux sociétés établies.

Le récent rebond de la devise virtuelle est surtout, selon lui, la conséquence de l'arrivée en masse de nombreux investisseurs qui attendaient que le bitcoin "touche le fond" pour y investir de l'argent frais.

D'autres observateurs du secteur évoquent, sans certitude, la montée du bitcoin comme valeur refuge face aux tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine. Ou l'anticipation d'éventuelles annonces au salon Consensus. Les raisons du regain de vigueur du bitcoin restent nébuleuses.

"On en est encore au stade de la découverte (dans cette industrie) avec une alternance d'euphorie et de désespoir", rappelle M. Thoorens. Avec la montée de la réglementation, la volatilité et les manipulations de marché devraient s'estomper.

Il y a seulement deux ans, les banques pouvaient fermer un compte au moindre signe d'une transaction avec une plateforme de cryptomonnaies. "Ce n'est plus le cas", assure M. Thoorens.

Pour l'avocate Margaret Rosenfelds, spécialiste de la blockchain au sein du cabinet K&L Gates, "toutes les technologies passent par les mêmes phases", de la marginalité à l'expérimentation puis à l'adoption par le grand public.

L'industrie de la finance est sans doute la plus avancée dans la gestion des cryptomonnaies ou l'utilisation de la blockchain, estime-t-elle. Mais tous les secteurs, de la logistique à la comptabilité, tentent actuellement de se familiariser avec ces nouveaux outils.

Et de la même façon que le grand public se soucie peu du fonctionnement intrinsèque d'internet pour envoyer un courriel, assure-t-elle, "il n'aura pas besoin de comprendre comment fonctionne en détail la blockchain pour l'adopter".