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NFT : vente aux enchères de documents historiques du numérique

Kaio Philipe crée un certificat d'authentication numérique (NFT) de lui-même à l'exposition Tezos lors de l'avant-première VIP d'Art Basel Miami Beach, le 30 novembre 2021.
Kaio Philipe crée un certificat d'authentication numérique (NFT) de lui-même à l'exposition Tezos lors de l'avant-première VIP d'Art Basel Miami Beach, le 30 novembre 2021.
AP Photo/Lynne Sladky

Le premier SMS de l’histoire de la téléphonie a été vendu aux enchères pour la somme de 107 000 euros mardi 21 décembre à Neuilly-sur-Seine, en France. Il l'a été sous forme de NFT, qui permet, entre autres, d’acquérir des biens numériques. Cette vente intervient une semaine après celle de la première page Wikipédia et confirme l'intérêt des collectionneurs d'art pour ces documents numériques historiques. 

Le 3 décembre 1992, Richard Jarvis, qui travaillait pour l’opérateur Vodafone, recevait le tout premier SMS de l’histoire composé de 15 caractères : "Merry Christmas ","joyeux Noël" en français.
Pas sûr qu'il se doutait à l'époque qu'il serait vendu aux enchères vingt-neuf ans plus tard pour la somme de 107 000 euros. C'est pourtant bien ce qu'il vient de se passer à la maison de vente française Aguttes, à Neuilly-sur-Seine (France), ce mardi 21 décembre.
 

Cette vente n'est pas un cas isolé. Deux autres documents ont été récemment vendus. D’abord, le premier message de Twitter du réseau social écrit par l’un ses créateurs, Jack Dorsey, a été vendu le 6 mars dernier pour 2,9 millions de dollars. La semaine dernière, la première page Wikipédia est partie pour 664 450 euros.

Des transaction rendues possible grâce aux NFT

L'autre point commun entre ces trois documents historiques, au-delà du fait d'avoir marqué l'histoire de la communication, c'est d'avoir été achetés avec les NFT. Les NFT sont des jetons non interchangeables (non fongibles) qui permettent à un acheteur d’acquérir de manière unique un bien numérique - un bien qu'on peut normalement facilement reproduire. 

Comme le rappelle John Karp, auteur de "NFT Révolution", il s'agit "d'une nouvelle technologie qui permet de réaliser de nouvelles transactions. Tout ce qui est numérique peut être vendu sous forme de NFT : un bout de code, une intelligence artificielle, un tweet."

À (re)lire : Que sont les NFT, ces certificats numériques qui peuvent valoir une fortune ?


Et l'achat d'un bien numérique avec un NFT reste simple. Dans le cas précis de la vente du SMS, l’acheteur a reçu un lien sécurisé vers une réplique numérique et unique du code algorithmique du SMS. Il a ensuite payé en crypto-monnaie et il est ainsi devenu le propriétaire exclusif de l’objet numérique. A contrario d’une vente aux enchères classique, il n’y a pas eu de remise en main propre. L'acte d'achat sous forme de NFT est suffisamment simple pour réunir une communauté d'acheteurs et de collectionneurs.

Jusqu’à présent, il n’y avait aucun moyen de collectionner des moments d’histoires virtuels.

John Karp, auteur de l’ouvrage "NFT Révolution"

Des nouveaux collectionneurs de tweet, SMS, page Wikipédia grâce aux NFT

Les collectionneurs sont surtout intéressés par l'aspect unique de l'œuvre. Par principe, une donnée numérique, liée à une page Wikipédia ou à un tweet, peut être dupliquée à l’infini. Grâce aux NFT, les collectionneurs peuvent acquérir ces œuvres numériques de manière unique qui deviennent, par cette transaction, des œuvres à part entière. 
Les tweets, les pages Wikipédia continuent à être vus et partagés massivement mais seul le collectionneur possède le document numérique original. C'est le même principe qu'une œuvre d'art unique et signée. 

Depuis bien longtemps, il est possible de collectionner des tableaux ou des sculptures. En revanche, jusqu’à ces derniers mois, il n’y avait aucun moyen de collectionner des objets ou des documents virtuels. Ce n'est donc plus le cas, et un nouveau marché de collectionneurs s'est développé, pour le plus grand bonheur des entreprises du numérique. 

Pour l'instant on se limite au côté collection de moments d'histoire. Mais, plus tard, des usages qui vont devenir de plus en plus importants.

John Karp, auteur de "NFT Révolution"

Une transaction au bénéfice des entreprises du numérique

Plusieurs raisons poussent des entreprises comme Twitter, Vodafone ou Wikipédia à offrir leurs biens numériques sur le marché des NFT. Comme l’explique John Karp, c’est une belle opération de communication à un moment où tout le monde parle des NFT. C'est aussi un moyen pour ces entreprises de gagner de l'argent sur des actifs numériques dont elles ont la possession. Vodafone a choisi de reverser l'argent de la vente aux enchères à l’agence des Nations Unies pour les réfugiés. L'entreprise de téléphonie renforce ainsi un peu plus son action de communication. 

John Karp va plus loin dans son analyse. Selon lui, "ce n'est que le début" et les entreprises pourraient bien utiliser les NFT comme un arguement commercial. Les NFT pourraient donner un accès réservé à plusieurs de leurs abonnés à des actifs numériques qu'ils possèdent."Rien n'empêche demain Vodafone de dire à ses utilisateurs : "Quand vous êtes propriétaire des NFT de Vodafone, vous avez accès à un certain nombre de sites dont Vodafone est propriétaire." Ce serait là un moyen de s'identifier à la marque."

Les NFT n'ont visiblement pas fini de révolutionner nos usages et d'attirer de nouveaux investisseurs.