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Nicaragua: les proches d'opposants emprisonnés dénoncent des mauvais traitements

La police anti-émeute devant la prison d'El Chipote, le 30 juin 2021, où sont emprisonnés plusieurs opposants politiques au président Daniel Ortega
La police anti-émeute devant la prison d'El Chipote, le 30 juin 2021, où sont emprisonnés plusieurs opposants politiques au président Daniel Ortega
afp.com - STR
Le diplomate nicaraguayen Arturo Cruz (gauche), les candidats à la présidentielle Juan Sebastian Chamorro (centre) et Félix Maradiaga (droite), détenus à la prison d'El Chipote, au Nicaragua
Le diplomate nicaraguayen Arturo Cruz (gauche), les candidats à la présidentielle Juan Sebastian Chamorro (centre) et Félix Maradiaga (droite), détenus à la prison d'El Chipote, au Nicaragua
afp.com - Inti OCON
Le leader étudiant Lesther Aleman, arrêté le 5 août, lors d'un discours à Masaya, à 35 km de Managua, le 22 mai 2018
Le leader étudiant Lesther Aleman, arrêté le 5 août, lors d'un discours à Masaya, à 35 km de Managua, le 22 mai 2018
afp.com - Inti OCON
Un étudiant tient une pancarte réclamant la libération des prisonniers politiques au Nicaragua, le 2 février 2020
Un étudiant tient une pancarte réclamant la libération des prisonniers politiques au Nicaragua, le 2 février 2020
afp.com - Inti OCON

Isolement, interrogatoires quotidiens, menaces, sous-alimentation : les proches d'opposants emprisonnés au Nicaragua dénoncent leurs conditions de détention et appellent à l'aide.

Depuis près de trois mois, un total de 36 opposants au président Daniel Ortega, dont sept qui voulaient se présenter contre lui lors des élections du 7 novembre, ont été arrêtés. Si quelques-uns sont détenus à domicile, la grande majorité le sont dans les geôles de la sinistre prison d'El Chipote, à Managua.

Ils n'ont pu voir leurs proches que la semaine dernière. Un droit de visite limité à 30 minutes.

Le candidat à l'élection présidentielle Juan Sebastian Chamorro est apparu pâle et amaigri à sa soeur Ana Maria : il a perdu 11 kilos depuis son arrestation le 8 juin, dit-elle.

"Ce qui est le plus difficile (pour lui) c'est le manque d'information sur ce qui se passe dehors. On l'interroge tous les jours : 87 jours d'interrogatoires et de torture psychologique. On lui dit des choses qui ne sont pas vraies : qu'ils vont arrêter sa femme, que ses biens ont été saisis...", raconte Ana Maria Chamorro.

Une bougie éclaire sa cellule jour et nuit, lui faisant perdre ses repères temporels, ajoute-t-elle.

"Mon père est seul, depuis deux mois et demi, dans une petite cellule, où un bat-flanc en ciment sert de lit, avec un fin matelas, sans couverture pour se protéger du froid. Pour faire ses besoins, un trou dans le sol", explique à l'AFP Cristian Tinoco, fille de l'ancien vice-ministre nicaraguayen des affaires étrangères Victor Tinoco, âgé de 69 ans et qui lui est apparu "maigre, pâle, avec les cheveux blancs, la barbe non taillée, les gestes lents".

- Parler avec les araignées -

La leader féministe Tamara Davila est ainsi enfermée "dans une cellule avec une porte boulonnée, sans barreaux. C'est une geôle scellée, elle ne peut voir personne", décrit une proche qui a demandé à rester anonyme. Arrêtée le 12 juin, elle n'a depuis "pu parler avec personne. Il n'y a pas de relation humaine. Elle peut se mettre à parler à un oiseau qui se pose sur la toiture, aux araignées, pour tromper la solitude et le silence".

Lesbia Alfaro, la mère du leader étudiant Lesther Aleman arrêté le 5 août est désespérée de voir son fils qui "peut à peine se mettre debout et marcher" tant, a-t-elle dit à son avocat, ses pieds sont gonflés tandis qu'il a perdu neuf kilos. "Je demande que la Croix Rouge nous aide, qu'elle intervienne pour qu'un médecin le soigne et qu'on ne le laisse pas mourir de faim", supplie-t-elle.

Daniel Ortega, 75 ans, au pouvoir depuis 2007, briguera le 7 novembre un quatrième mandat consécutif. Il a qualifié ses opposants emprisonnés de "terroristes" et d'"agents de l'impérialisme yankee" qui "complotent pour renverser son gouvernement".

Les opposants arrêtés sont pour la plupart déjà renvoyés devant la justice sous l'accusation d'encourager l'ingérence étrangère "au mépris de la souveraineté" du Nicaragua, en vertu de lois adoptées en décembre pour réprimer ces actes de "trahison à la patrie".

La Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, l'ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, a demandé au gouvernement nicaraguayen de "mettre fin aux persécutions contre l'opposition, la presse et la société civile".

Elle a également demandé "la libération immédiate et sans conditions des plus de 130 personnes emprisonnées" depuis les manifestations anti-gouvernementales d'avril 2018 dont la répression a fait plus de 300 morts.

La Cour interaméricaine des droits de l'homme a exigé qu'une délégation puisse se rendre au Nicaragua pour "vérifier la situation des personnes arrêtées".