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"Nous avons une chance historique, c’est le nucléaire", selon Emmanuel Macron

"Nous avons une chance historique, c’est le nucléaire, qui est la production non intermittente la plus décarbonée au monde", Emmanuel Macron
"Nous avons une chance historique, c’est le nucléaire, qui est la production non intermittente la plus décarbonée au monde", Emmanuel Macron
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Le nucléaire est la « production non intermittente la plus décarbonnée au monde ». C'est ce qu'a affirmé Emmanuel Macron lors d'un entretien au Dauphiné Libéré. Une déclaration qui risque de relancer le débat autour du (très clivant) projet de dénucléarisation de la France alors que Fessenheim, la plus vieille centrale nucléaire du pays, commencera à fermer ses portes ce samedi 22 février.

"Nous devons fabriquer notre électricité de la manière la plus décarbonée possible. Nous avons une chance historique, c’est le nucléaire, qui est la production non intermittente la plus décarbonée au monde. Et notre défi, c’est de réduire le nucléaire pour augmenter la part du renouvelable", a affirmé Emmanuel Macron dans un entretien accordé, mardi 11 février, au Dauphiné Libéré.

Cette déclaration semble relancer le débat autour de l’avenir des centrales nucléaires en France, à quelques jours seulement de la fermeture définitive de la centrale de Fessenheim. Alors doit-on croire au nucléaire ? Entretiens croisés avec l’écologiste Julien Vidal, fondateur de « Ça commence par moi » et Jean-François Bréon, chercheur au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement.


TV5MONDE : Aujourd’hui, doit-on véritablement considérer que le nucléaire est, comme l’a affirmé Emmanuel Macron, « la production [énergétique] non intermittente la plus décarbonnée au monde » ?

Julien Vidal :
On ne va pas se mentir, cette déclaration c’est le statu quo, c’est l’immobilisme. On voit bien ici, qu’Emmanuel Macron ménage la chèvre et le chou. Il dit suffisamment pour que les écolos pragmatiques puissent se dire « mais c’est vrai, il a raison ». Mais tout de suite, on repense à l’exemple de l’Allemagne qui cristallise beaucoup ces sujets parce qu’eux ont arrêté les centrales, mais ils sont passés au charbon. Cela montre bien que le temps qu'un modèle en remplace un autre, la consommation d’énergies fossiles est terrible. Quand on regarde de manière pragmatique les cartes que l’on a en mains, le nucléaire nous permet effectivement de continuer à avoir de l’énergie de façon abondante avec un bilan carbone intéressant à l’exploitation. Mais ce que ne dit pas Monsieur Macron, c’est que le démantèlement lui,  a un impact terrible sur l’environnement.

François-Marie Bréon : Je crois, de toute façon, que le risque climatique est infiniment plus grave que le risque nucléaire, donc pour moi, l’urgence c’est de décarboner. Le réchauffement climatique est une réalité et c’est un réel danger pour l’humanité. Donc je suis persuadé qu’il y a un réel besoin de limiter nos émissions de dioxyde de carbone, et pour limiter ces émissions tout en continuant d’avoir la consommation que l’on a aujourd’hui, il est nécessaire d’avoir une énergie qui n’émet  pas de dioxyde de carbone. Aujourd’hui, c’est le nucléaire.


La voiture fait chaque année 3 000 morts en France, et on ne demande pas à ce qu’elle soit interdite. Alors pourquoi interdirait-on les centrales ?

Jean-François Bréon, chercheur au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement



Sur le long terme, l'utilisation de l’énergie nucléaire ne risque-t-elle pas de poser problème ?

J.V :
Il y a une métaphore que j’aime bien qui dit que « le nucléaire c’est comme monter dans un avion alors qu’il n’y a pas de piste d’atterrissage ». Ça veut dire qu’effectivement aujourd’hui le nucléaire peut sembler être une solution, mais on est incapables de garantir ses effets dans les 10, 20, 30 prochaines années.  On ne parle pas de la gestion des déchets nucléaires par exemple. C’est  quand même un drôle de cadeau que l’on laisse aux générations futures. En fait, on se voile un peu la face sur le fait que, c’est  une énergie qui a quand même un impact assez terrible.

FM. B : Pour moi, il y a pollution lorsqu’une matière est en contact avec la biosphère et qu’elle impacte la biosphère. Or, les déchets nucléaires ne sont pas en contact avec elle. Ils sont confinés et ne représentent qu’un volume limité. On peut parfaitement les mettre à 500 mètres de profondeur, dans une couche d’argile bien choisie. Dans ce cas précis, les déchets ne sont pas en contact avec la biosphère et donc pour moi, avec ma définition, ce n’est pas une pollution. De plus, je ne connais personne aujourd’hui qui soit tombé malade à cause des déchets nucléaires et je ne vois pas pourquoi ça arriverait dans le futur. Donc, je ne comprends pas les gens qui mettent l’accent sur les déchets. En revanche,  je peux comprendre ceux qui mettent l’accent sur les accidents.  Des accidents nucléaires importants dans le monde, jusqu’à présent il y en a eu 3 [ndlr Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima]. Sur ces trois accidents, il y en a 2 qui n’ont fait aucun mort. Tchernobyl a, certes  fait, quelques milliers de morts, mais la voiture fait chaque année 3 000 morts en France, et on ne demande pas à ce qu’elle soit interdite. Alors pourquoi interdirait-on les centrales ? Parce qu’un Tchernobyl a fait une fois 3000 morts il y a 35 ans dans l’ensemble du monde ? Oui ces 3000 morts, c’est très grave mais on n’interdit pas les avions parce qu’il y a des accidents. 


La meilleure électricité, c’est celle qu’on n’utilise pas.

Julien Vidal, écologiste et fondateur de "Ca commence par moi"

Les énergies renouvelables sont-elles véritablement le meilleur moyen pour lutter contre le réchauffement climatique de façon viable ?

FM.B :
les solutions qui existent aujourd’hui en France sont, le nucléaire, comme nous l’avons dit, l’hydraulique, qui est formidable et les énergies de type photovoltaïque. Le problème des énergies photovoltaïques et éoliennes c’est qu’elles sont intermittentes. Un exemple : le photovoltaïque va produire énormément en été, quand nos besoins en électricité sont relativement faibles et produit moins en hiver, alors que nos besoins sont importants. Donc tous les pays qui se lanceront dans le développement de ce type d’énergie, devront obligatoirement les compléter avec des centrales au gaz par exemple. Mais attention, je suis un chaud partisan du nucléaire mais un chaud partisan du nucléaire en France, pas partout. En effet,  dans d’autres pays qui n’ont pas la même saisonnalité, les pays tropicaux par exemple,  l’énergie solaire est une très bonne solution. Pour moi il y a trois leviers à la diminution des gaz à effet de serre : sobriété (je consomme moins), la technologie (je m’isole mieux, j’ai un moteur plus performant) et l’électrisation (au lieu de me chauffer au fuel, je me chauffe à l’électricité). Il faut de la sobriété et une énergie abondante et décarbonnée .

J.V : La meilleure électricité, c’est celle qu’on n’utilise pas. Parce qu’une énergie verte, ça n’existe pas. L’éolien, l’hydraulique, le solaire, ça a toujours eu un impact en terme d’épuisement des ressources ou en terme de modification des milieux dans lesquels les installations sont posées. De plus, quand on analyse l’impact du renouvelable sur la consommation de l’énergie en France, on se rend compte qu’il a provoqué une hausse de la  consommation des français. Pour l’instant on ne parvient pas à enrailler l’effet rebond qui veut  que, plus on produit de l’énergie supposément verte, plus on peut continuer à mettre en place des solutions toutes électrifiées. La voiture électrique par exemple, c’est une aberration. Moi par exemple, je consomme moitié moins d’électricité et de gaz qu’un français classique. Je fais une économie financière particulièrement intéressante à l’heure où on voit que de plus en plus de français sont dans la précarité énergétique et ont des difficultés à boucler les fins de mois. Donc c’est intéressant à tous les niveaux, au niveau micro et macro. En fait, le problème aujourd’hui, c'est que la majorité de notre énergie devrait être consacrée à notre sobriété énergétique alors que là, on continue à vouloir vivre dans le gras et dans la surconsommation en essayant d’y apposer une peinture un peu plus verte, mais on ne remet pas en cause notre système, c’est ça qui est fou et pourtant c’est ça qu’il faut avoir le courage de faire.
 

Les Conseils de Julien Vidal pour consommer mieux et moins

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