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Nouvelle entente de libre-échange entre les Etats-Unis et le Mexique, mais sans le Canada

Justin Trudeau
Justin Trudeau
AP Images / Charles Krupa

C’est un Donald Trump triomphant qui était tout fier de parler dans le bureau ovale avec le président mexicain Enrique Pena Nieto par téléphone sur haut-parleur pour annoncer que les États-Unis et le Mexique venaient de conclure une nouvelle entente de libre-échange dans le cadre du processus de renégociation de l’ALENA, l’accord qui lie les économies américaine, canadienne et mexicaine depuis plus de 30 ans. Mais quid du Canada dans tout ça ?

Depuis des jours, la rumeur courait que les Américains et les Mexicains étaient sur le point de conclure cette entente que le président Trump a décidé unilatéralement de renommer « accord commercial États-Unis-Mexique » - feu ALENA.

« C'est un accord incroyable pour les deux pays, c'est surtout un bon accord pour les travailleurs des deux pays et pour les citoyens des deux pays. Nos agriculteurs seront particulièrement satisfaits, puisque le Mexique s'est engagé à acheter le plus de produits agricoles américains possible » a déclaré le président américain.

De son côté, le président mexicain s’est lui aussi félicité de cette entente mais il n’a cessé de répéter, durant sa conversation avec son homologue américain, qu’il souhaitait que le Canada intègre le plus rapidement possible cette nouvelle entente. Et retourne donc à la table des négociations. « Je viens de parler avec le premier ministre du Canada Justin Trudeau sur l’état des négociations sur l’ALENA et des avancées entre le Mexique et les États-Unis. Je lui ai dit combien sa réincorporation au processus était importante, afin de conclure une négociation trilatérale dès cette semaine » a-t-il écrit sur Twitter.

Mettre le Canada au pied du mur ?

Interpelé à ce sujet, Donald Trump s’est montré évasif mais incisif : « Nous commencerons les négociations avec le Canada sous peu. Je vais appeler le premier ministre prochainement. S'ils veulent négocier équitablement, nous irons de l'avant. Ils imposent des tarifs d'environ 300 % sur nos produits laitiers, et c'est inacceptable. Nous pourrions imposer des tarifs sur leurs voitures. Ainsi, les négociations ne pourraient durer qu'une seule journée ».

Justement, cette entente conclue avec le Mexique n’est-elle pas un moyen pour Donald Trump de mettre le Canada au pied du mur, en disant aux négociateurs canadiens : « voyez, on a réussi à s’entendre avec les Mexicains, alors maintenant, la balle est dans votre camp » ? On pourrait le penser.

Ces dernières semaines, le Canada s’était retiré de la table des négociations pendant que les Mexicains et les Américains tentaient de s’entendre, en particulier sur la problématique de l’industrie automobile, principal irritant entre les deux pays car Donald Trump dénonçait le fait qu’une grande partie des pièces des voitures circulant en Amérique du nord proviennent d’usines mexicaines. L’entente prévoit que les véhicules produits en Amérique du nord aient maintenant 75% de composants régionaux, contre 62,5% dans l’ancien accord.

Il était urgent pour le Mexique et les États-Unis d’arriver à une entente : les Mexicains veulent qu’elle soit entérinée avant l’entrée en fonction du président nouvellement élu, Andres Manuel Lopez Obrador, le 1er décembre prochain. Et pour Donald Trump, il y a urgence de conclure ces ententes commerciales avant les élections de mi-mandat de novembre qui pourraient changer la donne politique à Washington.

Du côté des négociations entre le Canada et son voisin du sud, la pierre d’achoppement porte sur la « gestion de l’offre », un mécanisme qui permet au gouvernement canadien de protéger son marché agricole pour éviter qu’il ne soit envahi de produits américains. Un processus qui irrite profondément Donald Trump mais que les Canadiens refusent de laisser tomber.

Chrystia Freeland de retour en urgence à Washington

La ministre canadienne des Affaires étrangères, qui était en mission en Europe, vient de traverser l’Atlantique en urgence pour reprendre les négociations avec les Américains dès ce mardi à Washington. Dans un communiqué, le porte-parole de Chrystia Freeland se dit encouragé par cette annonce d’entente entre le Mexique et les États-Unis, tout en précisant : « Nous ne signerons un nouvel ALENA que s’il est bon pour le Canada et bon pour la classe moyenne. La signature du Canada est essentielle ». C’est donc la mission de la dernière chance pour la ministre Freeland, elle qui, depuis un an et demi, passe plus de temps à Washington qu’à Ottawa pour renouveler cet ALENA. Donald Trump ne fera pas de cadeau aux Canadiens et cette semaine de discussions s’annonce cruciale pour les deux pays : ça passe ou ça casse.