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Origine du coronavirus : sur les pas des enquêteurs de l'OMS en Chine

Les experts de l'Organisation mondiale de la santé au marché des fruits de mer de Huanan à Wuhan, en Chine, ce dimanche 31 janvier 2021.
Les experts de l'Organisation mondiale de la santé au marché des fruits de mer de Huanan à Wuhan, en Chine, ce dimanche 31 janvier 2021.

Le vendredi 29 janvier, les experts de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ont enfin  pu entamer à Wuhan (centre de la Chine) leur enquête de terrain sur l'origine du coronavirus, qui doit les conduire sur des sites sensibles. Deux jours après, ils se sont justement rendus au marché Huanan de Wuhan, premier foyer connu de l'épidémie, selon des journalistes de l'AFP sur place. Détails de cette première mission.

La visite entamée vendredi 29 janvier par les experts de l'OMS est ultra-sensible politiquement pour la Chine. Pékin est en effet accusé d'avoir tardé à réagir face aux premiers cas de Covid signalés fin 2019 dans l'immense métropole du centre de la Chine.

Le pouvoir communiste est quasi-muet sur le sujet et Pékin minimise la portée de la mission des spécialistes étrangers : "Ce n'est pas une enquête", a affirmé vendredi 29 janvier un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, refusant que son pays soit pointé du doigt. 

En effet, cette visite intervient dans une période de fortes tensions avec les Etats-Unis qui ont affirmé, mercredi 27 janvier, soutenir " une enquête internationale qui à notre avis doit être claire et poussée".  La porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, avait alors précisé que Washington allait "évaluer la crédibilité du rapport d'enquête une fois terminé".
 

Pékin a mal pris cet avertissement, rejetant "une ingérence politique" qui risque de mettre en danger "la recherche de résultats scientifiques sérieux".

 
  • Dimanche 31 janvier : visite du marché Huanan de Wuhan

Ce dimanche, les experts n'ont répondu à aucune question à leur arrivée au marché Huanan de Wuhan, premier foyer connu de l'épidémie (journalistes de l'AFP sur place). Des membres des services de sécurité ont intimé aux journalistes présents aux environs de s'en aller.

Le quotidien nationaliste Global Times a publié il y a quelques jours un article relativisant l'importance de ce marché dans l'origine de la pandémie, en affirmant que des "investigations" suggéraient qu'il n'était pas la source de l'épidémie.

Ce 31 janvier, le journal enfonçait le clou, en écrivant: "la possibilité que le coronavirus soit arrivé par des produits de la chaîne du froid à Wuhan, ou de façon plus spécifique, au marché de Huanan (...) ne peut pas être exclue".

Les responsables chinois avaient initialement identifié les animaux sauvages vendus au marché de Huanan comme la source probable de l'épidémie, au point d'agir en réponse contre le commerce des animaux exotiques.

Mais depuis, les médias officiels jugent que le virus est probablement né ailleurs, avançant que la maladie aurait pu être importée à Wuhan.

Il n'y a aucune certitude scientifique sur la question de l'origine et il se peut qu'elle ne soit pas partie du marché de Huanan.

Les experts de l'OMS ont ensuite visité le gigantesque marché de gros de Baishazhou.

  • Samedi 30 janvier : enquête à l'hôpital Jinyintan de Wuhan

Sortis jeudi de 14 jours de quarantaine, les enquêteurs se sont rendus samedi 30 janvier au matin, sous bonne escorte et à distance de la presse, à l'hôpital Jinyintan de Wuhan.

Cet établissement est le premier à avoir accueilli des patients atteints de ce qui n'était alors qu'un mystérieux virus, dans la ville où la pandémie de coronavirus a démarré.

La visite a été une "occasion importante pour parler directement avec les médecins qui étaient sur le terrain à ce moment critique de la lutte contre le COVID!", a commenté sur Twitter Peter Daszak, un des membres de la délégation.
 

(Re)voir >>> Covid-19 en Chine : l'OMS démarre son enquête à Wuhan sous l'oeil de Pékin

  • Une exposition propagande pour vanter la victoire de la Chine face au coronavirus

Entaché par une gestion controversée durant les premières semaines de l'épidémie, le pouvoir communiste vante au contraire sa victoire face au coronavirus, tandis que le reste du monde apparaît comme dépassé par l'épidémie.

Si la Chine a pu limiter la contagion à moins de 90.000 cas et le nombre de décès à 4.636, selon le décompte officiel, le virus s'est répandu à la surface du globe, avec un bilan de plus de 2 millions de morts.

Une immense exposition à Wuhan à la gloire du Parti communiste rend hommage aux sauveteurs chinois, une exposition à laquelle se sont rendus les enquêteurs de l'OMS. A leur sortie, ils n'ont fait aucune déclaration à la presse.

Des dizaines de mannequins en combinaison de soignant accueillent les visiteurs, sous une mer de banderoles rouges. D'immenses portraits du président Xi Jinping dominent l'ensemble, tandis que des panneaux plus petits rendent hommage aux soignants qui ont succombé au virus. Une frise chronologique retrace les premières mesures prises par l'homme fort de Pékin pour combattre le virus.

Des lits en fer évoquent également les hôpitaux de campagne qui avaient été édifiés en quelques jours pour accueillir des milliers de malades et décharger les hôpitaux débordés par la contagion.

  • Visite de l'Institut de virologie de Wuhan
L'information avait été confirmée jeudi 28 janvier, les enquêteurs devaient se rendre au désormais célèbre Institut de virologie de Wuhan - équipé de laboratoires P3 et P4 de haute sécurité - qui manipulait notamment des coronavirus.


En effet, dès le début de la pandémie, l'établissement a fait l'objet d'hypothèses, reprises par l'administration de l'ex-président américain Donald Trump, selon lesquelles le virus aurait pu s'en échapper avant de contaminer la planète. Une théorie qui ne s'appuie pour l'instant sur rien de tangible.

  • Des doutes quant à l'efficacité de cette première mission 

Quant au succès de cette première mission, Michael Ryan, le directeur des opérations d'urgence à l'OMS reste prudent. "Je voudrais mettre tout le monde en garde : le succès dans une enquête sur une transmission de l'animal à l'homme ne se mesure pas forcément à trouver absolument une source lors de la première mission", a t-il déclarer vendredi 29 janvier lors de la conférence de presse bi-hebdomdaire de l'agence onusienne à Genève.

"Ce sont des choses compliquées et ce qu'il nous faut faire c'est rassembler toutes les données, toute l'information, résumer toutes les discussions, et arriver à jauger ce que nous avons appris de plus sur les origines de la maladie et quelles sont les études supplémentaires pour trouver la réponse", a-t-il souligné.

De plus, un fort doute subsiste toutefois sur l'intérêt des éléments que les enquêteurs seront en mesure de réunir, plus d'un an après le début de la pandémie et face à des autorités chinoises connues pour leur opacité sur les sujets polémiques.