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Origine du Covid-19 : nouvelles révélations sur le patient zéro de Wuhan

Photo d'archive. Le marché de Huanan, épicentre de l'épidémie selon l'OMS, était fermé à Wuhan, en Chine, le mardi 21 janvier 2020.
Photo d'archive. Le marché de Huanan, épicentre de l'épidémie selon l'OMS, était fermé à Wuhan, en Chine, le mardi 21 janvier 2020.
Photo Dake Kang AP.

Le premier cas connu de Covid-19 serait en réalité une vendeuse du marché du Huanan à Wuhan, selon les révélations d'un article publié par la revue Science ce 18 novembre. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) stipulait depuis le début que le patient zéro était un homme qui ne s’était jamais rendu au fameux marché d’animaux de Wuhan. Quelle est la thèse avancée par la revue scientifique ? 

C’est un nouveau rebondissement dans l’enquête sur les origines du premier cas de Covid-19. La revue scientifique prestigieuse Science publie un article ce jeudi 18 novembre qui infirme la thèse selon laquelle le premier cas de Covid-19 serait un homme de 41 ans, sans lien avec le marché de Huanan. L’homme a bien été contaminé, selon l’article de Science, mais bien après le premier cas. Une vendeuse du marché serait donc la première personne à avoir été infectée par le Covid-19 le 11 décembre 2019, selon ces nouvelles affirmations.

L’auteur de l’article, Michael Worobey, virologue et chef du département d'écologie et de biologie évolutive de l'université de l'Arizona, s'était fait connaître après la pubication d'une tribune dans la même revue Science, appelant à considérer sérieusement l'hypothèse d'une "fuite" d'un laboratoire de Wuhan.

Il revient aujourd'hui sur ces affirmations et assure que ses nouvelles recherches "livrent des preuves solides en faveur d'une origine de la pandémie via un animal vivant" de ce marché.

Quelles est la nouvelle thèse défendue par le virologue ? Quelles sont les incertitudes que pointe la revue Science, qui auraient conduit l'OMS à se tromper ?

La confusion de l'OMS autour des problèmes dentaires du supposé patient-zéro

L'erreur commise par l'OMS autour du premier cas de Covid-19 proviendrait d'un problème dentaire, dont aurait été victime ce supposé premier cas de Covid-19 au début du mois de décembre 2019.

La déduction du virologue à l'origine de l'article de Science vient d'une interview vidéo du patient lui-même. Dans cette dernière, le comptable de 41 ans affirme qu’il souffrait en réalité de maux de dents et qu'il s'était plaint des premiers symptômes le 8 décembre 2019. L’homme vivait à 30 km au sud du marché de Huanan et n'avait aucun lien avec ce dernier. 

"Dans cette ville de 11 millions d'habitants, la moitié des premiers cas sont liés à un lieu de la taille d'un terrain de foot (...). Cela devient très difficile d'expliquer cette tendance si l'épidémie n'a pas démarré dans ce marché."

Micheak Worobey, virologue et auteur de l'article de la revue Science

Selon le virologue, il n'est cependant tombé malade du Covid-19 que le 16 décembre, soit huit jours plus tard. Le patient pense qu'il a pu être infecté dans un hôpital ou dans le métro lors de ses déplacements. Il s'était également rendu au nord de Huanan Market peu avant le début de ses symptômes.

De multiples travailleurs du marché Huanan avaient, à ce moment-là, déjà déclaré la maladie. Une vendeuse de fruits de mer serait donc le premier cas connu, avec un début de maladie le 11 décembre 2019. 

 Sur cette photo d'archives du 21 janvier 2020, le marché de gros des fruits de mer de Wuhan Huanan est fermé suite à la découvertes des premiers cas de Covid-19 à Wuhan, dans la province centrale de Hubei, en Chine.
 Sur cette photo d'archives du 21 janvier 2020, le marché de gros des fruits de mer de Wuhan Huanan est fermé suite à la découvertes des premiers cas de Covid-19 à Wuhan, dans la province centrale de Hubei, en Chine.
Photo Dake Kang AP.

Elle est hospitalisée à l'hôpital Union. Elle aurait notamment déclaré avoir eu connaissance de plusieurs cas similaires au sien dans des cliniques et des hôpitaux proches du marché de Huanan à partir du 11 décembre. 

L'alerte proviendrait d’un autre hôpital que celui indiqué par l'OMS

Selon un rapport largement cité, on attribue à l'hôpital central de Wuhan la découverte de la pandémie. Or, selon le virologue, c'est pluôt l'hôpital provincial de médecine chinoise et occidentale intégrée du Hubei (HPHICWM) qui a identifié à la fois l'épidémie et le lien avec le marché de Huanan.

Si le marché de Huanan est bien la source de l'épidémie, selon Michael Worobey, seulement un à deux tiers des premiers cas étaient liés à celui-ci.

(Re)voir : Origines du Covid-19 : le G7 réclame une enquête plus poussé

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L’OMS aurait accordé moins d’importance à l’étude de cas provenant d'autres marchés, biaisant ainsi une partie de ses recherches, explique le virologue Michael Worobey. L'organisation internationale était pourtant bien consciente de l’origine de cas annexes. 

(Re)voir : Origines du Covid-19 : le G7 réclame une enquête plus poussée

Pour contourner ce biais, Michael Worobey a analysé les cas rapportés par deux hôpitaux qui avaient annoncé des cas de pneumonie étranges avant que l'alerte officielle ne soit donnée, le 30 décembre 2019.

Dans cette photo d'archive du 6 février 2021, un ouvrier portant une combinaison de protection et transportant du matériel de désinfection marche à l'extérieur de l'Hôpital central de Wuhan.
Dans cette photo d'archive du 6 février 2021, un ouvrier portant une combinaison de protection et transportant du matériel de désinfection marche à l'extérieur de l'Hôpital central de Wuhan.
Photo de Ng Han Guan AP.

L'hôpital HPHICWM a écho de patients similaires dans les hôpitaux Tongji et Union, où était hospitalisée notamment la vendeuse du marché de Huanan. Il transmet ces découvertes complètes aux responsables de la santé publique, dont l’hôpital central de Wuhan, le 29 décembre 2019.

C’est seulement le lendemain, le 30 décembre 2019, que Li Wenliang, ophtalmologue à l’hôpital central de Wuhan, alerte par message huit de ses collègues, il aurait découvert une mystérieuse maladie. La Commission municipale de la santé de Wuhan (WHC) émet deux avis d'urgence destinés à être diffusés en interne aux hôpitaux locaux. 

Le 31 décembre 2019, l’OMS est informée de plusieurs cas de pneumopathies à Wuhan.

L'analyse des cas de ces différents hôpitaux par Michael Worobey est donc éclairante pour comprendre l'origine de la source du virus. 

Un chien comme hôte intermédiaire du virus

Après ces études auprès des différents hôpitaux, les dernières recherches "livrent des preuves solides en faveur d’une origine de la pandémie via un animal vivant" du marché plutôt que de la "fuite" d'un laboratoire. C'est ce qu'affirme l'auteur de l'article de la revue Science.

À (re)lire : Origines du Covid-19 : pourquoi Joe Biden veut vérifier la piste de l'accident de laboratoire en Chine

Selon lui, le virus se serait propagé principalement dans le secteur ouest du marché, où étaient vendus des chiens viverrins, un mammifère canidé [ndrl. qui ressemble à un raton-laveur] élevé pour sa fourrure. Cette affirmation prouverait que la pandémie de Covid-19 est partie d'un animal vivant.

(Re)voir : Les origine de la pandémie via un animal vivant
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Michael Worobey privilégie donc la thèse de l'"hôte intermédiaire." Une espèce, elle-même infectée par une chauve-souris, qui aurait à son tour transmis le pathogène à l’Homme.

Non seulement, il contredit les conclusions de l'OMS mais aussi ses premières hypothèses sur une "fuite" de laboratoire. "Dans cette ville de 11 millions d'habitants, la moitié des premiers cas sont liés à un lieu de la taille d'un terrain de foot (...). Cela devient très difficile d'expliquer cette tendance si l'épidémie n'a pas démarré dans ce marché.