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Ouïghours : la Chine hausse le ton face aux sanctions de l'Union européenne

Le Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, lors d'une conférence de presse à la suite d'une réunion des ministres des Affaires étrangères au Conseil européen à Bruxelles, le lundi 22 mars 2021. 
Le Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, lors d'une conférence de presse à la suite d'une réunion des ministres des Affaires étrangères au Conseil européen à Bruxelles, le lundi 22 mars 2021. 
© Aris Oikonomou, Pool via AP

Ambassadeurs convoqués, dénonciation de "mensonges" dont elle se dit victime : la Chine a vivement répliqué ce mardi 23 mars après l'imposition par Européens et Américains de sanctions face au traitement de sa minorité ouïghoure.

Selon des études d'instituts américains et australien, au moins un million de Ouïghours ont été internés dans des "camps" de la région chinoise du Xinjiang (nord-ouest) et certains soumis à du "travail forcé" et des "stérilisations".

La Chine dément catégoriquement les deux dernières accusations et affirme que les "camps" sont des "centres de formation professionnelle" destinés à éloigner la population de l'extrémisme religieux et du séparatisme, après une série d'attentats attribués à des Ouïghours.

En réaction, l'Union européenne a imposé lundi 22 mars des sanctions contre quatre dirigeants passés ou actuels du Xinjiang. Le Royaume-Uni et le Canada ont fait de même. 

Quant aux Etats-Unis, qui sanctionnaient déjà deux de ces responsables depuis 2020, en ont ajouté deux autres à leur liste.

Londres a salué "un signal extrêmement clair de l'unité de la communauté internationale dans sa condamnation des violations des droits de l'Homme au Xinjiang".

Les sanctions occidentales décidées lundi 22 mars pourraient être le signe d'un raffermissement des liens entre les Etats-Unis et leurs alliés face à Pékin, après la désunion constatée durant le mandat de l'ex-président Donald Trump.
 

Pékin hausse le ton 

 

Pékin a répliqué en sanctionnant 10 personnalités européennes, dont Raphaël Glucksmann, toutes accusées "de propager des mensonges" en s'appuyant sur des études que la Chine estime biaisées. 

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Les Européens et leurs familles seront interdits de séjour en Chine continentale, à Hong Kong et Macao.

Quatre fondations européennes sont également visées par Pékin, dont "l'Alliance des démocraties", une institution danoise dirigée par l'ex-secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen.

Pékin a annoncé ce mardi 23 mars avoir convoqué l'ambassadrice de Grande-Bretagne ainsi que "dans la nuit" l'ambassadeur de l'UE en Chine, Nicolas Chapuis, afin de "condamner dans les termes les plus vifs" des sanctions européennes "fondées sur des mensonges et de fausses informations"

Série de convocations du côté européen 

  • En France 

Par contraste, l'ambassadeur de Chine à Paris ne s'est pas rendu lundi 22 mars à une convocation de la diplomatie française qui avait dénoncé ces attaques contre des parlementaires.

L'ambassadeur, Lu Shaye, avait laissé entendre dans un tweet qu'il n'avait pas répondu à une première convocation du lundi en raison de problèmes "d'agenda" et qu'il se rendrait le lendemain au Quai, après des protestations de Paris, qui lui a fait part de ses "griefs",  pour y discuter des "sanctions imposées par l'UE" concernant les Ouïghours et des "questions liées à Taïwan".

Lu Shaye s'est entendu répondre que "ces questions n'entraient pas dans le cadre de la convocation dont il était l'objet".

L'ambassadeur de Chine à Paris s'en prend à des parlementaires et un chercheur français

 

"Petite frappe", "hyène folle", "troll idéologique" : l'ambassade s'est déchaînée ces derniers jours contre Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), à qui elle reproche des positions "antichinoises".

L'ambassadeur Lu Shaye s'est aussi déclaré "fermement opposé" à un projet de visite de parlementaires français à Taïwan. La République populaire de Chine considère Taïwan comme une de ses provinces, dénonce chaque visite de responsables occidentaux sur l'île et menace de recourir à la force en cas de proclamation formelle d'indépendance par Taipei.

Le directeur Asie du Quai d'Orsay, Bertrand Lortholary, a signifié que les "méthodes de l'ambassade, la tonalité de sa communication publique étaient parfaitement inacceptables et franchissaient toutes les limites communément admises pour une ambassade, où qu'elle se trouve".

"L'insulte, l'invective, la menace contre des parlementaires, des chercheurs, des journalistes, cela pose des problèmes de fond qui ressortent de méthodes d'intimidation", a-t-on souligné au Quai d'Orsay.

"En s'en prenant à des élus de la République, l'ambassadeur a personnellement méconnu le principe de séparation fondamentale des pouvoirs et est invité à l'observer désormais de la façon la plus stricte", a-t-on poursuivi de même source.

En procédant de la sorte, Lu Shaye "constitue un obstable à la volonté politique exprimée par les chefs de l'Etat des deux pays" de développer la relation bilatérale, ce qui pose un "problème extrêmement sérieux", a-t-on martelé.

L'ambassadeur avait déjà été convoqué en avril 2020, au début de la pandémie de Covid-19, après la publication d'un article sur le site de l'ambassade critiquant la gestion de la crise sanitaire en Europe.

Pékin avait alors accusé les personnels des Ehpad, acronyme des maisons de retraite en France, d'avoir "abandonné leurs postes" et laissé "mourir leurs pensionnaires de faim et de maladie".

  • En Belgique

La Belgique a également convoqué l'ambassadeur de Chine à Bruxelles.

"L'UE n'est pas qualifiée pour se poser en donneuse de leçon à l'égard de la Chine sur les droits de l'homme", avait opposé au représentant de Bruxelles le vice-ministre des Affaires étrangères Qin Gang.

"La Chine exhorte l'UE à reconnaître la gravité de son erreur, à la corriger et à mettre fin à la confrontation, afin de ne pas causer davantage de dommages aux relations sino-européennes", a-t-il ajouté.

Le ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, est également monté au créneau ce mardi lors d'une rencontre en Chine avec son homologue russe Serguei Lavrov.

"Ces derniers jours, une minorité de puissances occidentales ont chacune pris la parole pour diffamer et critiquer la Chine", a dénoncé M. Wang.

"Toutefois, elles doivent savoir ceci : l'époque où elles pouvaient inventer des histoires ou fabriquer un mensonge afin de s'ingérer dans les affaires intérieures de la Chine appartient à un passé définitivement révolu."

  • Au Danemark 

L'ambassadeur de Chine au Danemark a été convoqué au ministère des Affaires étrangères au lendemain de la décision de Pékin, vivement dénoncée par les Européens, de sanctionner dix personnalités européennes, a annoncé mardi la diplomatie danoise.

"Lors de la réunion, des critiques claires ont été exprimées (...) par rapport aux sanctions que la Chine a imposées à un certain nombre d'individus et d'organisations européens, y compris la fondation pour la démocratie "Alliance des Démocraties", fondée par l'ancien Premier ministre Anders Fogh Rasmussen", qui fut ensuite secrétaire général de l'OTAN, a indiqué le ministère dans un communiqué.

  • En Allemagne 

Le secrétaire d'Etat allemand aux Affaires étrangères Miguel Berger a "convié" mardi l'ambassadeur chinois à Berlin pour "une discussion urgente" au lendemain de la décision de Pékin de sanctionner dix personnalités européennes, a appris l'AFP de source ministérielle.

Le secrétaire d'Etat a déclaré à l'ambassadeur Wu Ken que les sanctions chinoises représentaient "une escalade exagérée qui pèse inutilement sur les relations entre l'UE et la Chine", a précisé cette même source. 

Il a demandé au nom du gouvernement fédéral que cette décision, vivement dénoncée par les Européens, soit "immédiatement annulée".

Plusieurs points de tension

"Franchement, cela ne nous inquiète pas du tout", a lancé devant la presse la porte-parole de la diplomatie chinoise, Hua Chunying.

Ceux qui sous-estimeraient la détermination de Pékin "paieront pour leur bêtise et leur arrogance", a-t-elle averti.

Elle a en outre laissé entendre que l'accord sur l'investissement signé fin 2020 entre Pékin et l'UE pourrait pâtir des différends bilatéraux.

"Les Européens ne peuvent pas obtenir des gains d'un côté et imposer des sanctions de l'autre", a-t-elle observé.

Les points de friction entre l'Occident et la Chine restent nombreux: répression contre l'opposition à Hong Kong, accès du marché chinois, investissements chinois en Europe, mer de Chine méridionale ou encore Taïwan.

Alors que le départ de Donald Trump aurait pu amorcer une détente entre Pékin et Washington, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a repris la qualification de "génocide" pour évoquer le traitement des Ouïghours, un terme déjà utilisé par son prédécesseur Mike Pompeo.