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Palestine : le Fatah et le Hamas se mettent d'accord pour organiser des élections

Le président Mahmoud Abbas, lors d'une réunion de direction à son siège, dans la ville de Ramallah, le jeudi 3 septembre 2020.
Le président Mahmoud Abbas, lors d'une réunion de direction à son siège, dans la ville de Ramallah, le jeudi 3 septembre 2020.
AP Photo/Alaa Badarneh

Ce vendredi 15 janvier, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a annoncé que des élections législatives et présidentielle se tiendront, en Palestine, pour la première fois depuis 2006, en mai et juillet prochains. Une annonce qui survient dans un contexte de réchauffement des relations entre le Hamas et le Fatah.

C’est une annonce retentissante qu’a faite Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, ce vendredi. Alors qu’aucun scrutin ne s’était déroulé, en dehors de la Cisjordanie, depuis 2006, tous les Palestiniens auront droit à des élections législatives et présidentielle, en mai et juillet prochains. Une annonce qui vient confirmer le rapprochement, depuis plusieurs mois, entre les partis rivaux du Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza et le Fatah, parti de Mahmoud Abbas.

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Trois scrutins pour unifier

La dernière élection présidentielle palestinienne a eu lieu en janvier 2005 et les dernières législatives en janvier 2006, avant que n’éclatent le conflit et les divisions entre le Hamas et le Fatah, qui ont empêché les Palestiniens d’avoir des représentants parlant d’une seule voix. 

Ces élections, devraient, selon le décret publié par Mahmoud Abbas, se tenir en trois étapes : les législatives devraient avoir lieu le 22 mai et la présidentielle le 31 juillet. L’élection des membres du Conseil national palestinien, le Parlement de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), se tiendra, elle, le 31 août.
Une nouvelle qui réjouit le Hamas : "Nous avons œuvré ces derniers mois pour surmonter les obstacles et parvenir" à cette annonce, a déclaré le mouvement islamiste, via un communiqué. Il appelle à des élections "libres où l'électeur peut s'exprimer sans pressions et sans restrictions, en toute transparence".

Si Mahmoud Abbas a demandé à la commission électorale indépendante et aux organes gouvernementaux de "lancer une campagne électorale démocratique dans toutes les régions de Palestine, y compris à Jérusalem-Est", se pose néanmoins la question de la possibilité des Palestiniens vivant à Jérusalem-Est, zone occupée et annexée, à voter. Car les Palestiniens ambitionnent de faire de la partie orientale de Jérusalem la capitale de l'État auquel ils aspirent.

L’Union Européenne, qui a salué cette "nouvelle bienvenue", a d’ailleurs appelé Israël à "faciliter" la tenue des élections dans l'ensemble des Territoires palestiniens. Elle se tient même "prête à coopérer avec les acteurs compétents pour soutenir le processus électoral", poursuit un porte-parole du chef de la diplomatie, Josep Borrell, dans un communiqué.

L’Europe, pour aider à la mise en place des élections 

Pour Inès Abdel Razek, directrice du plaidoyer pour le Palestine Institute for Public Diplomacy, une ONG indépendate, "l’Union Européenne pousse pour que des élections aient lieu. Elle est prête à mettre en place des observateurs, des bureaux de vote etc. Il est logique que même à Jerusalem-Est, les Palestiniens puissent voter, avec le soutien de la communauté diplomatique, très présente".

Si ce rapprochement entre Hamas et Fatah, pourtant deux mouvements rivaux s’explique notamment par les récents accords de "normalisation" signés sous l’égide de Donald Trump, entre Israël et plusieurs pays arabes tels que les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc, le Soudan, c’est aussi leur volonté de consolider leur assise, en interne et vis à vis des États-Unis, qui les a menés à une telle union : "Il est clair que le leadership palestinien est, aujourd’hui faible, isolé et lâché de toutes parts. Il essaye donc d’envoyer un signe positif à l’administration Biden, aux États-Unis. Ils essayent de montrer qu’ils sont prêts à initier un renouveau démocratique, mais tout ceci n’est qu’une illusion pour moi. Les portes de sortie sont limitées, car ils sont pris au piège par les accords d’Oslo et d’un système qui a permis une plus grande assise du régime d’apartheid plutôt que d’en sortir et créer un état palestinien indépendant. Le but pour l’autorité palestinienne, c’est plutôt de renouveler leur assise démocratique", ajoute Inès Abdel Razek. 

Lire aussi : Maroc - Israël : la diplomatie de Donald Trump redessine les cartes
Voir aussi : 
Israël, Emirats et Bahreïn : les Palestiniens se sentent trahis

Un nouveau chef pour ce front commun ? 

A la tête de l'Autorité palestinienne depuis 2005, Mahmoud Abbas, âgé de 85 ans, n'a toujours pas indiqué s'il était candidat à sa propre succession. Selon l’une des rares enquêtes d'opinion réalisées, le Centre de recherche palestinien sur la politique et les sondages (PCPSR) indique que 66% des personnes interrogées voudraient qu'il démissionne. S'il se présente à la présidentielle du 31 juillet, il pourrait être devancé par le chef du Hamas, Ismaël Haniyeh, et par Marwan Barghouthi, haut cadre du Fatah, si celui-ci est candidat.

Cependant, un tel scénario pourrait poser problème, car Marwan Barghouthi a été condamné à la perpétuité par Israël pour son rôle dans différents attentats anti-israéliens. Un obstacle de plus pour le Fatah, déjà miné par des luttes intestines, qui devra se présenter uni aux prochaines législatives. 

Pour Ines Abdel Razek, si le Hamas va vouloir contester l’autorité à l’occasion de la présidentielle, "il est impossible de savoir quelle sera la cuisine interne entre les deux partis. Il est fort probable que des discussions et des arrangements aient lieu, afin que le Fatah garde l’assise présidentielle. Les membres du Hamas pourraient, eux, récupérer des sièges et des ministères, dans un gouvernement d’union nationale". Pour elle, "aucune des deux factions n’a d’intérêt à ce qu’il y ait un vrai affrontement, durant la présidentielle". 

Pour la directrice du plaidoyer pour le Palestine Institute for Public Diplomacy, le calendrier est révélateur : "quand on annonce des élections dans 4 mois, on laisse peu de place à la formation d’une alternative. Les élections risquent donc de consolider les factions existantes".   

La solution à deux États : retour d’un serpent de mer 

C’est dans la foulée du scrutin qui doit se tenir en mars 2021, en Israël, que les Palestiniens devraient voter pour leurs représentants. Une échéance sûrement pas anodine. Les responsables palestiniens déclaraient, en décembre, qu’ils espéraient voir "la fin de l'ère Netanyahou", à l’occasion de ces nouvelles législatives.

La perspective d’une possible défaite de Netanyahu, couplée à la prise de pouvoir de Joe Biden aux États-Unis, laisse espérer aux responsables palestiniens une possible relance de la "solution à deux États". 

En octobre dernier, Mahmoud Abbas a d’ailleurs envoyé une lettre au Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, l'exhortant à tenir des consultations urgentes en coordination avec le Quatuor pour le Moyen-Orient (Etats-Unis, ONU, Russie et Union européenne) et le Conseil de sécurité des Nations Unies, sur la convocation d'une conférence internationale.

Néanmoins, Inès Abdel Razek temporise : "Toutes ces occasions sont des fausses opportunités. L’engouement autour de ces futures élections doit donc être mesuré. Il ne faut pas les voir comme l’outil du renouvellement démocratique pour les Palestiniens. L’OLP a été vidée de sa substance et l’autorité palestinienne est complètement dépendante d’Israel". 

Voir aussi : Israël/Émirats arabes unis : "Nous assistons aujourd’hui à l’enterrement définitif de la solution de deux États"

"On est face à un régime pensé afin d’asseoir la domination d’une population sur une autre. Tant que l’on restera dans une illusion de deux régimes séparés, on ne sera pas conforme à la réalité, ajoute-t-elle.
Pour Inès Abdel Razek, "maintenir l’illusion d’un processus de paix est assez vain. Israël n’a ni intérêt et n’a jamais montré l’intention de négocier pour une solution à deux États. Le processus de paix est mort, il faut lutter contre un régime d’apartheid et ne pas penser que deux partis qui négocieraient pour former une force politique suffira".