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Pas de procès pour l'attaque terroriste de militaires à Orly en 2017

Il n'y aura pas de procès pour l'attaque contre des militaires en 2017 à l'aéroport d'Orly : si les juges d'instruction ont finalement retenu la motivation terroriste de l'assaillant, abattu à l'époque, ils ont innocenté les deux seuls suspects du dossier
Il n'y aura pas de procès pour l'attaque contre des militaires en 2017 à l'aéroport d'Orly : si les juges d'instruction ont finalement retenu la motivation terroriste de l'assaillant, abattu à l'époque, ils ont innocenté les deux seuls suspects du dossier
afp.com - PHILIPPE HUGUEN

Il n'y aura pas de procès pour l'attaque contre des militaires en 2017 à l'aéroport d'Orly : si les juges d'instruction ont finalement retenu la motivation terroriste de l'assaillant, abattu à l'époque, ils ont innocenté les deux seuls suspects du dossier.

Le 18 mars 2017 au petit matin, au sortir d'une nuit alcoolisée, Ziyed Ben Belgacem tirait sur des policiers lors d'un contrôle routier dans le nord de Paris.

Ce Français d'origine tunisienne de 39 ans prenait ensuite la fuite pour se réfugier dans un bar de Vitry-sur-Seine où il avait ses habitudes et dont il menaçait les clients.

Il dérobait ensuite un véhicule avant de se rendre à Orly. Dans le hall Sud de l'aéroport, il prenait alors en otage, l'espace d'une poignée de minutes, une militaire de l'opération Sentinelle et lui dérobait son fusil d'assaut, en se disant prêt à "mourir pour Allah".

Ziyed Ben Belgacem était finalement abattu par l'un des deux autres soldats de la patrouille après avoir blessé, légèrement, plusieurs personnes au cours de son périple.

La nature terroriste de ses motivations a fait, dans ce dossier comme dans d'autres soumis à la justice antiterroriste, l'objet d'un long débat, comme le rappellent les deux juges saisis du dossier dans leur ordonnance signée mardi dont l'AFP a eu connaissance.

D'après leurs investigations, l'agresseur né en 1978 à Paris était au moment des faits sous l'emprise de l'alcool, du cannabis, mais aussi d'une "forte dose de cocaïne". Son entourage proche a indiqué ne pas lui connaître de pratique religieuse assidue.

Au vu de ces éléments, le parquet national antiterroriste avait qualifié dans un réquisitoire définitif fin mai d'"indéterminées (...) les motivations réelles de Ziyed Ben Belgacem".

Sans exclure que "d'autres ressorts aient pu l'animer", parmi lesquels "son souhait d'en finir de manière théâtrale", les juges d'instruction tranchent eux en faveur d'une inspiration terroriste pour cette attaque, étant donné la cible (policiers puis militaires), le mode opératoire, et ses cris répétés "faisant référence à Allah".

Ils soulignent aussi que les services de renseignement avaient noté que Ben Belgacem "fréquentait des individus signalés" pour radicalisation, et que l'intéressé avait aussi été signalé "en détention dès 2012".

Pour eux, l'assaillant d'Orly incarne "l'une de ces nouvelles figures du terrorisme islamiste contemporain (...) dont les motivations dans le passage à l'acte (...) ne sont pas monolithiques mais multiples et imbriquées", écrivent-ils.

Et de résumer : il s'agit d'un "profil hybride de voyou radicalisé".

Avocate de deux parties civiles et de l'Association française des victimes du terrorisme (AFVT), Me Géraldine Berger-Stenger s'est dit "positivement surprise" du caractère terroriste retenu par les juges : "C'est ce que mes clients ont toujours pensé".

- Réparation du préjudice -

L'ordonnance des juges antiterroristes exclut aussi tout procès pour cette attaque, en prononçant un non-lieu pour les deux seuls suspects mis en examen dans ce dossier.

L'enquête s'était rapidement portée sur deux connaissances de Ben Belgacem, des "délinquants multirécidivistes" soupçonnés un temps de s'être associés à lui en connaissance de ses intentions terroristes.

Ils avaient été mis en examen pour association de malfaiteurs terroriste criminelle et écroués.

Mais l'enquête a finalement établi que "Ziyed Ben Belgacem a agi seul".

Les deux mis en cause étaient bien en contact régulier avec l'assaillant, mais "pour des activités délictueuses de droit commun dont ils étaient tous les trois coutumiers", selon les juges.

L'un des deux, Mohamed A., devrait faire l'objet de simples poursuites de droit commun pour avoir un temps gardé chez lui l'arme de poing qui sera finalement utilisée par Ben Belgacem.

"Depuis le début de l'instruction, il clame son innocence. Il est regrettable qu'il ait fallu près de trois ans d’instruction et 18 mois de mandat de dépôt criminel, dans les conditions particulièrement difficiles réservées aux détenus en matière terroriste, pour que la justice reconnaisse son erreur", s'est désolée son avocate, Me Léa Dordilly.

L'autre suspect, Moussa B., totalement innocenté, pourra formuler lui une demande de réparation du préjudice résultant de sa détention d'un an et demi.

"Il va pouvoir enfin être délesté du poids que représentent des poursuites judiciaires de nature terroristes", s'est félicité son avocat, Me Joseph Hazan.