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Patrimoine mondial : évaluations et déclassements à l'heure du verdict de l'Unesco

Une photo non datée, en vue aérienne, de la Grande Barrière de corail, dans la région de Whitsunday, en Australie. Le 23 juillet 2021, le pays a échappé de justesse au classement du récif sur la liste des sites en péril de l'Unesco. 
Une photo non datée, en vue aérienne, de la Grande Barrière de corail, dans la région de Whitsunday, en Australie. Le 23 juillet 2021, le pays a échappé de justesse au classement du récif sur la liste des sites en péril de l'Unesco. 
Commonwealth of Australia

A l'heure d'évaluer les propositions de sites à ajouter à sa liste du patrimoine mondial, l'Unesco s'est d'ores et déjà prononcée sur le statut de certains lieux classés. L'institution onusienne a notamment pris la décision, très rare, mercredi 21 juillet, de retirer la ville de Liverpool de son inventaire. De son côté, Venise a échappé in extremis à un déclassement. 

La 44ème session élargie du Comité du patrimoine mondial s’est ouverte, en ligne, depuis Fuzhou (Chine), le 16 juillet dernier. A compter du samedi 24 juillet, débutent les inscriptions des sites proposés, parmi lesquels figurent, entre autres, la ville de Vichy et le phare de Cordouan.
Cette année, seront également examinées les propositions de 2020. Au total, 39 demandes seront appréciées, dont 22 pour 2020 et 17 pour 2021.

A noter que le patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) compte 1.120 biens dont 51 classés « en péril ».

En attendant le verdict de l’institution sur les futures inscriptions, des avertissements et des mises en péril, ces dernières ne constituant pas des sanctions aux yeux de l’institution, ont déjà été prononcés.
  • Mise en garde concernant la basilique Sainte-Sophie d’Istanbul

Vendredi 23 juin, le Comité de l’Unesco a exprimé sa « profonde préoccupation » sur les conséquences de la transformation en mosquée de la basilique Sainte-Sophie. La Turquie se voit sommée de présenter « un rapport à jour sur l’état de conservation » de l’édifice byzantin d’ici le 1er février 2022.

En juillet 2020, les autorités turques avaient ordonné la reconversion en mosquée de l’église, jusqu’alors un musée. Le Comité avait déjà regretté « l’absence de dialogue et d’information » préalables à cette décision.

Si le rapport ne donne pas satisfaction, le site risque une inscription sur la liste des monuments en péril ou tout bonnement un retrait des listes de l’Unesco.

(Re)voir : Turquie : Sainte Sophie devient une mosquée
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  • Liverpool perd son statut

Mercredi 21 juillet, l’Unesco a pris la décision rarissime de retirer de sa liste des sites classés, la ville de Liverpool. La mesure est justifiée par le surdéveloppement de son port emblématique de l’époque industrielle.

Selon les jurés, les plans de réaménagement du lieu, dont de très hauts immeubles et un nouveau stade de football pour le club d’Everton, risquent « d’endommager de manière irréversible » le patrimoine.

La cité maritime du nord-ouest de l’Angleterre était classée depuis 2004 après la réhabilitation de son front de mer et de ses docks. Son riche héritage musical, avec notamment les Beatles, avait forgé ce que l’Unesco considérait comme « un caractère distinctif » et un « esprit unique ».

Cette déchéance a provoqué l’indignation de la classe politique de la ville tandis que le gouvernement britannique s’est dit « extrêmement déçu. Nous estimons que Liverpool mérite toujours son statut de patrimoine mondial étant donné le rôle important qu’ont joué les docks dans l’histoire et la ville plus largement. »

Depuis 2012, elle figurait toutefois sur la liste des patrimoines en péril. Depuis la création de la liste de l’Unesco en 1972, seuls deux autres sites avaient précédemment perdu leur statut : le sanctuaire de l’oryx arabe, une race d’antilope, d’Oman, en 2007, et la vallée de l’Elbe de Dresde en 2009.
  • Intense lobbying australien pour la Grande Barrière de corail

L’Australie a évité de justesse, vendredi 23 juillet, le déclassement de la Grande Barrière de corail sur la liste des sites en péril.

Malgré l’inquiétude de la communauté scientifique sur la dégradation de cet écosystème unique, référencé depuis 1981, le Comité a décidé de reporter sa décision après un lobbying intense de Canberra. Il a estimé que le pays nécessitait davantage de temps pour faire le point sur ses efforts de conservation.

L’agence onusienne avait fondé son avis, après constat par ses experts et organismes consultatifs de la détérioration des 2.300 km de récif et notamment la récurrence des épisodes de blanchissement des coraux, conséquences du changement climatique et de la hausse de la température de l’eau.

(Re)voir : Patrimoine mondial de l'Unesco : du sursis pour la Grande Barrière de corail et la ville de Venise
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La partie n’était pourtant pas gagnée d’avance. Le directeur du Programme du Patrimoine mondial à l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), Tim Badman, a estimé que le site remplissait « sans ambigüité » les critères de déclassement.

Le directeur de la branche Australie Pacifique de Greenpeace, David Ritter, estime pour sa part que la décision onusienne n’est autre qu’une « victoire pour l’un des lobbying les plus cyniques de l’histoire récente. »

Plus tôt en juillet, la ministre australienne de l’Environnement, Sussan Ley, s’était rendu à Paris pour convaincre les membres du Comité. L’Australie avait même emmené des ambassadeurs plonger sur la Grande Barrière tandis que 12 des 21 Etats membres du Comité avaient proposé de reporter la décision. Un sursis déjà obtenu par Canberra en 2015 après une campagne de lobbying similaire.
 
  • Un décret ministériel sauve Venise de la mise en péril

La veille, c’est Venise, inscrite sur la liste depuis 1987, qui avait bénéficié de la clémence de l’institution. Celle-ci a entériner sa décision après la réception d’« une information de dernière minute », à savoir un décret pris en Conseil des ministre interdisant l’accès aux « mastodontes des mers » au cœur de la lagune.

A compter du 1er août, les navires de plus de 25.000 tonnes de jauge brute, de plus de 180 m de long, de 35 m de tirant d’air ou d’émissions contenant plus de 0,1 % de soufre ne pourront plus pénétrer dans le bassin de Saint-Marc, le canal de Saint-Marc et celui de Giudecca.

(Re)voir : Italie : Venise vent debout contre les navires de croisière
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  • En Afrique de l'Ouest, le WAP se maintient malgré la situation sécuritaire précaire

Malgré les préoccupations sécuritaires dans la région, le complexe naturel W-Arly-Pendjari (WAP), à cheval sur le Bénin, le Niger et le Burkina Faso, a échappé, le 23 juillet, à une inscription sur la liste des biens en péril.

Le Comité a toutefois prévenu : « la valeur universelle exceptionnelle du bien pourrait être affectée si les mesures sécuritaires actuelles ne sont pas efficaces. »

Le site doit, en partie, son maintien aux recommandations d’un amendement proposé par l’Afrique du Sud et soutenu par plusieurs Etats africains. Le Comité onusien a décidé de s'y conformer.

La zone couverte par le WAP se trouve sous la menace d’attaques djihadistes. En avril 2021, deux journalistes espagnols et un défenseur irlandais de la faune y avaient été assassinés dans la partie burkinabé.

Deux ans plus tôt, deux touristes français avaient été enlevés sur le territoire béninois avant d’être libérés par les forces spéciales françaises.

Le parc national de la Salonga n’est plus en péril

Le plus grand parc national de la République démocratique du Congo (RDC) n’est plus, depuis lundi 21 juillet, inscrit sur la liste des monuments en péril.

Par ce reclassement, le Comité a reconnu les efforts entrepris pour le préserver. « Le suivi régulier de la faune sauvage montre que les populations de bonobos demeurent stables […] malgré les pressions passées et que la population d’éléphants de forêt a lentement commencé à se reconstituer. » Il a ajouté avoir « accueilli favorablement la clarification […] qui stipule que les concessions pétrolières chevauchant (le parc) sont nulles et non avenues. »

Le pays avait dévoilé un projet d’exploitation de pétrole dans le parc des Virunga et de la Salonga en 2018. Pour l’heure, le gouvernement n’y a toujours pas officiellement renoncé.

Inscrit au patrimoine mondial en 1984, le parc de la Salonga est considéré comme la plus grande réserve (36.000 km²) de forêt tropicale humide du continent.