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Pérou: "Maintenant la guerre civile !", crient les manifestants

Une femme indigène passe devant des policiers anti-émeute au cours d'une manifestation réclamant la démission de la président du Pérou, Dina Boluarte, le 23 janvier 2023 à Lima
Une femme indigène passe devant des policiers anti-émeute au cours d'une manifestation réclamant la démission de la président du Pérou, Dina Boluarte, le 23 janvier 2023 à Lima
afp.com - ERNESTO BENAVIDES
afp.com - Carlos REYES
Un +Ukuku+, danseur protecteur de la neige, souffle dans un coquillage, lors de la manifestation contre la présidente Dina Boluarte, à Lima, le 23 janvier 2023
Un +Ukuku+, danseur protecteur de la neige, souffle dans un coquillage, lors de la manifestation contre la présidente Dina Boluarte, à Lima, le 23 janvier 2023
afp.com - ERNESTO BENAVIDES
Deux femmes hurlent après la police anti-émeute après l'arrestation d'un manifestant, à Lima, le 20 janvier 2023
Deux femmes hurlent après la police anti-émeute après l'arrestation d'un manifestant, à Lima, le 20 janvier 2023
afp.com - ERNESTO BENAVIDES

"Maintenant la guerre civile !", ont scandé des centaines de personnes venues marcher lundi dans les rues de Lima contre la présidente Dina Boluarte, à la veille d'un grand rassemblement mardi après-midi appelé par des syndicats.

Les manifestations, qui ont déjà fait 46 morts, se poursuivent au Pérou. A Lima, des centaines de manifestants, dont une grande partie venue des régions andines pauvres la semaine dernière, ont à nouveau battu le pavé lundi dans le centre-ville, scandant "Dina meurtrière" ou "Dina le peuple te répudie".

Les manifestants la considèrent comme une traîtresse alors qu'elle était la vice-présidente du président destitué Pedro Castillo.

En tête du cortège, quatre +Ukukus+, des danseurs protecteurs de la neige, qui portent des masques traditionnels. Un d'eux faisait régulièrement claquer sur le sol un long fouet, symbole de pouvoir.

La police a tiré des gaz lacrymogènes à plusieurs reprises, a constaté un journaliste de l'AFP.

Edmunda Canaguira, 60 ans, est venue de Sicuani dans la région de Cuzco la semaine dernière. "Nous avons besoin de toute urgence que Dina démissionne", dit-elle, vêtue de manière traditionnelle, avec un chapeau de paille et un châle bariolé aux couleurs andines.

- "Elle n'écoute pas" -

"Nous allons exiger jusqu'au dernier jour qu'elle démissionne. Elle n'écoute pas les gens".

Le cortège s'est dispersé en début de soirée, mais un grand rassemblement devrait se tenir mardi, à l'appel de plusieurs partis et syndicats. Le leader de la Confédération générale des travailleurs du Pérou (CGTP), Gerónimo López, a évoqué "une mobilisation nationale pacifique".

"Nous rejetons tout acte de violence. Ceux qui créent le chaos et la destruction sont des personnes infiltrées par le gouvernement", a-t-il assuré.

Les manifestants demandent la démission de la présidente Dina Boluarte, la dissolution du Parlement et une Assemblée constituante.

Les manifestations "vont se poursuivre", a reconnu dans la matinée le ministre de l'Intérieur Vicente Romero, alors que l'état d'urgence est en vigueur dans les régions clé du pays et que les mouvements de protestation y sont interdits.

Il a également estimé que le pays connaissait "l'un des niveaux de violences les plus élevés depuis les années 1980" et le conflit armé entre les autorités péruviennes et les guérillas révolutionnaires du Sentier lumineux et de Tupac Amaru.

Se targuant du "professionnalisme" des forces de l'ordre, il a défendu les interventions policières alors que celles-ci sont critiquées par la société civile ou à l'étranger.

Dans la nuit de dimanche à lundi, les autorités ont libéré 192 des 193 personnes arrêtées samedi à l'université San Marcos, où elles étaient hébergées pour pouvoir participer aux manifestations.

- Machu Picchu fermé -

Plusieurs médias locaux et des voix de la société civile avaient dénoncé cette opération controversée menée par des policiers qui ont fait irruption sur le campus, y ont mené des fouilles musclées et forcé des protestataires à s'allonger face au sol.

Les troubles ont débuté le 7 décembre après la destitution et l'arrestation du président de gauche Pedro Castillo, accusé d'avoir tenté un coup d'Etat en voulant dissoudre le Parlement qui s'apprêtait à le chasser du pouvoir.

La crise est aussi le reflet de l'énorme fossé entre la capitale et les provinces pauvres qui soutenaient le président Castillo, d'origine amérindienne, et voyaient son élection comme une revanche sur ce qu'ils ressentent comme le mépris de Lima.

Sur le front diplomatique, Mme Boluarte s'exprimera devant l'Organisation des États américains (OEA) ce mercredi alors qu'un rapporteur de la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) a déclaré que le Pérou a été le théâtre de "violences" lors des manifestations.

A Buenos Aires, les présidents argentin et brésilien, Alberto Fernández et Luiz Inacio Lula, ont appelé dans un communiqué commun "tous les Péruviens à reprendre le dialogue", se disant également préoccupés "quant à la situation de l'ancien président Pedro Castillo" maintenu en détention.

Le ministère des Affaires étrangères péruvien a remis, à la suite des déclarations des présidents bolivien et colombien, des "notes de protestation" aux ambassades de ces deux pays, leur réclamant avec insistance de ne plus s'ingérer dans les affaires intérieures du Pérou.

Dans la région d'Ica (environ 350 km au sud de Lima), des protestataires ont attaqué des domaines agricoles appartenant à de grandes sociétés exportatrices.

Les aéroports d'Arequipa et de Juliaca, dans le sud du pays, restaient fermés lundi. Tout comme le joyau touristique du Machu Picchu qui n'accueille plus de visiteurs depuis samedi.

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