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Plafonnement des prix du pétrole : l'UE s'accorde, la Russie s'oppose

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Un navire pétrolier amaré dans le complexe de Sheskharis, l'un des plus importants sites de production de pétrole de Russie, le 11 octobre 2022.

La Russie a affirmé samedi qu'elle "n'acceptera pas" le plafonnement du prix de son pétrole que l'Union européenne, le G7 et l'Australie ont prévu de mettre en place dans les prochains jours pour limiter les moyens de Moscou pour financer son invasion de l'Ukraine. Dans la matinée, Kiev s'était satisfait d'un tel mécanisme, voulant croire tôt ou tard à la "destruction" de l'économie russe sous le poids des sanctions internationales.

"Nous n'accepterons pas ce plafond", a déclaré à la presse le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, cité par les agences russes, alors que Moscou avait déjà prévenu qu'il ne livrerait plus de pétrole aux pays qui adopteraient cette mesure. Dans cette première réaction de Moscou, M. Peskov a toutefois affirmé que la Russie s'était "préparée" en amont "pour un tel plafond", sans donner plus de détails.

"Nous atteignons toujours notre objectif et l'économie de la Russie sera détruite, et elle paiera et sera responsable de tous ses crimes", s'était de son côté félicité plus tôt le chef de cabinet de la présidence ukrainienne, Andriï Iermak.

Vendredi, les 27 pays de l'Union européenne, le G7 et l'Australie s'étaient mis d'accord sur "un prix maximum de 60 dollars américains pour le pétrole brut d'origine russe transporté par voie maritime", selon les termes d'un communiqué commun. M. Iermak a toutefois noté "qu'il aurait fallu abaisser (le prix plafond) à 30 dollars pour détruire (l'économie russe) encore plus rapidement".

Europe : que va changer le plafonnement des prix du pétrole russe ?

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Le cours du baril de pétrole russe (brut de l'Oural) évolue actuellement autour de 65 dollars, soit à peine plus que le plafond européen, impliquant un impact limité à court terme. Le mécanisme entrera en vigueur lundi "ou très peu de temps après", ont précisé le G7 et l'Australie. C'est aussi ce jour-là que débute l'embargo de l'UE sur le pétrole russe acheminé par voie maritime qui va déjà supprimer les deux tiers de ses achats de brut à la Russie.

Ainsi, seul le pétrole vendu par Moscou à un prix égal ou inférieur à 60 dollars pourra continuer à être livré. Au-delà de ce plafond, il sera interdit pour les entreprises de fournir les services permettant le transport maritime (fret, assurance, etc...). L'Allemagne et la Pologne ayant par ailleurs décidé d'arrêter leurs livraisons via un oléoduc d'ici à la fin de l'année, en plus de l'embargo européen, les importations russes totales seront touchées à plus de 90%, selon les Européens.

L'Opep+ dans l'incertitude

Les représentants des treize membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), conduits par Ryad, et leurs dix alliés emmenés par Moscou, partenaires de l'accord Opep+, se retrouveront par visioconférence dimanche pour décider de leur prochain objectif de production. Ils ont finalement opté pour un format de réunion virtuel, un jour avant le début de l'embargo de l'Union européenne sur les importations de brut russe, qui doit être assorti d'un plafonnement des prix.

Il y a fort à parier que le groupe réaffirmera son engagement envers ses dernières réductions de productionStephen Brennock, du courtier en pétrole PVM Energy

L'alliance devrait se prononcer pour une "reconduction de la décision précédente" portant sur une baisse de 2 millions de barils par jour, a déclaré une source iranienne à l'AFP, le marché étant "très incertain" avec l'arrivée imminente d'un nouveau train de sanctions contre la Russie.

C'est aussi le pronostic de la plupart des analystes."Il y a fort à parier que le groupe réaffirmera son engagement envers ses dernières réductions de production", avance Stephen Brennock, de PVM Energy, même s'il n'exclut pas que l'Opep+ aille plus loin pour soutenir les cours du pétrole. Car depuis la réunion d'octobre, qui s'était tenue au siège du cartel à Vienne, les prix sont lourdement retombés pour retrouver leur niveau de début 2022, bien loin des sommets atteints après le début de l'invasion russe de l'Ukraine.

(Re)voir : pétrole : les monarchies du Golfe en faveur de la Russie ?

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Les deux références mondiales de l'or noir évoluent désormais entre 80 et 85 dollars le baril, contre plus de 130 dollars en mars. La Chine, premier importateur de brut dans le monde, cristallise les inquiétudes, le regain épidémique actuel faisant craindre un confinement généralisé pesant sur l'économie.

Pékin a toutefois donné cette semaine de quoi espérer aux marchés, en signalant un possible allègement de la stricte politique "zéro Covid", après une vague de manifestations de colère contre les restrictions sanitaires. S'ajoutent à cette situation les craintes d'une récession, sur fond de flambée de l'inflation en Europe comme outre-Atlantique.

"Influence" russe

Au-delà de la morosité économique, la grande inconnue de l'équation pétrolière tourne autour du brut russe, dans le viseur d'Occidentaux soucieux de réduire les ressources financières permettant à Moscou de financer la guerre en Ukraine.

Moscou pourrait riposter en utilisant son influence au sein de l'Opep+ pour pousser l'alliance à adopter une position plus agressive
Edoardo Campanella, analyste d'UniCredit

Le président russe Vladimir Poutine a mis en garde contre de "graves conséquences pour le marché énergétique mondial". Le Kremlin "a plusieurs options pour contourner" cette mesure, souligne Edoardo Campanella, analyste d'UniCredit. Et il peut compter sur le soutien de l'Arabie saoudite, qui ne lui a jamais fait défaut depuis le début du conflit - au grand dam des Etats-Unis. 

"Moscou pourrait riposter en utilisant son influence au sein de l'Opep+ pour pousser l'alliance à adopter une position plus agressive", dans un avertissement à l'Occident qui hérisse le cartel en réglementant les prix. Un tel scénario "aggraverait la crise énergétique mondiale", prévient l'analyste.