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Policier tué à Bruxelles : qui est l'assaillant, fiché par les services antiterroristes ?

Des policiers belges ont établi un périmètre de sécurité autour du lieu du crime, Bruxelles, 11 novembre 2022.
Des policiers belges ont établi un périmètre de sécurité autour du lieu du crime, Bruxelles, 11 novembre 2022.
(AP Photo/Geert Vanden Wijngaert)

L'homme qui a poignardé à mort un policier jeudi soir à Bruxelles est un ancien détenu pour des faits de droit commun mais fiché par l'organe belge d'analyse de la menace terroriste (Ocam). Le matin, il s'était présenté dans un commissariat et fut emmené aux urgences psychiatriques. Des circonstances qui donnent lieu à une polémique.

Le suspect, présenté comme "Yassine M., né en 1990 à Bruxelles, de nationalité belge", a crié "Allah Akbar" en s'attaquant armé d'un couteau à deux policiers dans leur voiture arrêtée à un feu rouge, a précisé le parquet fédéral belge lors d'une conférence de presse. 

L'un des deux policiers, Thomas M., 29 ans, touché "à hauteur de la gorge" n'a pas survécu, tandis que l'autre, blessé au bras droit, "a été opéré cette nuit" et "semble hors de danger", a souligné le parquet fédéral.

Un juge d'instruction a été saisi d'une enquête pour "assassinat et tentative d'assassinat commis dans un contexte terroriste".

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L'assaillant, cible de tirs lors de l'intervention d'une autre patrouille de police appelée en renfort, a été "blessé par balle" et hospitalisé.

Le suspect emmené aux urgences psychiatriques par la police

Les faits se sont produits jeudi vers 19H15 (18H15 GMT) sur la commune bruxelloise de Schaerbeek, dans le quartier de la Gare du Nord.

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L'enquête devra notamment se pencher sur les éventuels antécédents psychiatriques du suspect.

Le procureur de Bruxelles Tim De Wolf a raconté que jeudi matin Yassine M. s'était présenté dans un commissariat bruxellois "en tenant des propos incohérents".

"Il parlait de la haine contre la police et demandait à être pris en charge au niveau psychologique", a-t-il ajouté.

"A la demande du magistrat de garde", le suspect a alors été emmené par des policiers aux urgences psychiatriques d'un hôpital bruxellois, l'hôpital Saint-Luc, mais sans privation de liberté car il ne répondait pas aux critères légaux de l'internement d'office, a-t-on expliqué. "Il était volontaire".

Plus tard, les policiers ont repris contact avec l'hôpital afin de vérifier si la personne avait été gardée en observation. Il s'est avéré qu'elle avait quitté l'hôpitalParquet de Bruxelles

Selon le procureur, la patrouille de police a quitté l'hôpital après s'être assurée que Yassine M. était bien pris en charge par des infirmiers.

"Plus tard, les policiers ont repris contact avec l'hôpital afin de vérifier si la personne avait été gardée en observation. Il s'est avéré qu'elle avait quitté l'hôpital", toujours d'après le parquet de Bruxelles.

Le service des urgences pas averti de la dangerosité du suspect

L'hôpital ayant reçu l'assassin présumé d'un policier à Bruxelles jeudi quelques heures avant l'attaque a assuré n'avoir "jamais été informé" par les forces de l'ordre de la dangerosité de l'homme, qui a quitté l'établissement sans faire l'objet d'une évaluation psychiatrique.

Alors que les circonstances du drame font polémique en Belgique, les Cliniques universitaires Saint-Luc ont, dans un communiqué transmis à l'AFP samedi, tenu à "rappeler que tout patient qui se présente aux urgences est libre de les quitter à son initiative sauf s'il s'inscrivait dans le cadre d'une surveillance policière continue, ce qui n'était pas le cas dans le cadre de cette admission".

[les policiers ont quitté le service des urgences] à ce moment-là sans avoir jamais informé les membres du personnel des urgences de la dangerosité de la personneCommuniqué des Cliniques universitaires Saint-Luc de Bruxelles

"Aucune consigne n'a été donnée par les autorités compétentes", ajoute l'établissement.

L'hôpital indique que l'homme s'est présenté jeudi au service des urgences vers 11H00, accompagné par trois policiers, "pour une prise en charge psychologique volontaire".

Après "28 minutes", il a été vu par une infirmière, selon l'établissement, qui précise que les policiers ont quitté le service des urgences "à ce moment-là sans avoir jamais informé les membres du personnel des urgences de la dangerosité de la personne".

L'homme a ensuite été placé "en salle d'attente pour patienter avant sa prise en charge psychiatrique", mais "une vingtaine de minutes plus tard", l'infirmière venant le chercher a constaté qu'il "avait quitté la salle d'attente et ce, de son plein gré". "L'évaluation psychiatrique n'a donc pas pu avoir lieu", souligne l'hôpital.

"L'événement de trop"

Un syndicat de policiers a annoncé une journée d'action le 28 novembre, évoquant "l'événement de trop".

Au-delà du profil psychologique du suspect, l'enquête ouverte pour "assassinat et tentative d'assassinat dans un contexte terroriste" devrait se pencher sur son parcours carcéral.

Yassine M. avait été emprisonné "entre 2013 et 2019" pour "des faits de droit commun", a-t-on aussi appris vendredi.

En prison, où il purgeait une peine pour "vol avec violence", son comportement s'est dégradé à partir de 2015, a dit à l'AFP une source proche du dossier. Il a été placé dans une "section Deradex" (réservée aux détenus radicalisés).

Selon l'Ocam, organe belge d'analyse de la menace terroriste, Yassine M. était mentionné sur "une banque de données commune contenant environ 700 noms", partagée par tous les services de sécurité en Belgique.

La liste recense "les extrémistes et terroristes connus dans le pays qui font l'objet d'un suivi prioritaire", a précisé à l'AFP un porte-parole de l'agence fédérale.

Depuis les attentats jihadistes de Bruxelles (32 morts le 22 mars 2016), la Belgique a été le théâtre de plusieurs agressions contre des militaires ou des policiers.

La dernière attaque considérée comme "terroriste" s'était produite à Liège (est) le 29 mai 2018, quand un délinquant radicalisé de 31 ans avait tué par balles deux policières et un étudiant en criant plusieurs fois "Allah Akbar". Il avait ensuite été abattu par les forces de l'ordre.

Voir aussi : 

Belgique : opération anti-terroriste dans les milieux d'extrême droite