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Première rencontre entre Emmanuel Macron et le pape François

 Emmanuel Macron accompagné de Édouard Philippe et de l'archevêque de Rouen Mgr Dominique Lebrun, à Saint-Etienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2017.
 Emmanuel Macron accompagné de Édouard Philippe et de l'archevêque de Rouen Mgr Dominique Lebrun, à Saint-Etienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2017.
© AP / Thibault Camus

Le chef de l'État français a été accueilli mardi matin pour la première fois par le pape François. Emmanuel Macron et le souverain pontife ontt parlé de la crise migratoire et  de la laïcité au cours d'une audience privée. Cette visite au Vatican exclut tout entretien avec le gouvernement italien, à couteaux tirés avec Paris.
 

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Le président français Emmanuel Macron a rencontré mardi matin pour la première fois le pape François, une rencontre à l'apparence très chaleureuse, centrée sur la question des migrants à l'heure où ce dossier déchire les Européens.

M. Macron est ressorti de son tête-à-tête dans la bibliothèque du somptueux palais pontifical au bout de 57 minutes, le plus long entretien jamais accordé par le pape argentin à un chef d'Etat ou de gouvernement.

Le président français n'a toutefois pas battu le record absolu de son prédécesseur François Mitterrand resté une heure et quart en tête-à-tête avec Jean Paul II. Il est en revanche resté plus longtemps que son prédécesseur français François Hollande (35 minutes). Et il aura dépassé par exemple les présidents américains Barack Obama (50 mn) et Donald Trump (30 mn).

Il a été rejoint à la fin de son entretien privé par son épouse Brigitte, en robe noire discrète, ainsi que par une délégation d'une douzaine de personnes dont son ministre de l'Intérieur Gérard Collomb.

Le président français a offert au pape une édition en italien de 1949 du "Journal d’un curé de campagne" de Georges Bernanos, écrivain catholique fervent que son hôte apprécie beaucoup. Le pape lui a remis une médaille en bronze de Saint Martin et les textes phares de son pontificat.

Fidèle à son image d'homme appréciant les contacts physiques, le président français à posé la main sur l'épaule du pape dans un geste étonnamment complice et les deux hommes se sont embrassés sur la joue avant de se quitter.

A couteaux tirés

Avant cette rencontre, Emmanuel Macron avait pris son petit-déjeuner avec la communauté de laïcs catholiques Sant'Egidio, très impliquée dans l'accueil de migrants et organisatrice de "couloirs humanitaires" acheminant des réfugiés syriens en Europe dont la France.

"Le président Macron a mentionné les corridors humanitaires comme modèle de politique d'immigration légale, surtout pour les personnes qui ont besoin de protection humanitaire", a commenté après sa rencontre Andrea Riccardi, fondateur de Sant' Egidio et ex-ministre italien.

Emmanuel Macron est à couteaux tirés avec le gouvernement italien, notamment avec son ministre de l'Intérieur Matteo Salvini qui ne cesse de fustiger son "arrogance" et sur le dossier des migrants. Le nouveau pouvoir a déclaré la guerre aux ONG positionnant leurs bateaux au large des côtes libyennes.

Le pape interpelle régulièrement les dirigeants de l'UE pour qu'ils maintiennent des idéaux fondateurs comme "la solidarité".

A propos des migrants arrivant en Europe qu'il faut "accueillir, accompagner, loger et intégrer" dans la limite des capacités de chaque pays, le pape a estimé la semaine dernière qu'il était nécessaire aussi "d'investir intelligemment pour leur donner du travail et une éducation" dans leurs pays d'origine, notamment africains.

S'il fustige souvent "les populismes qui prospèrent à partir de l'égoïsme", François s'est abstenu jusqu'à présent de commenter les annonces du nouveau gouvernement italien, au pouvoir depuis le 1er juin.

Laïcité à la française

Emmanuel Macron et François ne devraient pas échapper au thème de la laïcité à la française.

Dans un long discours lyrique devant la Conférence des évêques de France (CEF) début avril, Emmanuel Macron avait dit vouloir "réparer" le "lien" entre l'Église catholique et la République française, "abîmé" notamment depuis l'adoption du mariage homosexuel en 2013.

Ce discours du président avait suscité les critiques de la gauche et du Rassemblement national (extrême droite), dans un pays où le respect de la laïcité fait l'objet de débats épidermiques, souvent incompréhensibles hors des frontières. L'épiscopat français avait pour sa part salué un discours refondateur des relations entre les catholiques et la République.

"En France, la laïcité a une coloration héritée des Lumières beaucoup trop forte, qui construit un imaginaire collectif dans lequel les religions sont vues comme une sous-culture", a déploré le pape François dans un livre d'entretiens avec le sociologue français Dominique Wolton.

"La France devrait dire que les religions font elles aussi partie de la culture", plaide le pape.

Baptisé à 12 ans dans la foi catholique, ancien élève d'un collège jésuite, Emmanuel Macron se définit aujourd'hui comme "agnostique".

Des chrétiens d'Orient au changement climatique, en passant par l'aide au développement, les autres sujets de discussions potentiels sont nombreux.
 

Chanoine d'honneur

Le président français devrait profiter de son audience au Saint-Siège pour inviter le pape en France, en particulier dans la ville multiculturelle de Marseille, qui aurait ses faveurs. Mais si un voyage est aujourd'hui "envisagé" selon le président de la CEF Georges Pontier, la France ne semble pas faire partie des priorités du pape argentin.

Le président français vient aussi à Rome chercher son titre de "premier et unique chanoine d'honneur" de la cathédrale du pape, une tradition remontant au 17e siècle et au roi Henri IV.

Nicolas Sarkozy fut le dernier chef d'Etat, en décembre 2007, à se plier à cette tradition honorifique dans l'immense basilique majeure de Saint-Jean-de-Latran, attitrée à l'évêque de Rome (le pape). Il avait alors Suscité un tollé, à gauche, pour son discours d'éloge de la foi et des racines chrétiennes de la France.

Le président Macron devrait s'abstenir prudemment mardi après-midi de tout discours sur le terrain miné de la laïcité.

Il assistera à une célébration liturgique, comprenant une prière et la lecture d'un texte biblique, avant de prendre possession de sa stalle (virtuelle) dans une chapelle. Il rencontrera ensuite la communauté catholique française réunie dans le palais attenant du Latran, avant un "temps réservé", à l'heure précise du match de foot France-Danemark, puis une conférence de presse à l'ambassade de France auprès du Saint-Siège.