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Présidence de l'Union européenne : la Roumanie est-elle à la hauteur ?

Drapeaux européen et roumain projetés sur les bâtiments du gouvernement roumain, deux jours avant la présidence roumaine du Conseil des ministres de l'Union européenne. 30 décembre 2018, Bucarest, Roumanie.
Drapeaux européen et roumain projetés sur les bâtiments du gouvernement roumain, deux jours avant la présidence roumaine du Conseil des ministres de l'Union européenne. 30 décembre 2018, Bucarest, Roumanie.
© AP / Vadim Ghirda

Les chefs d'État et de gouvernement de l'UE se rencontrent en Roumanie, ce 9 mai, pour débattre du futur des institutions européennes. Après l'Autriche et la Bulgarie, c'est bien la Roumanie qui préside le Conseil des ministres de l'Union européenne pour six mois à partir de ce mardi 1er janvier 2019. Une prise de fonctions polémique, à l’heure de vives tensions entre Bruxelles et Bucarest.

"Le gouvernement de Bucarest n'a pas encore pleinement compris ce que signifie présider les pays de l'Union Européenne." C’est en ces termes, peu chaleureux, que le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, donne la bienvenue à la Roumanie dans les colonnes du quotidien allemand Die Welt, alors que le pays prend les rênes de l’Union européenne pour la première fois, depuis son adhésion à l’Union européenne en 2007.

« On ne peut que cautionner» les propos de Jean-Claude Juncker, estime Traian Sandu, professeur agrégé d’histoire à l’Université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle, notamment parce que « le gouvernement [roumain] s’est attaqué à l’autonomie de la justice ».
 

Une réforme de la justice qui déplaît à Bruxelles

Le Parti Social-Démocrate (PSD), au pouvoir en Roumanie depuis fin 2016, souhaite voter une loi qui gracie ou amnistie les auteurs de corruption. Seraient concernés par cette loi des membres du gouvernement, à l’instar de Liviu Dragnea, l’homme fort de la vie politique roumaine -  président du Parlement et patron du PSD. En juillet dernier, la cheffe du parquet anticorruption était limogée.

Le PSD est un parti corrompu, démagogue, et clientéliste.

Jean-Arnault Dérens, rédacteur en chef du journal en ligne Le Courrier des Balkans

L’ingérence du gouvernement dans la réforme judiciaire et les atteintes à la liberté de la presse démontrent que la Roumanie « ne respecte pas toutes les valeurs de l’Europe », observe l’historien Traian Sandu. Reporters Sans Frontières dénonce les condamnations pour corruption de plusieurs patrons de presse comme le directeur de Mediafax Group, Adrian Sarbu. Le pays se situe au 44e rang de la liberté de la presse selon le classement de Reporters Sans Frontières (la France est 33e, la Suisse 5e).
Détails sur la Roumanie extraits du classement mondial de la liberté de la presse 2018
Détails sur la Roumanie extraits du classement mondial de la liberté de la presse 2018
© Capture d'écran du site Internet de RSF

Pour autant, « il ne faut pas non plus diaboliser la Roumanie et sa présidence de l’UE », tempère Jean-Arnault Dérens, rédacteur en chef du Courrier des Balkans. Avant Bucarest, l’UE a été aux manettes de deux pays aux gouvernements de coalition teintés d’extrême droite, et eurosceptiques - la Bulgarie et l’Autriche.
Face à ces critiques, le gouvernement roumain souhaite montrer sa bonne volonté :

Nous contribuerons au maintien de l'unité, de la cohésion et de la solidarité [au sein de l'UE].

La Première ministre roumaine Viorica Dancila

Le président roumain, Klaus Iohannis, un europhile de centre-droit en pleine cohabitation houleuse avec le gouvernement, représentera le pays au Conseil européen. Il s'est également voulu rassurant, soulignant que la Roumanie était "bien préparée" et assumerait la présidence "d'une manière appropriée".

Un programme aux contours flous

Chaque État qui s’apprête à présider l’UE présente un programme, défini par trois pays. La priorité de l’Autriche au second semestre 2018 aura consisté à lutter contre l’immigration clandestine. Celles de la Roumanie se déclinent en quatre chapitres sur le site consacré à sa présidence pro tempore de l'UE ; développement de l'Europe sociale, consolidation de la sécurité intérieure ou encore lutte contre le terrorisme via la "facilitation de la mise en oeuvre du mandat du parquet européen".
Pour appliquer ces objectifs pêle-mêle, « la légitimité politique de la Roumanie est faible », résume Traian Sandu, alors que le prochain sommet à 28 devrait se tenir à Bruxelles le 21 mars 2019. Il s’agira du dernier sommet à 28, avant la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne prévue le 29 mars 2019, et les élections européennes du 23 au 26 mai prochain.

Ce scrutin, et le Brexit - principaux défis de la présidence roumaine de l’Union européenne - feront également office de test pour la solidité de l'UE, douze ans après son élargisemment à des pays aux modes de gouvernance critiqués - la Bulgarie et la Roumanie.


Que signifie présider l’Union européenne ?

- Depuis 2009 et l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, tous les six mois, la présidence  du Conseil de l’Union européenne est attribuée à un Etat.
À partir du 1er janvier 2019, le conseil de l’Union Européenne est confié à  la Roumanie, après l’Autriche, et la Bulgarie pour l'année 2018.

- Les missions de l’État qui préside le Conseil des ministres de l’Union européenne :
organiser et présider les réunions,
élaborer des compromis en cas de problèmes politiques.

- Le calendrier des présidences est établi jusqu’en 2030. L’Allemagne sera aux manettes de l’UE lors du second semestre 2020 par exemple.