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Présidentielle 2022 : dans la dernière ligne droite, les candidats misent sur la proximité

Emmanuel Macron, candidat à sa réélection, est en déplacement à Saint-Denis (Seine Saint-Denis), dans la toute dernière ligne droite de la campagne présidentielle.
Emmanuel Macron, candidat à sa réélection, est en déplacement à Saint-Denis (Seine Saint-Denis), dans la toute dernière ligne droite de la campagne présidentielle.
Ludovic Marin/AP

Quelques jours avant le second tour de l'élection présidentielle française, Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont sur le terrain. Ils tentent de convaincre les indécis. Ces déplacements interviennent au lendemain d'un débat musclé entre les deux candidats. 

L'une a choisi de se rendre dnas un relais routier dans la Somme. Son adversaire, quant à lui, s'est rendu en banlieue parisienne. Au lendemain du débat de l'entre-deux-tours, Marine Le Pen et Emmanuel Macron reprenennt leur joute dans la France populaire. Ils espèrent mobiliser et convaincre les indécis, dans la dernière ligne droite de la campagne présidentielle.

Emmanuel Macron jugé "arrogant" par Marine Le Pen

Au lendemain d'un débat musclé, la candidate du Rassemblement National (RN) fustige un président sortant "très méprisant, très arrogant, y compris dans sa posture". "Ça n'a étonné je crois aucun Français, qui eux-mêmes subissent cette arrogance et ce mépris depuis cinq ans", déclare Marine Le Pen lors d'un point-presse organisé à Roye (Somme) en marge d'une rencontre avec des transporteurs routiers.

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En outre, elle critique les "outrances" et "fake news" propagées par le camp Macron à son égard. Emmanuel Macron rejette ces critiques, et accuse en retour sa rivale de n'avoir "plus d'autres arguments" avant le second tour de la présidentielle dimanche. "On a eu 2h30 d'un débat qui a été respectueux", affirme le candidat président à un journaliste durant un bain de foule à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

"On a eu beaucoup de respect l'un pour l'autre mais avec le fait qu'on (se) combat" sur deux projets qui ne sont "pas conciliables", ajoute-t-il. Et "quand il n'y a plus d'arguments à opposer, on va en chercher d'autres", poursuit-il, en mettant en cause les déclarations de responsables du RN depuis le débat.

Emmanuel Macron vainqueur du débat ?

Selon les experts, le chef de l'État a réussi lors du débat à maîtriser voire dépasser le handicap traditionnel du sortant qui doit défendre son bilan, face à une candidate du RN en net progrès par rapport à son débat raté de 2017, mais souvent sur la défensive et freinée dans ses attaques par sa volonté de lisser son image. À Bordeaux, Mathieu Sescosse, salarié de 40 ans dans l’informatique, a "regardé jusqu’à 23 h et des brouettes". Verdict ? "Pour moi, c’est le statu quo, ça ne fera pas bouger les lignes". Il regrette que "des sujets sur l’urgence écologique n’ont pas été suffisamment abordés".

Si on compare à 2017, c’était moins agressif et plus serein. Le fond est toujours le même et ça n’a pas changé mon opinion.Grégoire Batteux, retraité de 65 ans

À Rennes, Grégoire Batteux, 65 ans, retraité de l’éducation nationale, juge que "si on compare à 2017, c’était moins agressif et plus serein. Le fond est toujours le même et ça n’a pas changé mon opinion", mais "les travers de l’un et de l’autre ont été en partie gommés". Le débat, regardé par près de 15,6 millions de téléspectateurs (la pire audience de ce format depuis sa création en 1974, selon Médiamétrie), a-t-il fait bouger les lignes? Premiers éléments de réponse avec les enquêtes d'opinion jeudi et vendredi avant le verdict de dimanche soir. "Rien n'est joué", insiste Emmanuel Macron à Saint-Denis.

Le président sortant attendu sur les logements insalubres

Le déplacement d'Emmanuel Macron à Saint-Denis, un bastion de la gauche, est consacré à la problématique des "logements insalubres et de la rénovation urbaine" dans le département le plus pauvre de la métropole parisienne. La Seine-Saint-Denis, qui a enregistré le 10 avril le taux d'abstention le plus élevé de France hexagonale, a placé le candidat de La France insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon largement en tête (49,09%) devant Emmanuel Macron (20,27%). 

Les électeurs du leader LFI, arrivé en troisième position avec près de 22% au plan national au 1er tour, sont particulièrement courtisés par les deux finalistes. À Saint-Denis, des habitants présents autour d'Emmanuel Macron le défendent. "Vous n'êtes pas arrogant", lance un homme. "Pas du tout!", renchérit une femme. "M. Macron, faut pas nous abandonner, faut pas la laisser passer", crie un homme en faisant référence à la candidate d'extrême droite.

Regrettant d'être obligée de "choisir entre la peste et le choléra" au second tour, une femme l'appelle à "un peu plus de modestie" et à se mettre "à notre niveau car on n'en a pas l'impression". "Mais je viens ici", répond le président sortant. "Oui, mais à la dernière minute", selon elle.

Un choix de région crucial

En choissant des régions populaires - Seine-Saint-Denis et Hauts-de-France -, les deux adversaires ont pour objectif de mieux répondre à la préoccupation numéro un des Français, le pouvoir d'achat, frappé par les répercussions de la guerre en Ukraine sur les prix de l'énergie et de l'alimentation. Un thème sur lequel ils se sont affrontés lors du débat de près de trois heures de mercredi, le président-candidat défendant le "bouclier" actuel et son projet de "chèque alimentaire", la seconde prônant une baisse de la TVA.

Il ne sera plus limité par rien et ira au bout de sa logique. Ce serait le premier mandat en pire.Marine Le Pen, candidate à l'élection présidentielle

Reprenant son argumentaire à Roye, Marine Le Pen estime qu'un "second mandat d'Emmanuel Macron serait un saccage social". "Il ne sera plus limité par rien et ira au bout de sa logique. Ce serait le premier mandat en pire", dit-elle. La candidate tient ensuite en début de soirée son dernier meeting de campagne à Arras, la préfecture du Pas-de-Calais. Un département qui a largement voté pour elle au premier tour même si c'est le président sortant qui a décroché la première place dans le chef-lieu.

Dans la dernière ligne droite, Emmanuel Macron creuse l'écart dans les sondages, en étant donné vainqueur dans une fourchette allant de 54 à 56,5% des intentions. Un écart moindre qu'en 2017 toutefois : le candidat "ni de droite ni de gauche" avait alors remporté la bataille avec 66,1% des voix. 

Il tiendra son dernier rassemblement de campagne vendredi à Figeac (Lot) dans un département qui avait voté massivement pour lui en 2017. Entretemps, l'ex-candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot appelle à voter Emmanuel Macron dans une tribune publiée dans le quotidien français Le Monde ce 21 avril, "sans plaisir mais sans hésitation"