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Présidentielle 2022 : "On demande aux étrangers d'être républicains mais ils n'ont même pas le droit de voter !"

Voix de diasporas. Ils font partie de celles et de ceux qu'on n'a peu voire pas entendu depuis le début de la campagne présidentielle en France. Les jeunes membres des diasporas, présentes dans le pays, portent pourtant un regard acéré sur les sujets abordés dans le débat public et sur ceux qu'ils aimeraient voir davantage évoqués et discutés. Voilà pourquoi TV5MONDE a choisi de donner la parole à 8 d'entre eux, : ils détaillent les sujets qu'ils estiment prioritaires pour les 5 prochaines années. Épisode 1 de notre série "Voix de diasporas" avec Ruken Caroline Bulut.

Ruken Caroline Bulut a 30 ans et travaille dans une institution européenne au Luxembourg. Française d'origine kurde, elle a grandi à Strasbourg, dans l'est de la France. Pour cet entretien, elle nous a donné rendez-vous dans sa ville devant la Cour européenne des Droits de l'Homme, pour nous parler d'un sujet qui lui tient à cœur et qu'elle regrette qu'il soit si peu abordé pendant la campagne électorale : les droits humains.

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TV5MONDE : Pourquoi nous avoir donné rendez-vous devant la Cour européenne des Droits de l'Homme ?

La Cour européenne des droits de l'Homme veille au respect de la Convention des droits de l'Homme qui a été ratifiée en 1950 par les membres de l'Union européenne dont fait partie la France. Dans cette convention, sont inscrits des droits fondamentaux, qui impliquent qu'il n'y ait aucune distinction entre les personnes de différentes ethnies, de différentes religions, sexes, cultures...

Malheureusement aujourd'hui, on est confronté à une situation politique qui ne ressemble pas à ce que fait respecter cette Cour. Les droits de l'Homme, ce sont aussi les droits des femmes et les droits des étrangers !

Un étranger, même si c'est un terme qui me déplait, qui vit sur le territoire français depuis 10 ans, qui va acheter son pain à la boulangerie comme tout le monde, paie ses impôts, travaille, cotise en France, n'a pas les mêmes droits qu'un Français. Je trouve ça triste.

TV5MONDE : À quel droit spécifique penses-tu ?

Le droit de vote déjà ! On se plaint que les Français ne votent pas. Pourquoi ne donnerait-on pas la possibilité à des étrangers qui sont sur le sol français depuis plusieurs années, qui ont une opinion comme tout le monde, contribue à l'économie française, de voter ? La question que je me pose est la suivante : les droits humains, c'est pour qui ? 

On ne donne pas la possibilité aux étrangers d'être citoyen, de participer à la démocratie alors qu'on leur demande constamment de s'intégrer, d'être républicain. Comment peut-on s'adapter dans ces conditions ? 

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TV5MONDE : Pourquoi le thème des droits humains te touche particulièrement ?  

Je suis franco-kurde, je suis née en France et fière d'être française ! Mais mes parents ont dû fuir leur pays dans les années 1980, le Kurdistan de la Turquie. En venant en France, ils ont dû faire face à beaucoup de difficultés. 

Ma mère a eu la nationalité française il y a seulement 10 ans, tandis que mon père est apatride. Ça fait respectivement 35 et 40 ans qu'ils sont en France. Mon père paie ses impôts et se lève le matin pour aller travailler et gagner sa vie comme tout le monde. Ce sujet me touche d'autant plus parce que j'ai pu avoir la nationalité française grâce à eux. 

Quand mes parents sont venus, ils pensaient que la France était une terre d'accueil. Ils se sont tellement battus pour les papiers et se sont rendus compte que c'était très difficile voire quasi impossible, comme le montre le cas de mon père. 

J'ai personnellement fait des études de droit et une première année de master en droits de l'Homme pour comprendre la situation de mes parents. Comprendre ce qu'ils ont subi et voir comment il était possible d'améliorer la situation des réfugiés. Mais je me suis rendue compte que les droits de l'Homme n'existaient pas vraiment, en tout cas pas de la même manière et pas pour tout le monde.

Personnellement, je ne me suis pas du tout reconnue dans ces conventions et traités internationaux. Toutes ces belles phrases ne représentent pas ce que mes parents vivent au quotidien et ce que tous les étrangers subissent en France et en Europe. 

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TV5MONDE : S'il y avait une mesure que tu demanderais au futur président ou à la future présidente de la République ? 

Accorder le droit de vote aux étrangers. Et ce d'autant plus avec tout ce qui se dit dans les médias, qui me choque profondément. Il y a des personnes qui se présentent aujourd'hui qui ne représentent pas du tout le peuple français selon moi. Je ne comprends même pas comment elles peuvent être autant visionnées avec ce qu'elles disent ! Ces gens-là sont si loin de la réalité. La France n'est pas censée être raciste ! Je pensais que la France était censée être le pays des droits de l'Homme. 

Il faut considérer les droits des étrangers et ne plus faire de distinction entre étrangers et Français. À partir du moment où on vit tous sur le même sol, il faut qu'on soit tous considérés de la même façon.