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Présidentielle 2022 : les ONG déçues par les programmes sur le climat des candidats Emmanuel Macron et Marine le Pen

<p>Un homme devant des panneaux de campagne à Anglet, le 8 avril 2022.</p>

Un homme devant des panneaux de campagne à Anglet, le 8 avril 2022.

AP/ Bob Edme

L'affiche du second tour est la même que celle de 2017. Mais le contexte climatique a lui bien changé au cours des cinq dernières années. Les ONG de défense de l'environnement expriment leur inquiétude sur le contenu des programmes des deux candidats sur les questions environnementales et climatiques. 

« Ces résultats du 1er tour de l'élection présidentielle 2022 sont une défaite pour le climat et plus largement pour l’environnement. » Face à l’affiche du second tour, l’organisation de défense de l’environnement Greenpeace ne cache pas son désarroi. Ni Emmanuel Macron, ni Marine Le Pen ne serait à la hauteur pour relever le défi climatique selon l’ONG.

Il y a pourtant urgence. Le dernier rapport du GIEC préconise de « transformer radicalement l'économie et faire plafonner les émissions d'ici moins de trois ans » pour ne pas courir à la catastrophe. Pourquoi les organisations environnementales sont-elles si pessimistes quant à la gestion de la crise environnementale sous la prochaine mandature ? 

« Make the planet great again » ?


Le bilan environnemental du quinquennat d’Emmanuel Macron n’aura pas été épargné de critiques, même de la part d’instances officielles qu'il a lui-même créées, comme le Haut conseil pour le climat. L'an dernier, l’organe indépendant révélait que la France n’était pas sur la bonne voie pour respecter ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Dans son dernier rapport, l’instance consultative affirmait : « En raison du retard accumulé par la France, le rythme actuel de réduction annuelle devra pratiquement doubler, pour atteindre au moins 3,0 % dès 2021 et 3,3 % en moyenne sur la période du troisième budget carbone (2024-2028) », faisant référence aux objectifs des accords de Paris de réduction des émissions de CO2 de 40% d’ici à 2030.

Une promesse que même la justice a sommé le gouvernement de tenir. Saisie par la commune du Nord de Grande-Synthe, menacée par la montée du niveau de la mer, le Conseil d’État ordonnait le 1er juillet 2021 à l’État français de prendre dans les neuf mois qui suivaient "toutes les mesures utiles" pour atteindre l'objectif de baisse des émissions.

Le 1er avril 2022, le gouvernement a toutefois préféré s’abstenir de tout envoi pour documenter sa capacité à respecter l'objectif climatique. Une pénalité financière de plusieurs millions d’euros a été réclamée par la commune de Grande-Synthe.

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Le chef de l’État avait pourtant choisi de faire de ces accords la ligne directrice de sa politique climatique. En 2017, il en réaffirmait la substance en lançant un appel à la communauté de chercheurs, entrepreneurs, associations et membres de la société civile pour « rendre la planète de nouveau radieuse. » (« Make the planet great again »).

La loi Climat votée en mai 2021, vantée par la majorité comme un « marqueur du quinquennat », a aussi été décriée par les écologistes pour ses « insuffisances » face à « l'urgence climatique ». Le texte de loi devait initialement être inspiré des conclusions d’une Convention citoyenne pour le climat (CCC), composée de 150 citoyens tirés au sort et formés par des experts. Leur mission était alors de proposer des mesures permettant de réduire les émissions de GES de la France "dans un esprit de justice sociale".

Au final, seuls 10% de leurs propositions ont été reprises par le gouvernement, dont certaines ont été revues à la baisse. À titre d'exemple, la proposition de fermeture des lignes aériennes intérieures dont le temps de trajet en train est inférieur à 4 heures a été rabaissée à un seuil à 2 heures 30 par la majorité présidentielle. La régulation de la publicité a aussi exclu la demande d'extinction des publicités lumineuses de 1 à 6 heures du matin.

À l’échelle européenne, la France accumule aussi du retard par rapport à ses paires. Elle est le seul pays à ne pas avoir atteint ses objectifs en termes d’énergies renouvelables en 2020. Seul 19,1% de sa consommation d’énergie est couverte par les renouvelables, au lieu des 23 % prévus au niveau européen. 

Technologie et manque de sobriété


Si le bilan d’Emmanuel Macron peine à donner des gages d’espoir en cas de réélection, qu’en est-il de son programme ? À la question « Son programme respecte-t-il l'accord de Paris ? », le groupe d’experts de la transition énergétique The Shift Project, qui a passé au crible tous les programmes des candidats sur la question environnementale, répond : « de manière éloigné ».

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En matière de transports, secteur responsable de 31% des émissions en France, les mesures du candidat En Marche! se concentrent sur la technologie, « sans mention de sobriété (télétravail, aménagement urbain, etc.), ni du développement ferroviaire (voyageur et fret), des transports en commun et des mobilités douces » mentionne les experts. Les deux propositions liées au transport sont en effet centrées sur une offre « abordable et 100% française » de millions de véhicules électriques et hybrides, peut-on lire sur le programme en ligne. Le président sortant mise aussi sur un développement de l’hydrogène vert, combustible des futures voitures électriques.

En matière de forêt et d’agriculture, les promesses sont « très éloignées » des objectifs de Paris, toujours selon The Shift Project. Pour l’agriculture, le candidat fait encore le pari de la technologie se traduisant par « un investissement massif dans l’innovation  : robotique, numérique, sélection variétale… ». Les forêts, maillons pourtant importants dans l’objectif de réduction des émissions, n’apparaissent que dans deux propositions, celles de « planter 140 millions d’arbres d’ici la fin de la décennie, soit 2 arbres par Français et investir dans la filière française du bois», et « protéger toujours mieux nos littoraux, montagnes, forêts et espaces naturels. »

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Les mesures de transition énergétique proposées par Emmanuel Macron rehaussent cependant les attentes. La projection de la construction de « 6 premières centrales nucléaires nouvelle génération, la multiplication par 10 de notre puissance solaire et l’implantation de 50 parcs éoliens en mer d’ici 2050 » permettraient d’atteindre un niveau de décarbonation et de diversification du mix énergétique suffisant.

Démantèlement des éoliennes pour Le Pen

« Très éloigné voire contraire aux objectifs climatiques de la France », le programme de Marine Le Pen ne fait pas de l’écologie sa préoccupation principale. Si elle affiche un soutien à l’économie circulaire et promet d’assurer une transition vers une « économie décarbonée autonome en énergie», la candidate d’extrême-droite prévoit aussi un démantèlement des éoliennes et une baisse de la TVA sur l’ensemble des carburants.

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Du point de vue des transports, Marine Le Pen souhaite mettre en place « un plan national de circulation, de manière à améliorer la complémentarité entre rail, transport aérien et réseau routier » mais ne cherche pas à inciter à une utilisation moindre de la voiture.

Même en cas de création d’un ministère de la ruralité qu'elle a dernièrement annoncée, Marine Le Pen ne remplit pas non plus les objectifs dans le secteur de l’agriculture. Paradoxalement, elle soutient une agriculture biologique, mais ne prévoit aucune interdiction d’engrais chimiques et de produits phytosanitaires, dont les conséquences dévastatrices sur la faune ne sont pourtant plus à démontrer.

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À contrario d’Emmanuel Macron, les promesses de Marine Le Pen dans le secteur de l’énergie l’éloignent des objectifs des accords de Paris. Celle-ci souhaite réduire la part d’énergies renouvelables dans le mix énergétique français, alors que le dernier rapport du GIEC en fait un élément central des solutions pour contrebalancer un changement climatique qui menace plus que jamais la planète.