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Présidentielle 2022 : Marine Le Pen, Emmanuel Macron, deux visions du monde opposées

Le 24 avril, au second tour de la présidentielle 2022 en France, le président sortant Emmanuel Macron affrontera à nouveau Marine Le Pen.
Le 24 avril, au second tour de la présidentielle 2022 en France, le président sortant Emmanuel Macron affrontera à nouveau Marine Le Pen.
© Reuters / AP

Tout comme en 2017, Emmanuel Macron et Marine Le Pen s'affrontent au second tour de l’élection présidentielle française. La candidate du Rassemblement national plaide pour un « rapprochement stratégique de l'OTAN avec la Russie ». Le président sortant milite lui pour une autonomie stratégique européenne et pour des sanctions contre Moscou. Rarement deux candidats au second tour n'ont eu de regards aussi divergents sur les relations internationales. 

L’un veut réformer l'OTAN, tout en développant une Europe autonome en matière de défense. Son adversaire quant à elle, évoque une sortie de l’Alliance atlantique, une fois la guerre en Ukraine terminée. En plein conflit Ukrainien, les questions de Défense et de diplomatie trouvent une place inédite dans la campagne présidentielle. Le second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen est prévu le 24 avril prochain. 

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Le président sortant Emmanuel Macron se positionne en faveur de la coopération européenne et internationale. Face à lui, la candidate d’extrême-droite du parti le Rassemblement National (RN) campe sur des positions plus nationalistes et souverainistes. « À la diplomatie bavarde d’Emmanuel Macron, je substituerai la diplomatie du silence et de l’action confidentielle », déclarait la candidate lors d’une conférence de presse le 13 avril. 

Une refonte des rapports internationaux 

Si elle est élue, Marine Le Pen compte retirer la France du commandement intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Celle-ci est une alliance pour veiller à la sécurité de ses pays membres par des moyens politiques et militaires. « Je ne placerai simplement jamais nos forces armées sous un commandement qui ne relève pas de la souveraineté nationale française, ni sous un commandement intégré de l’OTAN ni sous un futur commandement européen », réaffirme ainsi Marine Le Pen. Elle prône donc une force purement française. 

Des 12 candidats au premier tour, 7 sont en faveur du retrait de la France du commandement intégré de l’OTAN

  • Marine Le Pen n’est pas la seule candidate favorable au retrait de la France du commandement intégré de l’OTAN.
  • Nicolas Dupont-Aignan, Éric Zemmour, Jean Lassalle, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, Philippe Poutou étaient aussi en faveur de cette proposition. 
  • Nathalie Arthaud n’a pas formulé de position claire sur ce sujet et prône un non-alignement. 
  • Anne Hidalgo, Valérie Pécresse, Yannick Jadot et Emmanuel Macron restent favorables à un maintien dans l’alliance. 

Marine Le Pen précise toutefois qu’elle ne « renoncerait pas à l’application de l’article 5 », obligeant un État-membre à venir en aide à un autre, en cas d’agression. Elle compte aussi rester dans l’OTAN. La candidate d'extrême droite souhaite donc uniquement s’éloigner du côté purement militaire de cette alliance. Emmanuel Macron quant à lui, a renforcé la participation de la France au sein de l’OTAN depuis le début de la guerre en Ukraine. En 2019, il se montre critique envers l’Alliance, s’inquiétant de sa « mort cérébrale. » Il considère désormais que l’OTAN a reçu un « électrochoc » avec la guerre en Ukraine, ce qui lui a permis de retrouver une « clarification stratégique », a-t-il déclaré lors de la présentation de son programme pour l’élection présidentielle le 17 mars. 

Le président sortant se présente en défenseur de l'autonomie stratégique de l'Europe. Il souhaite notamment renforcer la Défense de l'Union européenne. C'est dans cette perspective que s'inscrivent les grands programmes d'armements européens, notamment l'accord passé entre la France et l'Allemagne en 2020. Les deux pays se sont mis d'accord sur trois programmes majeurs pour l'Europe de la Défense. Il y a la conception d'un drone de renseignement, baptisé Eurodrone, mais aussi le futur avion de combat système de combat aérien du futur (SCAF) et le char franco-allemand ou MGCS (pour Main ground combat system). Ces programmes s'inscrivent dans la volonté de consolider l'autonomie européenne sur le volet industriel de la Défense.
 

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Les visions des deux candidats sur la coopération militaire entre différents pays sont diamétralement opposées. Marine Le Pen est favorable à la rupture de tous les accords de coopération militaro-industriels conclus depuis 2017. Elle fait notamment référence aux grands programmes d’armements entre la France et l’Allemagne, passés en 2020. « Nous arrêterons l’ensemble des coopérations avec Berlin : avion de combat comme char du futur, pour poursuivre nos propres programmes de remplacement du char Leclerc et du Rafale », maintient la candidate d’extrême droite le 13 avril. 

Des rapports divergents avec la Russie

Lors de sa conférence de presse du 13 avril, Marine Le Pen exprime également le souhait de voir un « rapprochement stratégique entre l’OTAN et la Russie », au terme de ce qu’elle appelle « la guerre russo-ukrainienne. » La candidate du RN est également hostile aux sanctions économiques à l’égard de Moscou. Elle craint qu’elles ne mettent à mal le pouvoir d’achat des Français sur le long terme. 

La candidate d’extrême droite lever les doutes sur sa relation avec Vladimir Poutine pendant sa conférence. Elle affirme être « totalement indépendante de tout lien, de toute puissance, de tout cabinet de toute nationalité d’ailleurs. » En 2017, lors de la campagne présidentielle, elle est reçue par le dirigeant russe au Kremlin. Elle est aussi toujours en train de rembourser un prêt d’environ neuf millions d’euros à un créancier russe. Elle admet avoir du mal à obtenir des prêts auprès de banques françaises et se met « à la disposition de toute banque américaine, d’Amérique du Sud qui voudrait reprendre le prêt ». 

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De son côté, Emmanuel Macron l’accuse de « complaisance » envers Vladimir Poutine. Lors d’un déplacement à Denain, dans le Nord de la France le 11 avril, il affirme que la candidate d’extrême droite est « dépendante de la Russie. » Côté programme, le président sortant veut continuer d’appliquer la stratégie européenne et de sanctionner la Russie. Il a utilisé la guerre en Ukraine pour justifier son entrée tardive dans la campagne présidentielle, en se positionnant comme chef de guerre et interlocuteur privilégié dans les négociations avec Vladimir Poutine.