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Présidentielle 2022 : retour sur les temps forts depuis 1974 des débats présidentiels

Le débat entre le candidat du parti socialiste, François Hollande et le président sortant Nicolas Sarkozy le 2 mai 2012 avait été suivi par plus de 20 millions de téléspectateurs.
Le débat entre le candidat du parti socialiste, François Hollande et le président sortant Nicolas Sarkozy le 2 mai 2012 avait été suivi par plus de 20 millions de téléspectateurs.
AP Photo/Patrick Kovarik, Pool

Du "monopole du coeur" de Valéry Giscard d'Estaing au débat "raté" par Marine Le Pen, en passant par les "Moi, président" de François Hollande, retrospective des meilleurs débats télévisées d'entre-deux-tours, temps forts depuis 1974 des campagnes présidentielles. Hormis peut-être celui de 1974, ces échanges entre candidats n'ont pas une influence décisive sur l'issue de l'élection présidentielle.

Le premier débat entre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterand a lieu le 10 mai 1974. Il est suivi par 25 millions de téléspectateurs selon les différentes estimations. À l'époque, il n'y a que trois chaînes de télévision en France, TF1, Antenne 2 et FR3.

"Vous n'avez pas le monopole du cœur"

Valéry Giscard d'Estaing en 1975 lors d'un sommet européen à Bruxelles.
Valéry Giscard d'Estaing en 1975 lors d'un sommet européen à Bruxelles.
DR

Un échange entre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, candidat de la gauche, marque les esprits. À ce dernier qui affirme, à propos de la répartition de la croissance, que "c'est une affaire de cœur et non pas seulement d'intelligence", VGE répond: "Vous n'avez pas le monopole du cœur." Dix-sept jours plus tard, VGE fait son entrée à l'Elysée.

Au second tour, Valéry Giscard d'Estaing l'emporte avec 50,81 % des suffrages exprimés (425 000 voix d'avance) face à François Mitterrand. 

"Pas votre élève !"

Les deux hommes se retrouvent le 5 mai 1981. Quelque 30 millions de téléspectateurs sont devant l'écran. Face au président Giscard d'Estaing, François Mitterrand, le candidat du parti socialiste, très à l'aise, prend sa revanche.

À celui qui le présente comme "l'homme du passé", le socialiste lance: "Vous êtes l'homme du passif." VGE l'accuse d'avoir "géré le ministère de la parole" tandis qu'"il gérait la France". Il lui demande de donner le cours du deutschemark.
 
Valéry Giscard d'Estaing attend sur le perron de l'Élysée François Miterrand pour la passation de pouvoir le 24 mai 1981.<br />
 
Valéry Giscard d'Estaing attend sur le perron de l'Élysée François Miterrand pour la passation de pouvoir le 24 mai 1981.
 
© AP Photo/Lipchitz
"Je n'aime pas vos méthodes. Je ne suis pas votre élève. Ici, vous n'êtes pas président de la République, mais mon contradicteur", lui rétorque François Mitterrand, qui sera élu le 10 mai.

"Monsieur le Premier ministre"

Le 28 avril 1988, le président Mitterrand attaque durement le Premier ministre de cohabitation Jacques Chirac sur l'affaire Wahid Gordji, du nom d'un diplomate iranien impliqué dans les attentats de 1986 à Paris.

Il affirme "dans les yeux" que Jacques Chirac lui aurait dit avoir des preuves de la culpabilité de Wahid Gordji, qui a été expulsé de France en Iran en 1987. Le Premier ministre nie.
Le président François Mitterrand, lors d'un point presse en 1984 à l'Élysée est à nouveau élu président de la République en 1988 avec près de 55% des voix face à Jacques Chirac.
Le président François Mitterrand, lors d'un point presse en 1984 à l'Élysée est à nouveau élu président de la République en 1988 avec près de 55% des voix face à Jacques Chirac.
AP Photo/William Stevens

Lorsque Jacques Chirac lui dit: "Ce soir, vous n'êtes pas le président de la République, nous sommes deux candidats à égalité (...), vous me permettrez donc de vous appeler monsieur Mitterrand", il s'entend répondre, sur un ton cinglant: "Mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre."

L'audience est encore énorme avec 30 millions de téléspectateurs. François Mitterrand est réélu quelques jours plus tard avec plus de 54% des voix.

Duel courtois

Jacques Chirac et le socialiste Lionel Jospin s'affrontent le 2 mai 1995 sur le bilan des deux présidences mitterrandiennes. Au cours d'un duel courtois, devant 16,7 millions de téléspectateurs, Lionel Jospin défend le quinquennat et déclare: "Il vaut mieux cinq ans avec Jospin que sept ans avec Chirac." Jacques Chirac entame quelques jours plus tard le premier de ses deux mandats.
 
Le président Jacques Chirac le 11 mai 2007 lors d'un discours d'adieu aux Français en tant que président de la République, a été élu deux fois président en 1995 et en 2002.
Le président Jacques Chirac le 11 mai 2007 lors d'un discours d'adieu aux Français en tant que président de la République, a été élu deux fois président en 1995 et en 2002.
Philippe Wojazer, pool via AP.

Pas de débat en 2002

En avril 2002, Jacques Chirac refuse de débattre avec le candidat d'extrême droite Jean-Marie Le Pen, qualifié surprise du second tour, pour ne pas cautionner "la banalisation de la haine et de l'intolérance". Le président du Front national (FN) dénonce une "piteuse dérobade". Jacques Chirac remporte le scrutin avec plus de 82% des voix.

Les "saines colères" de Ségolène Royal

Devant 20,4 millions de téléspectateurs, la socialiste Ségolène Royal se montre combative le 2 mai 2007 face à Nicolas Sarkozy, en particulier sur un sujet inattendu, le handicap. 
 

Elle accuse son adversaire d'avoir atteint "le summum de l'immoralité politique", en parlant du sort des enfants handicapés alors que le gouvernement de droite a supprimé des emplois à l'école permettant leur accueil.

Nicolas Sarkozy l'accuse de "perdre ses nerfs": "Pour être président, il faut être calme", lance-t-il. "Je n'ai pas perdu mes nerfs, je suis en colère et il y a des colères très saines, très utiles", réplique celle qui sera battue au second tour; quelques jours plus tard.

"Moi, président de la République..."

Le 2 mai 2012, 17,8 millions de téléspectateurs suivent le débat virulent entre le président Sarkozy et son adversaire socialiste François Hollande.

Ce dernier frappe les esprits en utilisant une technique d'éloquence basée sur la répétition, l'anaphore, pour répondre à la question "quel président comptez-vous être?"
 
François Hollande et Nicolas Sarkozy le 2 mai 2012 avant le début du débat sur TF1, arbitré par la journaiste Laurence Ferrari.
François Hollande et Nicolas Sarkozy le 2 mai 2012 avant le début du débat sur TF1, arbitré par la journaiste Laurence Ferrari.
© AP Photo/Patrick Kovarik, Pool.

Quinze fois de suite, il assène à Nicolas Sarkozy, qui reste coi, des "Moi, président de la République..." pour détailler la ligne, notamment déontologique, qu'il se fixerait en cas de victoire.

Débat "raté" pour Marine Le Pen

Devant 16,5 millions de téléspectateurs, Marine Le Pen et Emmanuel Macron tiennent le 3 mai 2017 un débat d'une rare virulence et souvent confus. Largement distancée dans les sondages, la présidente du FN (futur RN), sourire ironique aux lèvres, attaque bille en tête, plongeant constamment le nez dans ses fiches quand Emmanuel Macron la fixe et s'exprime sans notes.
 
Marine le Pen et Emmanuel Macron, ce 3 mai 2017 dans les studios de la Plaine Saint-Denis.
Marine le Pen et Emmanuel Macron, ce 3 mai 2017 dans les studios de la Plaine Saint-Denis.
Eric Feferberg/Pool Photo via AP

Elle lui reproche de porter "la mondialisation sauvage", d'être "le candidat du pouvoir d'acheter". Il l'accuse de "mensonges", d'être un "parasite" du "système" qu'elle dénonce.

Dans un échange sur la lutte contre le terrorisme, elle le taxe de "complaisance pour le fondamentalisme islamique". Il réplique que ce qu'elle propose, "comme d'habitude, c'est de la poudre de perlimpinpin".

Après sa défaite du second tour, Marine Le Pen reconnaîtra un débat "raté", assumant une "erreur stratégique" dans son attitude.