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Présidentielle au Brésil : l'extrême droite aux portes du pouvoir

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Les Brésiliens ont commencé a voter ce dimanche 28 octobre pour une présidentielle qui peut faire basculer la première puissance d'Amérique latine sous un régime d'extrême droite, si le favori, Jair Bolsonaro, l'emporte sur son adversaire de gauche Fernando Haddad.

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Après le scrutin du 7 octobre qui a vu Bolsonaro frôler une élection dès le premier tour (46% des suffrages) alors qu'il avait été longtemps sous-estimé, 147 millions d'électeurs reprennent le chemin des bureaux de vote.

Les premiers bureaux de vote ont ouvert dans ce pays aux dimensions continentales à 08H00 (11H00 GMT), les derniers fermeront à 19H00 (22H00 GMT).

"Je suis venue très tôt, et c'est important parce que chaque voix compte", a déclaré à l'AFP Maria do Socorro, une électrice de 74 ans, devant son bureau de vote de Copacabana, à Rio de Janeiro. "Cette campagne a été différente, on n'a quasiment pas entendu les propositions des candidats".


Je continue de penser que Bolsonaro est favori, mais dans l'histoire électorale du Brésil il n'est pas du tout exclu qu'il y ait des mouvements forts dans les dernières 24 heures.

Gaspard Estrada, spécialiste de l'Amérique latine à Sciences Po

Très polarisée, la dure campagne de l'entre-deux tours a été en effet alimentée par des discours de haine mais aucun débat.

Les deux derniers sondages publiés samedi soir ont crédité Jair Bolsonaro, du Parti social libéral (PSL), de 54 et 55 % des intentions de vote et Fernando Haddad, du Parti des travailleurs (PT) de l'ex-président Lula, de 46 et 45%.

Ainsi, l'écart entre les deux prétendants à la succession du conservateur Michel Temer est passé de 18 points à la mi-octobre à 8 à 10 points à la veille du scrutin.

"Je continue de penser que Bolsonaro est favori", dit Gaspard Estrada, spécialiste de l'Amérique latine à Sciences Po, mais "dans l'histoire électorale du Brésil il n'est pas du tout exclu qu'il y ait des mouvements forts dans les dernières 24 heures".

Carrière insignifiante 

Dans un pays miné par une violence record, le marasme économique, une corruption endémique et une crise de confiance aiguë dans la classe politique, Jair Bolsonaro, malgré une carrière insignifiante de député pendant 27 ans, a réussi à s'imposer comme l'homme à poigne dont le Brésil a besoin.


Le Brésil a des garde-fous avec un Parquet fort, une Cour suprême forte et un Congrès qui fonctionne
Marcio Coimbra, de l'Université presbytérienne Mackenzie

Ce populiste de 63 ans a proposé des remèdes simples, voire radicaux : armer la population pour que "les gens bien" se défendent, donner un permis de tuer aux forces de l'ordre en opération ou redresser la 8e économie mondiale avec des privatisations pilotées par un "Chicago boy" ultralibéral.

Ce catholique défenseur de la famille traditionnelle qui a reçu le soutien crucial des puissantes églises évangéliques et veut qu'un tiers de son gouvernement soit constitué de généraux a indigné, par ses déclarations outrancières, une bonne partie des Noirs, des femmes et des membres de la communauté LGBT.

En fin de campagne, ce "patriote" a tenté de rassurer en s'engageant à respecter lois et Constitution.

Alberto Goldman, ex-gouverneur de centre droit de Sao Paulo, estime que les institutions seraient assez fortes pour empêcher toute dérive si Bolsonaro arrivait au pouvoir, alors que 50% des Brésiliens évoquent un risque de retour de la dictature militaire (1964-85).

"Mais je ne suis pas prêt à payer pour en avoir la preuve" a ajouté M. Goldman, annonçant qu'il allait voter pour Haddad.

Pour Marcio Coimbra, de l'Université presbytérienne Mackenzie, le Brésil a des garde-fous avec "un Parquet fort, une Cour suprême forte et un Congrès qui fonctionne".

Ironie de l'Histoire

Bolsonaro, qui est en passe de priver le PT d'une 5e victoire d'affilée à une présidentielle, a capitalisé sur l'exaspération des Brésiliens en jouant sur le registre du "tous pourris" et un virulent sentiment anti-pétiste.

Ayant frolé la mort après un attentat au couteau le 6 septembre qui a renforcé son aura — ses fidèles l'appellent "Le Mythe" — il a ensuite mené toute sa campagne sur les réseaux sociaux et refusé les six débats prévus avec Haddad.

La mission des observateurs latino-américains a estimé que les torrents de fausses informations, notamment sur la messagerie WhatsApp, étaient "un phénomène sans précédent".

Fernando Haddad, 55 ans, a promis de "lutter contre le fascisme jusqu'au bout", quand Lula, du fond de sa prison, appelait à l'union des démocrates contre "une aventure fasciste" au Brésil.

Ironie de l'Histoire, en août, avant d'être déclaré inéligible, le candidat Lula, bien que déjà emprisonné pour corruption, était crédité de deux fois plus d'intentions de vote que Bolsonaro.

Haddad, ancien maire de Sao Paulo, a promis de "rendre le Brésil heureux de nouveau" comme sous les mandats de Lula dans les années de croissance (2003-2010), mais il n'a pas fait l'autocritique du PT, jugé responsable par beaucoup des plaies actuelles du pays.

Ses propositions notamment en matière d'emploi dans un pays aux 13 millions de chômeurs et de réduction des déficits sont restées floues.

Le résultat attendu vers 23H00 GMT devrait jeter des centaines de milliers de Brésiliens des deux camps dans les rues.