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Présidentielle au Chili : deux candidats que tout oppose au second tour

Gabriel Boric  du parti de coalition de gauche Apruebo Dignidad (à gauche sur la photo) et Jose Antonio Kast du Partido Republicano posent avant le débat télévisé du 13 décembre 2021. Les Chiliens vont devoir choisir entre les deux candidats ce dimanche 19 décembre qui sera leur nouveau président.
Gabriel Boric  du parti de coalition de gauche Apruebo Dignidad (à gauche sur la photo) et Jose Antonio Kast du Partido Republicano posent avant le débat télévisé du 13 décembre 2021. Les Chiliens vont devoir choisir entre les deux candidats ce dimanche 19 décembre qui sera leur nouveau président.
© AP Photo/Elvis Gonzalez

Le Chili est appelé ce dimanche 19 décembre à choisir entre deux projets de société radicalement opposés au second tour de la présidentielle. Gabriel Boric prône l'État-providence et le progrès social. José-Antonio Kast veut le maintien du modèle économique néolibéral et du conservatisme idéologique. Ils devront diriger un pays confronté à la crise et dont la dette publique s'est creusée pendant la pandémie de Covid-19.

On ne peut imaginer de candidats plus différents pour succéder à Sebastian Piñera. Le 19 décembre, les Chiliens devront choisir entre un député ayant tout juste l'âge pour candidater, ancien dirigeant de la Fédération des étudiants du Chili, et un avocat de 55 ans, ultra catholique père de neuf enfants.

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Gabriel Boric, député de la gauche progressiste de 35 ans, a remporté au premier tour la majorité des circonscriptions électorales de la capitale aux 5 millions d'habitants Santiago, en séduisant les classes moyennes à moyennes supérieures, mais sans jamais dépasser la barre des 50%.

José Antonio Kast, 55 ans, un avocat d’extrême droite, a remporté 51,68% des électeurs dans le quartier huppé de Lo Barnechea à Santiago.

Les derniers sondages autorisés 15 jours avant le scrutin et ceux diffusés sur les réseaux sociaux placent les deux finalistes au coude-à-coude.

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Kast, le catholique ultra conservateur

Marié et père de neuf enfants, José Antonio Kast est un membre actif de Schoenstatt, un mouvement catholique conservateur. Sa famille d'immigrants allemands installée depuis 1951 dans la localité de Paine, dans la banlieue de Santiago, a fait fortune dans la production de saucisses et une chaîne de restaurants.

Avocat de 55 ans, il défend le maintien du libre marché avec une vision ultraconservatrice en matière sociale. Il a remporté le premier tour le 21 novembre avec 27,9% des suffrages, devant Gabriel Boric, (25,8%). 

La progression spectaculaire de José Antonio Kast depuis sa quatrième place en 2017 (7,93%) est en partie dûe à l'effondrement de la droite libérale au pouvoir et au rejet de l'actuel président Sebastian Piñera, qui achève son second mandat (2010-2014 puis depuis 2018). Il est soutenu par une coalition de droite.
 

Un programme économique ultra-libéral

Son programme économique ultra-libéral propose notamment de réduire les dépenses publiques et de diminuer les impôts aux entreprises afin d'attirer les investissements. Il était le seul des sept candidats en lice au premier tour à souhaiter conserver le régime des retraites privées par capitalisation, très critiqué pendant la contestation de 2019.

S'il a quelque peu modéré son discours entre les deux tours, renonçant notamment à supprimer le ministère de la condition féminine, il maintient son projet de création d'un "fossé" aux frontières pour empêcher l'immigration clandestine, son cheval de bataille.

L'ex-député défend la famille traditionnelle et rejette l'avortement ainsi que le mariage homosexuel, qui a été autorisé en décembre par le Parlement. 

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Boric, le trentenaire de la nouvelle gauche

Célibataire sans enfant, le jeune homme a abandonné son style d'étudiant en révolte, cheveux longs en bataille, pour une image plus consensuelle. Il n'a pas pour autant adopté la cravate et ne cache pas ses tatouages. 

Député de 35 ans, Gabriel Boric a tout juste l'âge légal pour concourir à la présidence de son pays. L'ancien dirigeant de la Fédération des étudiants de l'Université du Chili, originaire de Punta Arenas, dans l'extrême sud du pays, aspire depuis les bancs de l'université à faire de son pays un "État-providence".

Il critique le modèle de politique démocratique dans lequel il a grandi qui, selon lui, a perpétué le modèle économique ultra-libéral établi sous la dictature précédente. 

Plus de justice sociale

Gabriel Boric souhaite instaurer un système redistributif dans le pays le plus inégalitaire de l'OCDE. Il veut mettre fin au système de retraite par capitalisation, principale revendication des manifestations sociales de 2019, et la mise en place d'un système de santé universel. Il veut incarner une transformation radicale du Chili.


En 2019, il a soutenu les manifestations pour plus de justice sociale et joué un rôle, en tant que député, dans la signature de l'accord historique au Parlement pour l'organisation d'un référendum sur un changement de Constitution, finalement plébiscité par 79% des Chiliens.

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Mais il a tempéré son discours d'entre deux tours pour capter des voix au centre. 
Il maintient toutefois sa proposition d'augmenter les impôts des plus riches pour financer ses projets redistributifs.

S'il devient président, il entend asseoir les bases "de quelque chose qui, en Europe, paraît assez évident : garantir un État-providence afin que chacun ait les mêmes droits, quel que soit l'argent qu'il a dans son portefeuille".

Gabriel Boric a défendu le mariage homosexuel et l'avortement.

Un pays en crise

Le vainqueur de cette présidentielle n'aura de toutes façons pas les coudées franches, avec un Parlement à l'équilibre (égalité de 25 sénateurs à la Chambre haute et 79 députés de gauche contre 76 de droite à l'Assemblée).

Il sera confronté à un scénario économique complexe. Après la vigoureuse reprise de 2021, la croissance devrait ralentir dans un contexte d'inflation et une dette publique qui s'est creusée pendant la pandémie.