Info

Présidentielle au Mali: "IBK" en position de force face à une opposition divisée

Le président sortant, Ibrahim Boubacar Keïta (gauche) et son adversaire pour le second tour de la présidentielle, Soumaïla Cissé (droite), le 29 juillet 2018.
Le président sortant, Ibrahim Boubacar Keïta (gauche) et son adversaire pour le second tour de la présidentielle, Soumaïla Cissé (droite), le 29 juillet 2018.
afp.com - ISSOUF SANOGO, STR
Des soldats français patrouillent en hélicoptère dans le centre du Mali, le 1er novembre 2017.
Des soldats français patrouillent en hélicoptère dans le centre du Mali, le 1er novembre 2017.
afp.com - Daphné BENOIT
Un homme feuillete la presse au lendemain de l'annonce des résultats du premier tour de la présidentielle au Mali, le 3 août 2018 à Bamako.
Un homme feuillete la presse au lendemain de l'annonce des résultats du premier tour de la présidentielle au Mali, le 3 août 2018 à Bamako.
afp.com - ISSOUF SANOGO
Schéma expliquant les affrontements et les coopérations entre les principaux acteurs du conflit au Mali
Schéma expliquant les affrontements et les coopérations entre les principaux acteurs du conflit au Mali
afp.com - Cecilia SANCHEZ
dans

Le Mali, toujours confronté à la menace jihadiste malgré cinq ans d'interventions militaires internationales, retourne aux urnes dimanche pour le second tour de l'élection présidentielle avec un chef d'Etat sortant, Ibrahim Boubacar Keïta, en position de force pour remporter un second mandat.

Face à lui, Soumaïla Cissé, largement distancé au premier tour, aborde la seconde manche isolé, après avoir échoué à unir l'opposition derrière sa bannière, se disant toutefois convaincu de pouvoir encore l'emporter pour éviter au pays de sombrer dans le "chaos".

Le vainqueur, qui entrera en fonction début septembre, aura la lourde tâche de relancer l'accord de paix conclu en 2015 par le gouvernement et l'ex-rébellion à dominante touareg, dont l'application accumule les retards.

L'accord avait été signé après l'intervention de l'armée française qui, en 2013, avait repris le contrôle du nord du Mali, où les jihadistes avaient instauré la charia pendant un an.

Au chevet de cet immense pays du Sahel, la communauté internationale s'impatiente et espère que le prochain président saura enrayer la propagation des violences islamistes, qui se sont étendues du nord vers le centre et le sud du Mali et vers le Burkina Faso et le Niger voisins, se mêlant souvent à des conflits ethniques ayant encore fait plus de 10 morts cette semaine.

Avec l'opération "Barkhane", la France a déployé au Mali et dans trois autres pays du Sahel sa plus importante mission militaire à l'étranger, avec 4.500 hommes. Les Nations unies disposent quant à elles dans le pays de leur plus important contingent de soldats de la paix, avec 14.000 Casques bleus. S'y ajoutent des membres de la force antijihadiste du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad).

Pendant un entre-deux tours au climat pesant, l'opposition a accusé le pouvoir d'avoir profité de l'insécurité dans le Nord et le Centre pour manipuler le vote au premier tour, le 29 juillet.

"Pour diverses raisons", près de 250.000 électeurs n'ont pas été en mesure de voter, a reconnu le gouvernement. Mais les accusations de fraudes, notamment de "bourrages d'urnes", ont été balayées par la Cour constitutionnelle, qui a officiellement crédité M. Keïta de 41,70% des suffrages, contre 17,78% pour Soumaïla Cissé.

La mission d'observation de l'Union européenne a réclamé davantage de "transparence", ainsi que la garantie que tous les électeurs auront accès dimanche aux bureaux de vote. En réponse, la diplomatie malienne lui a sèchement demandé de ne pas "entraver le processus électoral".

- "Revanche" de 2013 -

Dans ce qui s'apparente à la revanche de 2013, M. Keïta, dit "IBK", qui brigue à 73 ans un second mandat, sera donc une nouvelle fois défié par Soumaïla Cissé, un ancien ministre des Finances de 68 ans à la brillante carrière politique.

"Il ne faut jamais préempter une élection" mais "nous pouvons y aller avec confiance et sérénité", a déclaré M. Keïta vendredi sur RFI. En fin de journée, il a réuni quelques centaines de ses militants, dans une ambiance festive, pour un dernier meeting en plein air le long du fleuve Niger à Bamako.

"Il faut finir ce qu'il a commencé", estimait une fonctionnaire et élue d'un quartier de Bamako, Silandou Soumaré, vêtue d'un boubou vert. "IBK" doit être réélu "pour la continuité, pour la stabilité", abondait Abdil Sanogo, un gestionnaire de société, estimant qu'il méritait "une deuxième chance" et que "la situation va s'améliorer".

Le chef de l'Etat promet en tout cas de "consolider les acquis, amplifier les réussites et corriger les manques" de son premier mandat, dont le bilan est en demi-teinte.

Outre la propagation des violences, le pays, célébré pour son rayonnement culturel avec ses cités légendaires comme Tombouctou et ses musiciens de renommée mondiale, s'est appauvri. Le revenu par habitant a reculé depuis 2014, selon la Banque mondiale, et quelque 47% des 18 millions de Maliens vivent sous le seuil de pauvreté. Mais le Mali est redevenu le premier producteur de coton africain et son économie enregistre un taux de croissance supérieur à 5% depuis plusieurs années.

Malgré son retard, Soumaïla Cissé restait combatif, se disant convaincu de pouvoir "renverser la tendance" et multipliant les appels à une "mobilisation massive" des électeurs.

Confier les clés du pays à la même équipe pour cinq années supplémentaires "nous précipiterait davantage vers le chaos et l'abîme", a-t-il prévenu vendredi, paraphrasant le général De Gaulle.

Pour l'analyste politique Souleymane Drabo, "la question est de savoir s'il y aura un plébiscite pour IBK, comme en 2013", où il l'avait emporté avec plus de 77%.