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Présidentielle en France : la "Primaire populaire", comment ça marche et à quoi ça sert ?

Les sept candidats de la Primaire populaire. De gauche à droite en partant du haut : Anna Agueb-Porterie (D.R. photo Facebook), Anne Hidaldgo (© AP Photo/Michel Euler), Charlotte Marchandise (capture d'écran de son spot YouTube), Christiane Taubira (© AP Photo/Jeremias Gonzalez), Yannick Jadot (© AP Photo/Michel Euler), Pierre Larrouturou (© Julien Warnand, Pool Photo via AP) et Jean-Luc Mélenchon (© AP Photo/Adrienne Surprenant )<br />
 
Les sept candidats de la Primaire populaire. De gauche à droite en partant du haut : Anna Agueb-Porterie (D.R. photo Facebook), Anne Hidaldgo (© AP Photo/Michel Euler), Charlotte Marchandise (capture d'écran de son spot YouTube), Christiane Taubira (© AP Photo/Jeremias Gonzalez), Yannick Jadot (© AP Photo/Michel Euler), Pierre Larrouturou (© Julien Warnand, Pool Photo via AP) et Jean-Luc Mélenchon (© AP Photo/Adrienne Surprenant )
 

Les candidats à la présidentielle participant à la Primaire populaire sont désormais au complet, après l'annonce de Christiane Taubira le 15 janvier. Les organisateurs de cette consultation citoyenne revendiquent 250000 inscrits sur leur plateforme qui désignera le candidat de la gauche parmi les sept qui y ont adhéré. Mais certains ont déclaré qu’ils maintiendront leur candidature quoi qu’il se passe. Pourquoi donc une primaire ? Comment fonctionne-t-elle ? Quels candidats se présentent à gauche, avec ou sans "Primaire populaire" ?

Le 14 janvier douze militants dont l’eurodéputé Pierre Larrouturou et la fille de Stéphane Hessel cessent leur grève de la faim entamée il y a huit jours pour exhorter les candidats de gauche à l'union à travers la "Primaire populaire". Mais Jean-Luc Mélenchon (LFI), Yannick Jadot (EELV) et finalement aussi Anne Hidalgo (PS) ont tour à tour affirmé maintenir leur candidature personnelle, quelque soit l'issue de cette primaire.

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Qu’est-ce la Primaire populaire ?

Cette année, les partis de gauche français n'ont pas organisé leur primaire pour départager leur candidat, mais c'est une association citoyenne, dont les porte-parole sont Mathilde Imer et Samuel Grzybowski qui ont pris les devant. Le collectif de la Primaire populaire a été créé en février 2021 par ces deux militants associatifs. En mars 2021 nait l’association "2022 ou jamais" qui porte le projet de la Primaire Populaire.

(RE)voir : Présidentielle en France : "Beaucoup trop de candidats à gauche"
 

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Son but est de départager des candidats qui adhèrent à un programme défini par les militants du collectif qu'ils ont dénommé le socle commun.
 
Une primaire par Internet, déjà en 2017
Cette idée d'une primaire citoyenne, en dehors des partis politiques, avait déjà germé dans l'esprit de deux jeunes Français, Thibauld Favre, un programmateur, et David Guez, avocat. Devant la désaffection croissante des Français pour les scrutins électoraux, il décident de créer La Primaire.org.
Les deux amis se fondent sur une enquête du Baromètre de la confiance politique qui montre le manque de confiance des Français envers les partis politiques.
La Primaire.org se veut un outil pour permettre à un(e) candidat(e) d'émerger grâce au vote de personnes de tous bords sur Internet. Une fois choisi, celui-ci devra créer sa structure - donc son parti - pour mener campagne lui-même expliquent les deux fondateurs du concept qui reconnaissent qu'il sera forcément coloré politiquement. Cependant, ils insistent sur le fait qu'une fois le ou la candidate sera choisi et lancé sur les rails de la campagne, la Primaire ne fera plus rien pour lui.

Tout le contraire de La Primaire populaire qui soutiendra ensuite le candidat désigné par le vote des inscrits sur sa plateforme électorale.

 (RE)lire : France : une primaire sur internet pour la présidentielle

Comment ça fonctionne ?

Au terme d'une première phase de parrainage achevée le 11 octobre, dix personnalités ayant reçu suffisamment de parrainages citoyens sont présélectionnées.

Les électeurs qui se sont inscrits sur la plateforme ont jusqu'au dimanche 23 janvier pour participer au vote. Pour cela, ils doivent renseigner un numéro de téléphone portable et une adresse électronique. Au 17 janvier, 250.000 personnes se sont inscrites à ce vote en ligne selon les organisateurs. Elles ont toutes confirmé leur inscription en se pliant à la vérification d’identité qui passe par la communication de leurs coordonnées bancaires, d’un numéro de téléphone et d’une adresse e-mail.

Le vote se déroulera du 27 au 30 janvier 2022 via la plate-forme Neovote, qui fut utilisée en septembre et décembre dernier lors de la primaire des écologistes et du congrès Les Républicains (LR).

Les électeurs de gauche ne votent pas pour un candidat mais ils se prononceront sur chacun en leur attribuant "une mention" afin d’exprimer leurs préférences. Ils cocheront parmi les mentions suivantes : "très bien", "bien", "assez bien", "passable", "insuffisant" correspondant à des propositions faites dans le programme.

Qui sont les 7 candidats retenus ?

Figurent sur la plateforme de la Primaire populaire : une jeune militante écologiste de 23 ans Anna Agueb-Porterie, la maire de Paris socialiste Anne Hidalgo, le président de La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon, l'écologiste Yannick Jadot, le député européen Pierre Larrouturou, la militante associative Charlotte Marchandise et l'ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira. Mais Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et Anne Hidalgo ont déjà annoncé qu’ils ne retireraient pas leur candidature s’ils n’étaient pas désignés par cette primaire.

(RE)lire : Présidentielle française 2017 : Charlotte Marchandise, candidate citoyenne
 

Pourquoi des primaires ?

Les élections primaires pour désigner les candidats à l’élection présidentielle ne sont pas une tradition politique française.

Les États-Unis utilisent ce système depuis 1830. Les deux grands partis, Démocrate et Républicain, désignent un candidat lors de conventions nationales. Bien étudié dans les pays Anglo-Saxons, selon les chercheurs Daniela Giannetti et Rémi Lefebvre "ce système est mis en place pour permettre à des dirigeants initialement peu connus et reconnus par les élites en place de se « révéler » à la faveur de la primaire (la victoire de Barack Obama dont le charisme a été découvert à travers les primaires donne crédit à cette hypothèse)".

En France, premières primaires à gauche en 1995

En France, le principe d’une primaire est inscrit dans les statuts du parti socialiste depuis 1971. Il s’agit d’un vote accordé uniquement aux militants. Elles sont organisées pour la première fois le 5 février 1995 pour départager Lionel Jospin, qui obtient 66% des voix et Henri Emmanuelli. 82 000 militants socialistes participent au vote.

L’opération est renouvelée avant la présidentielle de 2007. Cette fois, les candidats sont au nombre de trois (Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius) et la campagne dure environ trois mois, ponctuée de meetings et de débats publics. Mais pour élargir le scrutin, il a été ouvert également à des nouveaux adhérents à qui on avait proposé une cotisation de 20 euros. Ségolène Royal l’emporte avec 60 % des voix le 16 novembre 2006.
 
En 2011, les Socialistes ouvrent leur primaire au vote citoyen, comme les écologistes. Pour voter il faut signer une déclaration sur l’honneur d’adhésion aux "valeurs de la Gauche et de la République" et s’acquitter d’un euro à chaque tour du scrutin.
Six candidats s’affrontent : le radical de gauche Jean-Michel Baylet, les socialistes Martine Aubry, François Hollande, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal et Manuel Valls.

Plus de 2,8 millions d’électeurs votent lors du second tour qui désigne François Hollande comme candidat à la présidentielle.

(RE)lire : Présidentielle française 2017 : Qui sont les onze candidats ?

En 2017, le Parti socialiste réorganise une primaire "de la Belle Alliance populaire" (PS et "écologistes réformistes"). Sept candidatures sont retenues, Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, Manuel Valls, Jean-Luc Bennhamias, François de Rugy et Sylvia Pinel. Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron n’ont pas voulu y participer. Ils présenteront chacun leur candidature à la présidentielle contre Benoît Hamon qui a remporté la primaire.

(RE)voir : "C'était bien pratique pour les autres de ne rien assumer" explique Benoit Hamon, ex-candidat socialiste à la présidentielle
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Primaires à droite, pas avant 2007

La possibilité de primaires ouvertes à tous avait été envisagée à droite, en 1994, par Charles Pasqua, face à l’affrontement qui se dessinait entre Édouard Balladur et Jacques Chirac, mais elle avait été rapidement écartée. La droite réorganise une primaire pour les présidentielles de 2007 qui se rassemble autour d’une seule candidature, validée par les instances de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), celle de Nicolas Sarkozy. Il obtient un score de 98% du vote des militants.

En 2013, l'UMP inscrit le principe de primaires ouvertes dans ses statuts.  En 2016, (l'UMP est devenu Les Républicains) ce dispositif est utilisé pour la première fois, les 20 et 27 novembre, pour une primaire "de la droite et du centre". Les modalités sont proches de la primaire du PS en 2011 : une charte à signer, et deux euros à débourser à chaque tour.

Du 1er au 4 décembre 2021, Les Républicains organisent une primaire à laquelle participent 140.000 électeurs, sympathisants et militants confondus et qui désignera Valérie Pécresse comme candidate de la droite.

(RE)lire : En France, primaire "les Républicains " : qui sont les cinq candidats ?

Des primaires écologistes depuis 2002

Les écologistes organisent une primaire depuis la présidentielle de 2002. Ils sont les premiers à l’élargir aux non-adhérents, en 2011. Pour voter, il suffit d’adhérer à la charte des Verts mondiaux.  Environ 25.000 votants se déplacent à chaque tour et désignent Eva Joly.

En 2011, le ministère de l’Intérieur avait émis des réserves avant la primaire socialiste car les listes d’émargement signées par les votants pouvaient constituer "une liste des opinions politiques des Français".

La Commission nationale informatique et libertés (CNIL) a demandé au PS de faire en sorte que la participation ou non à cette consultation ne fasse l’objet d’aucun traitement informatisé sans consentement expresse des votants. Un votant pouvait accepter ou refuser l’enregistrement de ses coordonnées par le parti. Une base de données de 700 000 personnes a été créée. Les autres noms ont été détruits sous contrôle d’huissier.