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Prix Sakharov : l’intellectuel ouïghour Ilham Tohti absent de la cérémonie

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Ilham Tohti lors d'une interview chez lui à Pékin en Chine, le 4 février 2013. Considéré comme un dissident, il a été condamné à perpétuité en septembre 2014 pour <em>"séparatisme" .</em>

Le prix Sakharov 2019 des droits de l'homme a été remis mercredi 18 décembre à l’intellectuel ouïghour Ilham Tohti. La cérémonie s'est déroulée en l'absence de l'intéressé, condamné en septembre 2014 à la prison à vie en Chine pour "séparatisme".
 

Sait-il seulement qu'il a obtenu le prix Sakharov pour les droits de l'homme ? L'universitaire ouïghour Ilham Tohti, n'est pas venu chercher la récompense au Parlement européen à Strasbourg. Sa fille Jewher Ilham l'a représenté lors de la cérémonie. En cause : le professeur d'économie a été condamné à la prison à vie en Chine pour "séparatisme".

Défenseur des droits de la minorité ouïghoure, il s’est vu décerner le prix le 24 octobre dernier par le Parlement européen alors qu’il est incarcéré à la prison d'Urumqi, depuis janvier 2014. Ce prix récompense "une contribution exceptionnelle à la lutte pour les droits de l'homme dans le monde".

Ilham Tohti, 50 ans, est considéré comme un "terroriste" par Pékin. En 2013, il avait été arrêté une première fois à l'aéroport de Pékin, alors que, invité par l'Université de l'Indiana, il s'apprêtait à s'envoler pour les Etats-Unis avec sa fille aînée. Alors âgée de 18 ans, cette dernière a pu partir et y vit désormais.

Jewher Ilham, qui recevra le prix Sakharov au nom de son père, ne sait "même pas s'il est encore vivant". Depuis 2017, "personne n'est autorisé à lui rendre visite", poursuit-elle.

Lauréat 2018, le réalisateur ukrainien Oleg Sentsov avait été libéré de sa prison russe. Jewher Ilham espère que la même chose va se produire pour son père : "Il ne mérite pas de passer un seul jour en prison".
 

Internement massif des Ouïghours dans le Xinjiang

Le 16 novembre dernier, plus de 400 pages de documents internes au parti chinois publiées dans le New York Times révélaient l'implication du président chinois dans l'internement massif des Ouïghours dans le Xinjiang. Les autorités chinoises accusaient le journal d'avoir publié ces documents "hors contexte".

S’il existait déjà de nombreux témoignages, rapports et accusations autour de la répression subie par les Ouïghours en Chine, les documents publiés par le New York Times en apportent la preuve.

L’enquête révèle qu’il existe depuis 2014 une politique de planification méthodique d'internement des Ouïghours et d’autres minorités musulmanes au Xinjiang. Elle témoigne de "la façon dont la machinerie cachée de l’Etat chinois a mené à bien la plus vaste campagne d’internement du pays depuis l’ère Mao", selon les termes du New York Times.

La France, terre d'exil des Ouïghours

Face à cette situation, les Ouïghours quittent la Chine. Direction la France pour certains, l'un des premiers pays d’exil pour la minorité, avec l'Allemagne et la Belgique. Une fois arrivés en France, les Ouïghours sont confrontés au dédale des démarches administratives et à la barrière de la langue. Avant de devenir parfaitement francophones, ils peinent à trouver rapidement une activité professionnelle.

Une option s’offre souvent à cette communauté sinophone : travailler avec des Chinois. Une décision pas toujours évidente.