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Procès des attentats de Bruxelles : avec l'ouverture des débats, l'heure de vérité pour les victimes

Lors du procès des attentats du 22 mars 2016, des avocats parlent devant le box des accusés où se tiennent également des policiers cagoulés en charge de la sécurité, Bruxelles, 5 décembre 2022.
Lors du procès des attentats du 22 mars 2016, des avocats parlent devant le box des accusés où se tiennent également des policiers cagoulés en charge de la sécurité, Bruxelles, 5 décembre 2022.
(AP Photo/Olivier Matthys, Pool)

La cour d'assises de Bruxelles entame lundi 4 décembre les débats au procès des attentats djihadistes qui ont fait 32 morts en 2016 dans la capitale belge, un moment à la fois attendu et redouté par des victimes encore traumatisées.

Après la constitution du jury populaire mercredi 30 novembre 2022, l'audience a repris lundi peu avant 10H00 (09H00 GMT) et la cour entre enfin dans le vif du sujet dans ce qui s'annonce comme le plus grand procès jamais organisé aux assises en Belgique. Les débats devraient durer jusqu'en juin.

Le matin du 22 mars 2016, deux jihadistes s'étaient fait exploser dans le hall des départs de l'aéroport de Bruxelles-Zaventem, et un troisième une grosse heure plus tard dans une station de métro du quartier européen, causant 32 morts et plusieurs centaines de blessés.

(Re)lire : Attentats de mars 2016 à Bruxelles : ouverture d'un procès historique en Belgique

Ces attentats-suicides, revendiqués par le groupe Etat islamique (EI), ont été perpétrés par la cellule jihadiste déjà à l'origine des attaques du 13 novembre 2015 (130 morts à Paris et Saint-Denis).

Face au neuf accusés dont le Français Salah Abdeslam -seul membre encore en vie des commandos du 13-Novembre, arrêté à Bruxelles quatre jours avant ces attentats -, plus de millier de personnes réclament la réparation d'un préjudice, selon le parquet fédéral.

Qu'est ce qu'ils peuvent dire? Qu'ils ont eu une jeunesse malheureuse, ont été influencés par un imam, recrutés pour aller se battre pour le califat (...) Je n'ai pas envie d'entendre toutes ces saladesChristian De Coninck, ancien commissaire de police

Parmi ces parties civiles : des parents ou proches des 32 tués, des personnes blessées par les explosions ou traumatisées par les "scènes du guerre" vécues ce jour-là.

En ouvrant l'audience, la présidente de la cour Laurence Massart a constaté l'absence de deux des 24 jurés suppléants.

Les 12 jurés titulaires sont assistés par un nombre exceptionnellement élevé de suppléants, susceptibles de remplacer la moindre absence au moment d'aller délibérer sur le verdict.

En marge de l'audience, un avocat de la défense, Stanislas Eskenazi, a critiqué les conditions drastiques de détention et de transfèrement des accusés au procès, "un conditionnement qui ne laisse pas présager qu'ils prendront la parole ici". Le procès se déroule sous haute sécurité.

Etre ou ne pas être à la barre en tant que partie civile

Le degré de participation des accusés est une des inconnues du procès, avec le nombre de parties civiles qui accepteront de témoigner publiquement.

L'un des accusés, Osama Krayem, a refusé lundi de se lever et de répondre aux questions au moment de l'appel, adoptant la même attitude que mercredi lors de la formation du jury.

Etre partie civile ne signifie pas forcément souhaiter témoigner à la barre. Il s'agira notamment de recenser qui souhaite s'exprimer publiquement et de préciser un calendrier.

Ce n'est pas bien pour ma santé, physiquement c'est trop dur
Danielle Iwens, victime des attentats de Bruxelles.

Danielle Iwens, qui travaillait derrière un comptoir d'enregistrement à Zaventem le 22 mars 2016, compte parmi les victimes qui n'iront pas au procès, par crainte d'éprouver "trop de stress".

"Ce n'est pas bien pour ma santé, physiquement c'est trop dur", déclare à l'AFP cette femme de 58 ans, qui a perdu 60% de l'ouïe à une oreille et n'arrive plus à se concentrer comme avant.

Christian De Coninck, lui aussi, se fera représenter par son avocat.

Cet ancien commissaire de police, appelé à la station de métro Maelbeek après le second attentat et encore "hanté" par ce qu'il y a vu, dit ne rien attendre des neuf accusés qui doivent comparaître (un dixième sera jugé par défaut car présumé mort en Syrie).

"Qu'est ce qu'ils peuvent dire? Qu'ils ont eu une jeunesse malheureuse, ont été influencés par un imam, recrutés pour aller se battre pour le califat (...) Je n'ai pas envie d'entendre toutes ces salades", lâche M. De Coninck, désormais retraité.

"Le début d'autre chose"

A l'inverse, Philippe Vandenberghe a l'intention de venir témoigner du traumatisme subi lorsqu'il est intervenu comme secouriste bénévole dans le hall de l'aéroport dévasté par la double explosion. Au milieu de tous ces corps gisant au sol, certains démembrés.

Pour cet informaticien de 51 ans, le procès doit être "le début d'autre chose". "On espère que nos souffrances seront reconnues, c'est ça l'important".

Après les explications de la présidente sur l'organisation de l'audience, viendra l'étape de la lecture de l'acte d'accusation, à partir de mardi et vraisemblabement jusqu'à jeudi inclus. C'est un document de quelque 500 pages.

Les accusés sont censés être interrogés à partir du 19 décembre, et les premiers témoignages de victimes attendus à la mi-janvier.

Belgique : procès des attentats de Bruxelles, l'histoire d'un drame national

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Pour Salah Abdeslam, condamné en juin en France à la perpétuité incompressible dans la procédure du 13-Novembre, plane le risque d'une nouvelle peine très lourde en Belgique. 

Abdeslam, Mohamed Abrini, Sofien Ayari, Osama Krayem, etc: tous les accusés sauf Ibrahim Farisi encourent la réclusion à perpétuité pour "assassinats et tentatives d'assassinats terroristes".

Dans le groupe des logisticiens présumés des attaques, ce Belgo-marocain est poursuivi pour "participation aux activités d'un groupe terroriste". Il risque jusqu'à dix ans ferme.

Sept des neuf accusés sont dans le box, les deux autres - Smaïl et Ibrahim Farisi - comparaissant libres. Un dixième homme est jugé en son absence car présumé mort en Syrie.

Voir aussi : Belgique : Molenbeek et ses habitants victimes de mépris et d'amalgame