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Procès en appel de Valeurs Actuelles pour "injure à caractère raciste" contre Danièle Obono : 10.000 euros d'amende requis

Danièle Obono devant l'Assemblée nationale le 21 juin 2022
Danièle Obono devant l'Assemblée nationale le 21 juin 2022
afp.com - JULIEN DE ROSA

Dix mille euros d'amende ont été requis jeudi devant la cour d'appel de Paris contre le directeur et deux journalistes de l'hebdomadaire ultraconservateur Valeurs actuelles pour injure publique raciste envers la députée LFI Danièle Obono.

En août 2020, le magazine avait publié un récit de sept pages intitulé "Obono l'Africaine", où il racontait comment l'élue de Paris née au Gabon, dépeinte en esclave, expérimentait "la responsabilité des Africains dans les horreurs de l'esclavage" au XVIIIe siècle.

L'article, accompagné de dessins représentant la députée collier en fer au cou, avait été condamné unanimement par toute la classe politique, le président Emmanuel Macron en tête.

En première instance en octobre 2021, le directeur de la rédaction Geoffroy Lejeune, le journaliste Laurent Jullien et le directeur de la publication Erik Monjalous avaient été condamnés à une amende de 1.500 euros chacun et à verser 5.000 euros de dommages et intérêts à Mme Obono.

A la barre de la cour d'appel, l'élue est venue dire qu'elle ressentait "toujours un certain inconfort" depuis cette affaire. "Les références des images, les justifications qui sont faites autour, je ressens toujours l'injustice qui m'a été faite et l'humiliation que cela a été", a-t-elle dit.

L'auteur de l'article, Laurent Jullien, a lui expliqué que "le principe de cet épisode était de démontrer ce qu'était cet esclavage dans la réalité". "Je pense que j'ai évité dans ce récit tout ce qui est peut-être humiliant (...) je ne pense pas avoir outrepassé les limites du genre", s'est-il défendu.

Dans son réquisitoire, l'avocat général Michel Lernoux a rappelé que "c'est essentiellement en raison de son origine" que Danièle Obono avait été choisie. Le titre étant "Obono l’Africaine, pas Obono l'Insoumise", a souligné le magistrat.

Les avocats des prévenus, Mes Basile Ader et Alexandre Mennucci, ont plaidé leur relaxe de toutes les poursuites.

"Une condamnation où ils se sont invités à la satire politique aurait pour conséquence de mettre au ban de la sphère médiatique ce journal", ont-ils argué.

La cour d'appel rendra sa décision le 10 novembre.