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Qu'est ce que l’AR-15, cette arme la plus utilisée dans les tueries de masse aux États-Unis ?

Un armurier essaie un AR-15 dans un salon d'exposition de la NRA en avril 2019.
Un armurier essaie un AR-15 dans un salon d'exposition de la NRA en avril 2019.
AP Photo/Michael Conroy
Un armurier essaie un AR-15 dans un salon d'exposition de la NRA en avril 2019.
Image publicitaire de l'AR-15 affichée lors d'une conférence de presse à Trumbull, dans le Connecticut, le mardi 15 février 2022.

Aux États-Unis, la tuerie dans une école au Texas, qui a coûté la vie à 19 écoliers et deux enseignants, relance le débat autour des armes à feu. Un fusil est pointé du doigt, l'AR 15, dont était équipé le tireur. Cette arme d’épaule est la plus utilisée lors de fusillades de masse aux États-Unis.

Avant la tuerie de mardi dernier à Uvalde au Texas, les AR-15 ont déjà tristement prouvé leur efficacité dans la litanie des fusillades qui endeuillent l'Amérique.
 
"Il n'existe pas de différence importante entre (ces fusils) et des armes militaires", souligne le Violence Policy Center, un centre d'études spécialisé. 
 
Ce fusil, légers et doté de chargeurs à grande capacité (jusqu'à 30 balles, voire davantage) est également responsable de la tuerie perpétrée en juillet 2012 dans un cinéma du Colorado (82 victimes, dont 12 morts), du carnage cinq mois plus tard dans une école primaire du Connecticut (26 morts, dont 20 enfants) ou de l'attentat djihadiste en décembre 2015 à San Bernardino en Californie (36 personnes fauchées dont 14 décédées).  

Un tireur, plus de 500 victimes 

 Le 1er octobre 2017, le sexagénaire qui a ouvert le feu du 32ème étage de son hôtel à Las Vegas, faisant 58 morts et près de 500 blessés dans la foule d'un concert country, avait plusieurs de ces fusils.
 
Un mois plus tard, l'homme qui a tué 25 personnes dans une église au Texas, en plein office religieux, avait également un AR-15.  


Tout comme Nikolas Cruz, le jeune qui a semé la mort au lycée de Parkland en Floride le jour de la Saint-Valentin 2018. 

Dans ce même État en 2016, dans un club gay d’Orlando, plus de cent victimes sont tombées sous les balles d’un seul assaillant doté d’un tel fusil d’assaut : 49 ont succombé. Chez les 53 survivants on a constaté des blessures souvent très graves, étant donné l’extrême vélocité des projectiles et leur capacité à détruire les tissus. 
 
"Ces armes sont utilisées pour commettre des actes effroyables. On les appelle des parfaites machines à tuer. Elles propulsent à une vitesse sidérante des balles qui traversent les corps et causent d’horribles carnages", avait alors déclaré Joe Biden, vice-président de Barack Obama. 

Une arme populaire et facile à se procurer

Crée en 1959 par l’Américain Eugene Stoner, le nom de l'AR 15 fait référence aux premières lettres du nom de la société qui a en premier conçu le fusil : Armalite Rifle. 
 

Disponible en vente libre, ce semi-automatique (il ne tire qu’une seule cartouche par appui sur la détente, mais se recharge tout seul tant qu’il y a des munitions dans le chargeur, ndlr), est une variante civile d'un fusil d'assaut militaire, le M16, utilisé pendant la guerre du Vietnam et conçu pour faire le plus de victimes possibles en un temps record. 

Une enquête menée par l'association Everytown for Gun Safety, qui milite pour un meilleur encadrement des armes à feu, a conclu qu'un kit pour fabriquer un fusil d'assaut AR-15, peut coûter moins de 400 dollars. Chez un armurier l'arme peut être acheter entre 900 et 1500 dollars.
 
L'étude indique que l'arme est vantée en ligne comme très facile à monter. "L'assemblage (...) ne prend pas très longtemps. Vous pourrez l'essayer sur le champ de tir après une heure ou deux".  Des tutoriels affichant des centaines de milliers de vues sont également faciles à trouver sur YouTube.

Parmi les lobbyistes, la National Rifle Association (NRA) s'en donne à coeur joie. Sur son site internet, elle fait en effet la promotion de cette arme avec, notamment, un article au titre aguicheur et décomplexé : "10 raisons d'acheter un AR 15".

La NRA souligne notamment les "vertues pédagogiques" du semi-automatique : "Avec un fonctionnement simple et un recul très faible, il n'y a pas de meilleur fusil pour enseigner aux jeunes l'art du tir précis à la carabine. Le fait que tirer avec ce fusil soit facile et très amusant le rend également idéal pour débuter de nouveaux tireurs".

Et conclut de façon tout aussi décomplexé : "Posséder un AR-15 est aussi typiquement américain que le baseball, la tarte aux pommes et le deuxième amendement. C'est un exemple classique de l'exceptionnalisme américain, de l'indépendance et de l'ingéniosité".

Un modèle destiné aux enfants 

 Le JR-15, un fusil spécialement conçu pour les enfants sur le modèle de l’AR 15, a également fait récemment son apparition sur le marché aux États-Unis, provoquant la colère des associations luttant contre les violences causées par les armes personnelles.
 
C'est "la première de nombreuses armes qui aideront les adultes à faire découvrir aux enfants le sport de tir en toute sécurité", selon la société WEE1 Tactical, qui salue sur son site internet un fusil "comme l'arme de papa et maman".
 
Le JR-15 (pour "Junior") mesure en effet seulement 80 cm de long et pèse moins d'un kilo. Livré avec des chargeurs de 5 ou 10 cartouches de calibre 22 long rifle, il a été commercialisé à la mi-janvier à un prix de 389 dollars.
 
La Newtown Action Alliance, une association favorable à la limitation des armes a condamné le lobby des armes et les fabricants qui font "tout pour continuer à amasser des bénéfices".

Josh Sugarmann a fustigé l'imagerie utilisée par le manufacturier pour attirer les jeunes clients : un crâne de pirate avec une coupe iroquoise pour les garçons et des couettes blondes pour les filles, une tétine à la bouche.
 
Dans son rapport sur les méthodes des fabricants d'armes américains pour attirer les jeunes, publié en 2016, il dénonçait les armes peintes avec des couleurs vives, rose, rouge, orange ou violet métallisé,  appréciées du jeune public, et plus légères à manier.

Selon l'organisation Gun Violence Archiven, en 2021, les armes à feu ont fait près de 45.000 morts aux États-Unis, dont environ 24.000 suicides. En 2022, plus de 17.000 ont été victimes de violences par arme à feu, dont près de 650 mineurs.

Une interdiction difficile à mettre en place 

En 1994, le Congrès américain avait adopté une loi bannissant durant 10 ans les fusils d’assaut et certains chargeurs à grande capacité. Cette prohibition a expiré en 2004 et, depuis, n’a jamais été remise en vigueur malgré de multiples tentatives. L’idée d’un revirement législatif sur la question s’est évanouie.
 
De fait, le marché de ces fusils extrêmement dangereux se porte bien, les fabricants les présentant comme des objets de chasse, sport et loisir, ou encore comme la meilleure réponse au besoin d’autodéfense des Américains.
 
Plusieurs villes, dont San Francisco, San Diego et Los Angeles ont quant à elles adopté des textes limitant ou bannissant la vente des armes en kit.
 
La Maison Blanche aussi s'en mêle. Via un décret pris en avril 2022, Joe Biden a soumis ces armes aux mêmes exigences que les armes à feu déjà montées disponibles à l'achat.
 
Les vendeurs de ces kits de pièces détachées devront désormais procéder à une vérification des antécédents des acheteurs potentiels ainsi qu'inclure un numéro de série sur les pièces constitutives de ces armes à feu.