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Québec : le plan d'immigration du gouvernement ne fait pas l'unanimité

Simon Jolin-Barette ​, ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec, pendant les commissions parlementaires sur le Plan Immigration. 
Simon Jolin-Barette ​, ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec, pendant les commissions parlementaires sur le Plan Immigration. 
(Capture d'écran)

Cette semaine, le gouvernement du Québec a ouvert des commissions parlementaires à l'Assemblée Nationale, dans le cadre de la consultation générale sur la planification de l'immigration au Québec. Un plan qui a déjà fait diminuer le nombre d'immigrants accueillis en 2019, mais qui ne fait pas l'unanimité. Les débats ont d'ailleurs été houleux entre  le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion Simon Jolin-Barette et le représentant du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Jean-Nicolas Beuze.

Le gouvernement, par l’intermédiaire du ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion Simon Jolin-Barette a déjà mis en place une baisse du quota d’immigrés acceptés, passant de 55 000 à 40 000 personnes migrantes pour cette année, soit une diminution de plus de 20%. Le plan discuté prévoit ensuite un rehaussement progressif jusqu’en 2022 pour atteindre le nombre de 52 000 immigrants, augmentant ainsi la proportion d’immigrants économiques au détriment des réfugiés. Et c'est là que les acteurs sociaux de la province sont en désaccord avec le ministre. Les prévisions annoncent 65 % d’immigrants économiques, pour 2022. 

Les réfugiés un poids ou un avantage économique ? 

 

Parmi les prises de paroles, une a été particulièrement houleuse. Il s’agit de celle du représentant du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Jean-Nicolas Beuze. Par l’intermédiaire de son représentant, le HCR a demandé de ne pas baisser le nombre de réfugiés accueillis au Quebec au profit d’autres immigrants, pour raisons économiques. “Il faut faire attention à cette dichotomie qui tend à dire que les réfugiés sont un poids – comme vous [Simon Jolin-Barrette] essayez de le souligner en ce moment – ce n'est pas forcément la réalité.” a déclaré le représentant du HCR, lors de ces commissions.

Jean-Nicolas Beuze, représentant du Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (HCR), pendant son audition lors des commissions parlementaires. 
Jean-Nicolas Beuze, représentant du Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (HCR), pendant son audition lors des commissions parlementaires. 
(Capture d'écran)

Pour Jean-Nicolas Beuze, le discours du ministre de la Coalition Avenir Québec (CAQ) peut faciliter la montée d’un certain populisme, déjà présent de manière internationale selon lui. Il détaille pour TV5MONDE son propos : "questionner l’immigration est tout à fait légitime en soi. Le problème est quand on y apporte de mauvaises réponses, comme celle du ministre Simon Jolin-Barrette." Il continue : "le gouvernement a lancé ces consultations sur l’immigration pour fixer le nombre d’arrivants, y compris les réfugiés. Ce que le HCR a voulu faire, c'est attirer l'attention sur certains faits, comme l'association hasardeuse entre réfugiés et fardeau économique. La dichotomie entre les bons arrivants, sélectionnés sur des critères économiques et d’autres qui seraient moins utiles, les réfugiés donc, est dérangeante." Le HCR indique dans un document présenté durant ces commissions parlementaires, que les réfugiés sont en fait la population migrante qui s'intègrent le mieux au Québec. "Après 15 ans, ils payent en moyenne plus de taxes que ce qu’ils ont coûté au contribuable québécois pour les intégrer. Ils ont le plus haut taux de naturalisation de tous les arrivants, le plus haut taux de création d’emploi. Ils représentent un atout pour les pays qui les accueillent. De fait, l’augmentation du nombre d’arrivants pour raisons économiques doit aller de pair avec l’augmentation du nombre de refugiés accueillis."

Des commentaires qui ont mis hors de lui le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion. Radio-Canada rapporte sa réponse :  “les propos que vous me prêtez ne sont pas acceptables. Je n’ai jamais dit que les réfugiés étaient un fardeau pour la société. Vous faites beaucoup de raccourcis.”  

Contacté pour une réaction à cette discussion, le cabinet du ministère n'a pas donné suite.  
 

Pour le HCR, le Québec peut faire encore mieux en ce qui concerne l’accueil des réfugiés.  Selon leurs chiffres, en 2018, 28100 réfugiés ont été accueillis au Canada, dont 6334 au Québec. Dans une étude interne sur l’accueil des réfugiés au Québec, le HCR veut prouver qu’il est clairement dans l'intérêt du Québec et de ses habitants d’accueillir plus de réfugiés. Pour cela, il met en avant la “longue tradition de solidarité envers les réfugiés” de la province, ainsi que les bénéfices économiques, plus importants que les coûts, notamment grâce à la “réinstallation par le gouvernement”.  

Une immigration économique choisie aux dépens de l'humanitaire


L'argumentaire avancé par le ministre de l’Immigration et le gouvernement est une volonté d'accueillir, dans un premier temps, moins de personnes mais de mieux les accompagner. Le ministère veut mettre en place un "Parcours d'accompagnement personnalisé pour les personnes immigrantes", pour améliorer l'intégration. Pour le HCR, c'est l'incompréhension : "accueillir moins de gens mais mieux, je ne comprends pas. Notre système d’accueille fonctionne bien, pourquoi diminuer le seuil ? Par exemple, les centres d'hébergement pour demandeurs d'asile sont à 40% vides. Le gouvernement fédéral et celui de la province ont investi dans ces centres. Il y a de la place, pourquoi ne pas accueillir plus de personnes ?"

Audition des représentantes de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) lors des commissions parlementaires
Audition des représentantes de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) lors des commissions parlementaires
(Capture d'écran)

L'augmentation de la part de migrants économiques dans l'immigration totale acceptée par le Québec s'explique également par la grosse pénurie de main d’oeuvre dans certaines villes et régions de la province. Le milieu des affaires québécois prône un seuil minimal  60 000 nouveaux arrivants par an.  Pour la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), passée en commission dès le premier jour, lundi, la baisse du nombre d'immigrés en 2019 n'est pas logique. "Il y a des vrais besoins, et la décision de la CAQ de baisser puis de réaugmenter le nombre d'immigrants n'est pas cohérente", explique Florence Bourdeau, coordinatrice à la TCRI. Mais ce n'est pas le plus important pour elle. "Le vrai problème est d'axer la sélection des immigrants, uniquement sur l'emploi. Dans le plan immigration, le ministre parle de 'main d'oeuvre', 'd'employés', mais encore faut-il préparer la société d'accueil et préparer les employeurs. Ce n'est pas parce qu'ils vont aller sélectionner quelqu'un en fonction d'un profil que l'intégration va se faire. Qu'en est-il de l'aspect humain ?", déplore-t-elle.  Selon elle, la plateforme ARRIMA qui encadre le processus d'immigration au Québec donne beaucoup d'importance aux employeurs qui peuvent choisir des profils de personnes immigrantes selon leurs besoins, quitte à reproduire une discrimination envers certains. "La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse avait fait une recherche qui démontrait que, quand les CV étaient à consonance immigrante, à compétences égales, ils n'étaient pas retenus. Les biais discriminatoires existent et la crainte qu'on a, c'est qu'en donnant plus de pouvoir aux employeurs dans le choix de l'immigration, on chemine lentement vers une immigration blanche et francophone", dénonce Florence Bourdeau.