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Québec : les enjeux de la course à la mairie de Montréal

Mairie de Montréal, octobre 2014.
Mairie de Montréal, octobre 2014.
Reuters

Les Montréalais-es iront aux urnes pour élire leur maire le 7 novembre. A deux semaines du scrutin, deux enjeux principaux ressortent de cette course à la mairie de Montréal : la crise du logement, qui s’est aggravée dans la métropole au cours des dernières années, et la sécurité dans les rues de la ville. Des enjeux qui font partie des priorités des deux principaux candidats, la mairesse sortante Valérie Laplante et l’ex-maire Denis Coderre.

Au cours des derniers mois, des fusillades ont éclaté dans les rues de Montréal, liées à des guerres de bandes criminalisées : on rapporte plus de 100 événements impliquant des armes à feu dans la métropole depuis le début de l’année. Une nouvelle réalité pour une ville réputée tranquille et sécuritaire, surtout en Amérique du Nord.

Si les frontières ne sont pas protégées et que chaque fois qu’une arme sort, il y en a 10 qui entrent, on n’est pas plus avancé

Valérie Plante, mairesse sortante de Montréal

Montréal face à la criminalité par armes à feu

La mairesse sortante, Valérie Plante, a donc fait la promesse, si elle est réélue, de consacrer 110 millions de dollars pour les quatre ans de son nouveau mandat afin de lutter contre cette violence armée et assurer la sécurité des Montréalais. Une bonne partie de ce montant va être investie au sein de SPVM, le Service de Police de la Ville de Montréal, notamment pour rapprocher les policiers de la population : « Au cours des quatre prochaines années, nous nous engageons à renforcer ce modèle qui favorise la proximité de la police avec les communautés et les organismes » a précisé Valérie Plante.

Maintenant, ça tire en plein jour, ça tire partout, on est rendus à plus de 400 douilles depuis janvier

Denis Coderre, candidat à la mairie de Montréal

La mairesse sortante se réjouit également de l’investissement de 110 millions de dollars que vient d’annoncer le gouvernement québécois pour lutter contre la violence associée aux armes à feu. Cette opération, baptisée Centaure, va permettre de créer une super structure qui va rassembler plusieurs des corps policiers de la province pour mener cette lutte. Et Valérie Plante se tourne aussi vers le gouvernement canadien de Justin Trudeau pour qu’il assure un plus grand contrôle à la frontière avec les États-Unis, car c’est par là que rentrent beaucoup de ces armes illégales. « Si les frontières ne sont pas protégées et que chaque fois qu’une arme sort, il y en a 10 qui entrent, on n’est pas plus avancé. Il faut briser ce cercle vicieux. C’est une passoire à la frontière » a-t-elle conclu.

(Re)lire : Au Canada, Justin Trudeau annonce l'interdiction de 1500 modèles d'armes d'assaut

La sécurité comme thème de campagne

De son côté, Denis Coderre martèle que Montréal n’est plus une ville sécuritaire. Le rival de Valérie Plante, qui espère bien prendre sa revanche de sa défaite en 2017, promet de ramener la paix dans les rues de la métropole québécoise.

« Maintenant, ça tire en plein jour, ça tire partout, on est rendus à plus de 400 douilles depuis janvier, a déclaré Denis Coderre. On a besoin de s’assurer qu’on ait une vraie politique de sécurité et ce n’est pas avec l’administration actuelle qu’on l’aura ». Il blâme la mairesse sortante Valérie Plante pour sa gestion de la sécurité publique et dénonce le fait que la mairesse sortante prône le désarmement et la réduction du financement du service de police de la ville. Denis Coderre promet que sous sa gouverne, les policiers montréalais ne seront ni désarmés ni en manque de financement et il veut les équiper de caméras portatives.

L’enjeu de la sécurité est important pour 26% des Montréalais selon un sondage mené récemment par la maison Crop pour Radio-Canada. Et Denis Coderre espère bien en faire la question de l’urne, le 7 novembre prochain.

(Re)lire : Course à la mairie de Montréal : le match revanche entre Valérie Plante et Denis Coderre

Une crise du logement sans précédent

Pour 25% des personnes interrogées dans ce sondage, l’autre enjeu important, c’est celui du logement. Ces dernières années, les prix des loyers ont explosé à Montréal et de plus en plus de gens n’arrivent plus à se loger décemment dans la métropole. Le loyer moyen pour un appartement avec trois chambres est de 1700 dollars (environ 1200 euros) et Montréal connait actuellement son plus bas taux d’inoccupation des 15 dernières années.

« Il y a environ 100 000 ménages locataires qui ont des besoins impérieux de logement, qui vivent dans des logements trop petits, trop chers et ou en mauvais état, donc qui ont besoin de rénovations. Ce n'est pas une crise qui est nouvelle, mais c'est une crise qui s'enracine actuellement à Montréal, et ce qu'on voit cette année particulièrement, c'est une crise où les gens ne sont pas capables de trouver un logement abordable avec des revenus modestes » explique Catherine Lussier, responsable du dossier montréalais au FRAPRU, le Front d’action populaire en réaménagement urbain.

« Au début de la crise, en 2018, c’était un problème de disponibilité. Maintenant c’est un problème de logements abordables, c’est-à-dire qu’il y a de moins en moins d’unités disponibles que les ménages peuvent se payer » ajoute Hélène Bélanger, professeure à l’Université du Québec à Montréal.

Cette crise est aussi provoquée par le phénomène de ce que l’on appelle les « rénovictions » : les propriétaires évincent des locataires qui paient des loyers moins chers parce qu’ils occupent ce logement depuis longtemps, ils font des rénovations, puis ils remettent l’appartement sur le marché locatif en doublant, voire triplant le loyer initial.

Pas assez de logements sociaux

La mairesse sortante Valérie Plante et son rival Denis Coderre affirment donc que résoudre cette crise du logement fait partie de leurs priorités. « On ne veut pas devenir comme Toronto ou Vancouver. Montréal peut se targuer d’être encore une ville abordable, mais ça commence à être très fragile » a déclaré Valérie Plante. Elle promet la construction de 60 000 logements sociaux et abordables pour les 10 prochaines années. Denis Coderre, lui, en promet 50 000, dont 10 000 logements sociaux. Et il critique sans ménagement la mairesse sortante en affirmant qu’elle n’a pas été à la hauteur pour régler cette crise au cours de son mandat.

A noter qu’un logement social, c’est soit une coopérative d’habitation soit un logement géré par un organisme à but non lucratif ou géré par les gouvernements. Le logement abordable, lui, offre un loyer d’environ 30% moins cher que le prix moyen du loyer dans la ville.

Toute administration, tous les candidats et les partis actuels doivent véritablement se doter d'objectifs beaucoup plus ambitieux si on souhaite véritablement résoudre la crise du logement

Catherine Lussier, responsable du dossier montréalais au FRAPRU

Il y a quatre ans, Valérie Plante avait promis la construction de 12 000 logements abordables et sociaux : de ce nombre, plus de 7000 sont effectivement occupés, mais seulement mille sont des logements sociaux. Un bel effort, disent les intervenants dans le domaine, mais largement insuffisant : « Pour nous, toute administration, tous les candidats et les partis actuels doivent véritablement se doter d'objectifs beaucoup plus ambitieux si on souhaite véritablement résoudre la crise du logement, 6000 logements sur 4 ans alors qu'il y a près de 24 000 personnes sur des listes d'attente pour obtenir un logement à loyer modique, ça reste insuffisant pour répondre à la crise » fait remarquer Catherine Lussier.

Ces retards dans la construction de logements sociaux s’expliquent aussi par le fait qu’une partie de l’argent provient des caisses du gouvernement québécois et du gouvernement canadien. Et que cela prend du temps entre tous ces paliers de gouvernement à s’entendre avant de lever la première pelletée de terre. « Donc s'il n'y a pas les sommes, les municipalités, Montréal ou d'autres villes ont bcp de difficultés à construire du logement social, il y a beaucoup de retard dans les travaux et beaucoup de retard dans les nouveaux projets, des projets qui sont dans les cartons encore, qui n'ont pas été construits » précise Hélène Bélanger. « C'est aussi aux gouvernements supérieurs de donner les moyens aux municipalités pour développer du logement social » renchérit Catherine Lussier.

(Re)voir : Montréal, ville refuge pour les migrants

Pourquoi le logement est un enjeu prioritaire

Bref, pour résoudre cette crise, pas de solutions miracles : construire davantage de logements sociaux. Actuellement, Montréal en compte plus de 63 000 unités, soit 7,2% du parc locatif de la ville.

Il faut aussi contrôler les loyers, avec, notamment la création d’un registre des loyers : « Cela permettrait d’enregistrer les loyers pour que les locataires soient en mesure de vérifier le loyer du locataire précédent avant de signer leur propre bail » précise Hélène Bélanger.

Des citoyens ont mis en place un registre de ce genre à Montréal mais les organismes qui défendent les droits des locataires réclament un registre à la grandeur de la province et c’est au gouvernement québécois de le mettre en place. Pour l’instant, il n’a pas donné suite à cette demande.

« Montréal reste une ville de locataires – 30% de la population – c’est pour cela qu’il faut protéger ce parc de logement locatif privé, avoir un meilleur contrôle, un meilleur encadrement du droit de propriété pour faire en sorte qu'il n'y ait pas de flambée des prix pour le logement locatif privé » estime Hélène Bélanger. Un avis partagé par Catherine Lussier : « C'est important pour nous que tous les partis fassent du logement et de la réalisation du droit au logement un enjeu prioritaire de la campagne électorale et un enjeu pour l'administration qui sera élue, ça doit rester au cœur de leur action ».

Une lutte très serrée, encore beaucoup d’indécis

Un dernier sondage mené par la maison Crop pour le compte de Radio-Canada indiquent que Denis Coderre et Valérie Plante sont au coude à coude, avec respectivement 26 et 25% des intentions de vote. Le candidat Balarama Holness, qui essaie de se positionner comme la troisième voie, recueille un petit 5%. Mais le chiffre important, c’est que 27% des personnes interrogées se disent encore indécises. Soit plus du quart des électeurs. Et ce sont eux qui risquent de faire la différence.

Les analystes s’entendent pour dire que si l’électorat plus âgé va voter, cela va favoriser Denis Coderre, et que le défi de Valérie Plante va être de faire voter les jeunes, qui lui sont plus favorables. A noter également que 48% des personnes interrogées se disent satisfaites de l’administration de la mairesse sortante, un atout important dans cette course si serrée. Le sondage Crop a été mené du 7 au 16 octobre dernier et il a une marge d’erreur de 3%.