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Quel avenir pour le Commonwealth sous le règne de Charles III ?

Le roi Charles III et la Princesse de Galles participent à un repas des gouverneurs-généraux des pays du Commonwealth, à Buckingham Palace à Londres, le 17 septembre 2022.
Le roi Charles III et la Princesse de Galles participent à un repas des gouverneurs-généraux des pays du Commonwealth, à Buckingham Palace à Londres, le 17 septembre 2022.
Stefan Rousseau/Pool Photo via AP

Le Royaume-Uni n’a pas été le seul pays à changer de monarque après le décès de la reine Elizabeth. Charles III se retrouve à la tête de 14 autres royaumes. Tous sont membres du Commonwealth, une organisation de 56 États-membres. Va-t-il réussir à préserver l’unité de cette alliance ? Tour d’horizon.

L’ensemble des royaumes du Commonwealth ont proclamé Charles III comme leur nouveau roi après le décès d’Elizabeth II. Au-delà de l’émotion certaine soulevée par la mort de la monarque dans ces pays, certains s’interrogent sur la capacité de Charles III à inspirer la même loyauté et fidélité que sa mère. 

Le Commonwealth, c’est quoi ? 

  • Le Commonwealth est composé de 56 États
  • La plupart sont d’anciennes colonies britanniques. 
  • Il a été créé en 1931, alors que le Royaume-Uni était en plein processus de décolonisation.
  • 15 de ces États sont des royaumes (le Royaume-Uni, l’Australie, les Bahamas, le Canada, la Nouvelle-Zélande, la Jamaïque, Antigua-et-Barbuda, le Belize, Grenade, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, les îles Salomon et Tuvalu), dont le monarque sur le trône britannique est aussi le chef de l’État. Un gouverneur général nommé dans chacun de ces royaumes est le représentant de la monarchie dans le pays.
  • Le reste des États-membres sont des nations (le Bangladesh, la Barbade, le Botswana, le Brunei, Chypre, Dominique, l'Eswatini (ex-Swaziland), les îles Fidji, la Gambie, le Ghana, Guyana, Inde, Jamaïque, Kenya, Kiribati, Lesotho, Malaisie, Malawi, Malte, Maurice, Mozambique, Namibie, Nauru, Nigeria, Nouvelle-Zélande, Ouganda, Pakistan, Royaume-Uni, Rwanda, Sainte-Lucie, Samoa, les Seychelles, le Sierra Leone, Singapour, le Sri Lanka, la Tanzanie, Tonga, Trinité-et-Tobago, le Vanuatu, la Zambie, le Gabon et le Togo)
TV5MONDE
Il y a un certain nombre d’interrogations et un décalage entre les hommages rendus à l’oeuvre d’Elizabeth II au sein du Commonwealth et la nécessité réelle de parler autrement que de manière symbolique des questions d’excuses, notamment pour l’esclavage, la question des réparations, l’intégration des populations d’origine de l’empire au sein du Royaume-Uni, mais aussi des restitutions”, analyse Mélanie Torrent, chercheuse et spécialiste du Commonwealth sur le plateau du Journal International de TV5MONDE.  La mort d’Elizabeth II signe-t-elle la fin du Commonwealth ? Sur quoi repose cette alliance à l’heure actuelle ?  “C’est un réseau de pays qui partagent dans une certaine mesure des traditions politiques, une langue”, résume Mélanie Torrent.
 
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Des intentions républicaines déjà tracées

Peu après la confirmation de Charles III comme nouveau souverain et chef d’État des 14 royaumes du Commonwealth, le Premier ministre d’Antigua-et-Barbuda a affiché son intention d’organiser un référendum sur le sujet dans les trois prochaines années. “Ce n’est pas un acte hostile” envers la monarchie, “mais la dernière étape pour achever notre chemin vers l’indépendance”, assure Gaston Brown à la chaîne de télévision britannique ITV.

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En Australie en revanche, la question a rapidement été écartée. La priorité du pays est d’organiser un référendum sur les droits politiques des populations indigènes, et non de remplacer la monarchie par une république, affirme le Premier ministre Anthony Albanese. Bien que le leader du parti travailliste australien de centre-gauche soit un fervent républicain, il refuse de s’engager dans ce débat, après la mort de la reine Elizabeth II. Cependant, le 31 mai 2022, un ministère délégué pour la République est créé au sein de son gouvernement. Cela instillé le doute quant aux intentions républicaines du gouvernement du Premier ministre Albanese. 

La mort d’Elizabeth II ne marque pas le début des velléités républicaines d’anciennes colonies britanniques. Au mois de novembre 2021, l’île de la Barbade, dans les Caraïbes, est devenue une république, 55 ans après avoir pris son indépendance du Royaume-Uni. Lors du voyage officiel du prince William et de son épouse Kate en Jamaïque au printemps 2022, le couple a dû faire face aux critiques sur le passé esclavagiste du Royaume-Uni. Leur visite a été marquée par des manifestations pour dénoncer le rôle qu’a joué la couronne britannique dans l’esclavagisme et le commerce d’esclaves. Le Premier ministre jamaïcain, Andrew Holness, a estimé “inévitable” la transition de son pays vers un régime républicain.

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Par ailleurs, le 22 avril, le prince Edward, dernier fils de la reine Elizabeth II, et son épouse ont été contraints de reporter une visite sur l’île de la Grenade. Ce report a été décidé après consultation avec le gouvernement de la Grenade et sur les conseils du gouverneur général de Grenade, à savoir le représentant de la monarchie dans le pays. Pour la spécialiste du Commonwealth Mélanie Torrent, il est primordial pour le Royaume-Uni de redéfinir sa place au sein de l’Alliance pour prendre moins de place, mais aussi de reconnaître son passé colonial.

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Un passé colonial trop lourd ?

Le décès de la reine Elizabeth a ravivé un débat sensible sur le passé colonial aux Caraïbes, mais aussi en Afrique anglophone, notamment sur le rôle de la reine comme chef d’État durant la domination britannique. Sa mort survient à un moment où les pays européens sont sous pression pour assumer leur histoire coloniale, expliquer leurs crimes du passé et restituer les objets africains volés conservés pendant des années dans des musées.

Au Kenya, le passé colonial britannique est marqué par des atrocités. "La Reine laisse un héritage mitigé de la répression brutale des Kényans dans leur propre pays et des relations mutuellement bénéfiques", écrit le principal journal du Kenya, The Daily Nation, dans un éditorial le week-end après la mort d’Elizabeth II. "Ce qui a suivi a été un chapitre sanglant de l'histoire du Kenya, avec des atrocités commises contre un peuple dont le seul péché était de réclamer l'indépendance.” La révolte des Mau Mau, contre la domination coloniale au Kenya, s’est déroulée de 1952 à 1960, soit dans les premières années du règle d’Elizabeth II. Elle a fait au moins 10 000 morts, dans l’une des répressions les plus sanglantes de l’empire britannique.

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Au Nigeria, si certains ont loué le rôle que la reine a joué dans l’indépendance du pays, d’autres ont souligné qu’elle était à la tête de l’État lorsque la Grande-Bretagne a soutenu l’armée nigériane pendant la guerre civiles. Lors de la guerre du Biafra, entre 1967 et 1970, plus d'un million de personnes sont mortes, principalement de faim et de maladie. Ce conflit a suivi la déclaration d'indépendance des officiers de l'ethnie Igbo dans le sud-est du Nigeria.

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L’expansion n’est plus seulement liée à Londres ou à la relation que les États membres du Commonwealth veulent avoir avec Londres, le Royaume-Uni n’est plus celui qui domine.Mélanie Torrent, spécialiste du Commonwealth

Cependant, ce passé difficile n'empêche pas le Commonwealth de s’étendre. Depuis la fin du mois de juin 2022, l’organisation compte deux nouveaux membres : le Togo et le Gabon. Ces deux nations n’ont pas de liens historiques avec le Royaume-Uni. “Ces nouvelles admissions démontrent une nouvelle tendance de ces dernières années, analyse Mélanie Torrent. L’expansion n’est plus seulement liée à Londres ou à la relation que les États membres du Commonwealth veulent avoir avec Londres, le Royaume-Uni n’est plus celui qui domine.” “Ça a aussi été le cas avec l’admission du Rwanda en 2009, où on voit que c’est davantage des processus d’intégration régionale au niveau de l'Afrique qui portent les intérêts du Commonwealth”, rappelle la spécialiste.