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Coronavirus : quels sont les différents vaccins administrés dans le monde ?


Patients attendant d'être vaccinés contre le Covid-19 à Tel Aviv, Israël.
Patients attendant d'être vaccinés contre le Covid-19 à Tel Aviv, Israël.
© AP / Oded Balilty

Ce début d’année 2021 marque le lancement des campagnes de vaccination contre le Covid-19 à travers le monde. Toutefois, on compte d'ores et déjà plus d’une dizaine de vaccins administrés : Quels sont-ils ? En quoi sont-ils différents ? En existe-t-il un plus efficace que les autres ? Eclairage.

Pfizer/BioNTech, Moderna, Spoutnik… les vaccins contre le Covid-19 sont de plus en nombreux et pourraient bientôt être plus d’une cinquantaine selon REACTing, un réseau collaboratif de centres de recherches français coordonné par l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Les plus récents ont été produits en 12 à 18 mois, ce qui est extrêmement rapide pour un vaccin. Coup de projecteur sur cinq d’entre eux pour mieux connaître leurs caractéristiques.

Consulter notre dossier complet >>> Vaccins contre le coronavirus : où en est la recherche sur le Covid-19

  • Pfizer/BioNTech : efficace à plus de 95% avec deux doses

Issu d’une collaboration entre le laboratoire américain Pfizer et l’allemand BioNTech, le vaccin « BNT162 b2 » est créé le 18 novembre 2020. Il aura fallu seulement 10 mois aux laboratoires pour le fabriquer, un temps record. Contrairement aux vaccins classiques, le vaccin de Pfizer/BioNTech fonctionne à « ARN messager », un procédé jusqu’alors jamais utilisé dans l’histoire des vaccins commercialisés, mais dont l’avantage premier est d’être facilement reproductible. Au lieu d’injecter une partie du virus (procédé classique du vaccin), on va injecter un fragment ARN messager (matériel génétique du virus) qui va reproduire les protéines virales, appelées « spikes » (se trouvant à la surface du virus et lui donnant une forme de couronne), une fois dans l’organisme. Ainsi, une fois introduit, le corps se défendra en produisant des anticorps qui répondront à cette nouvelle présence de protéines virales. S’ils se retrouvent en contact une nouvelle fois avec ces protéines, les anticorps sauront se défendre seuls.

D’après une étude effectuée sur 43 448 personnes, dont les résultats ont été publiés par le laboratoire lui-même et la FDA aux Etats-Unis (Food and Drug Administration, l'agence américaine des denrées alimentaires et des médicaments) le 10 décembre, le vaccin Pfizer/BioNTech serait efficace à plus de 95% après l’administration des deux doses. Une efficacité qui permettrait de « prévenir les formes symptomatiques légères à modérées de Covid-19 chez les personnes n’ayant jamais été infectées par SARS-CoV-2 ». Cependant, selon le site du Vidal - site de référence des produits de santé en France -, « les résultats présentés ne peuvent pas confirmer l’efficacité de ce vaccin contre les formes graves de Covid-19, ni contre les formes asymptomatiques, ni chez les personnes de plus de 75 ans ».

La conservation de ce vaccin est par ailleurs très contraignante car il doit être maintenu dans un lieu où la température avoisine les -70°c à -80°c. Aujourd’hui, les 27 pays de l’Union européenne ont été autorisés par l’Agence Européenne des Médicaments (EMA) à l’utiliser. La Commission européenne a d'ailleurs annoncé, vendredi 8 janvier, avoir commandé 300 millions de doses supplémentaires du vaccin portant à 600 millions ses commandes auprès du groupe pharmaceutique américain et à son partenaire allemand. Le 31 décembre, l'OMS avait aussi accordé au vaccin Pfizer/BioNTech sa première homologation d'urgence, facilitant ainsi la voie aux pays qui souhaitent l'utiliser rapidement. 

Lire aussi : Coronavirus : l'OMS donne sa première homologation d'urgence au vaccin Pfizer-BioNTech
  • Moderna : une conservation moins contraignante

Créé par une entreprise de biotechnologie américaine Moderna Therapeutics, dirigée par un Français et spécialisée dans les traitements à base d’ARN, le vaccin Moderna est très similaire au vaccin Pfizer/BioNTech. Il fonctionne aussi à ARN messager et a récemment démontré une efficacité frôlant les 95%. Jusqu’ici, les effets indésirables - les mêmes que le Pfizer/BioNtech - sont la fatigue, les maux de tête, les douleurs musculaires, pouvant durer deux à trois jours.

L’avantage que possède le vaccin Moderna sur celui de Pfizer/BioNTech repose sur une conservation moins contraignante : à moins 20 degrés plutôt que moins 80 degrés, une température que l’on peut retrouver dans un simple congélateur. Il peut aussi se conserver au réfrigérateur pendant un mois. L’agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (la Food and Drug Administration) a autorisé le vaccin aux Etats-unis le 18 décembre. Il fait partie avec le Pfizer/BioNTech des vaccins les plus adminitrés dans le pays. La vice-présidente élue Kamala Harris l’a même reçu devant les caméras américaines le 29 décembre tandis que Joe Biden avait reçu le Pfizer/BioNTech. 

Mercredi 10 janvier, Bruxelles a annoncé à son tour l’autorisation de mise sur le marché du vaccin américain Moderna, associée à une commande de plus de 160 millions de doses : « Nous avons désormais sécurisé l’achat de suffisamment de doses [avec le vaccin Pzifer/BioNTech] pour vacciner 380 millions d’Européens, soit 80 % de la population européenne. », s’est réjouie Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission.

Lire aussi : États-Unis : un comité d'experts recommande l'autorisation du vaccin de Moderna
  • AstraZeneca : le plus vendu dans le monde

Ce vaccin, élaboré par le groupe britannique AstraZeneca avec l'université d’Oxford, est à vecteur viral. Il ne se traduit non pas par une injection d’ARN messager mais par un tierce virus, modifié pour transporter une séquence d’ARNm qui code les fameuses protéines virales « spikes » et contre lesquelles des anticorps seront rapidement fabriqués par l’organisme. Le procédé à vecteur viral a déjà été utilisé pour le vaccin contre Ebola. Les résultats des essais cliniques du vaccin AstraZeneca, publiés le 8 décembre dans la revue scientifique The Lancet, ont confirmé une efficacité du vaccin à 70% en moyenne. Cependant celui-ci peut être conservé entre 2 et 8 degrés et peut être administré en une unique dose.

Le premier pays a l’avoir approuvé a été le Royaume-Uni qui en a commandé 100 millions de doses. Selon le directeur général du laboratoire britannique, le vaccin serait capable de combattre le nouveau variant du coronavirus, responsable d'une montée des cas au Royaume-Uni. Contre cette mutation, "nous pensons pour l'instant que le vaccin devrait rester efficace", a indiqué Pascal Soriot à The Sunday Times. "Mais on ne peut pas en être sûr donc nous allons faire des essais ».

Avec plus de 2,5 milliards de doses commandées, le vaccin AstraZeneca est jusqu'alors le plus vaccin le plus vendu dans le monde (en Amérique du Nord et latine, en Europe de l'Ouest, en Afrique du Nord, en Asie du Sud-Est et en Océanie)

Voir aussi : Coronavirus au Royaume-Uni : feu vert au vaccin britannique Oxford-AstraZeneca
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  • Spoutnik V : pas d'essais cliniques valides de phase 3

Développé par le Centre national de recherches en épidémiologie et microbiologie du ministère de la Santé russe (Centre Gamaleya) et financé par le Fonds d’investissement direct russe (RDIF), le vaccin Spoutnik V a été largement controversé. Pour pouvoir être mis en circuit, chaque vaccin doit normalement passer au préalable trois étapes, la troisième consistant en la mise en place d’essais cliniques et la publication des résultats. Une étape que les autorités russes n’ont apparemment pas jugé nécessaire pour pouvoir l’administrer à sa population. Depuis septembre, plus de 100 000 personnes ont déjà été vaccinées dans le cadre d’une campagne de masse en Russie.

  • Voir aussi : Covid-19 : comment savoir si le vaccin sera efficace ?
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Cet aspect n'a pas non plus gêné plusieurs pays comme l’Argentine qui en a commandé plusieurs milliers de doses pour sa population. «L'homologation du vaccin Spoutnik V en Argentine sans essais cliniques supplémentaires dans le pays constitue une reconnaissance importante des normes et de la réglementation russes et de la qualité de ses essais cliniques», s'est félicité Kirill Dmitriev, le directeur du RDIF. «Nous sommes prêts à travailler avec d'autres pays d'Amérique latine», a-t-il ajouté. Selon le Fonds d’investissement direct russe, le vaccin Spoutnik V, qui marche par vecteur viral comme l’AstraZeneca, serait efficace à 92 %. Récemment, l’Algérie, alliée historique de la Russie, a annoncé en acquérir 500 000 doses, notamment car le vaccin russe présenterait peu de contraintes logistiques et un prix avantageux selon les médias algériens. La Guinée, le Bélarus, la Serbie, la Hongrie, l’Inde et le Kazakhstan ainsi qu’une vingtaine de pays d’Amérique latine font aussi partie des prochains clients de la Russie.

  • Vaccins chinois : les premiers développés et les plus nombreux

Sinovac, Sinopharm et CanSino, les vaccins chinois, en plus d’avoir été les premiers développés, sont les plus nombreux. La Chine, où le coronavirus est apparu fin 2019, compte une quinzaine de vaccins qui ont entamé les tests sur l'homme, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cependant les informations concernant la phase 3 liée aux essais cliniques de ces différents vaccins ont mis presque six mois mois à paraître, laissant planer un doute quant à leur fiabilité. La Chine a annoncé seulement fin décembre avoir approuvé «sous conditions» la mise sur le marché du vaccin Sinopharm contre le nouveau coronavirus alors que près de cinq millions de Chinois ont été vaccinés à ce jour. Selon le laboratoire, l’efficacité du vaccin serait de 79%.

Voir aussi : Chine : un vaccin contre le coronavirus bientôt commercialisé
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Par ailleurs, son procédé relève des vaccins classiques : le virus est inactivé au moyen d’un traitement chimique et injecté dans l’organisme pour faire réagir l'organisme et produire des anticorps capables de reconnaître le coronavirus. Cependant, afin de mener leurs essais cliniques de phase 3, les laboratoires chinois ont dû s’exporter à l’étranger, faute de malades du Covid-19 en Chine... Les essais des deux vaccins du laboratoire Sinopharm se déroulent ainsi dans une dizaine de pays comme les Emirats arabes unis, l'Argentine, le Pérou, l'Egypte ou encore la Jordanie. Aucune exportation de vaccins chinois n'est pour l'instant prévue sur les marchés occidentaux, mais la Chine s'est engagée à faire de ses vaccins des «biens publics mondiaux» qui seront proposés «à prix raisonnable» voire «offerts» aux pays en développement. Sur son territoire, le gouvernement chinois a prévu de vacciner 50 millions de personnes d’ici au Nouvel An lunaire, le 12 février 2021. 

Vaccins : un loupé européen et des questions en suspens 

Les grands absents de cette course aux vaccins restent les laboratoires Sanofi (français) et GSK (britannique). Les résultats préliminaires des premiers essais ont été en dessous des valeurs espérées, dévoilant un taux d'efficacité à seulement 62,5 % chez les plus de 60 ans. Les deux laboratoires ont donc lancé une nouvelle phase d'essai avec une nouvelle formulation, qui ne pourra voir le jour que fin 2021.

Par ailleurs, plusieurs questionnements persistent au sein de la communauté scientifique et médicale autour des vaccins mis en circuit : « Aujourd’hui, les deux grands sujets d’incertitude à propos des vaccins contre la Covid-19 sont la durée de protection délivrée par le vaccin ainsi que sa capacité à nous prémunir du virus mais aussi à empêcher de le transmettre aux autres, ce qui est moins sûr. » explique Antoine Flahault, Directeur de l'Institut de Santé Globale à Genève. « Il faudra du temps pour répondre à ces questions. On sait depuis quelques années seulement la durée de protection (à vie) du vaccin contre la fièvre jaune par exemple. Or ce vaccin a été découvert il y a plus de 60 ans. Quant à sa capacité à bloquer la transmission, il faudra des études spécifiques à ce sujet » renchérit le chercheur.

Pour Marc Gastellu-Etchegorry, épidémiologiste et directeur-adjoint de Épicentre (Centre d’épidémiologie de MSF), la très récente production des différents vaccins ne permet pas, en effet, d’avoir toutes les informations à disposition : « On ne peut pas à l'heure actuelle répondre à beaucoup de questions car nous manquons de recul. Comment savoir si le vaccin sera encore efficace dans deux ou trois ans alors qu'on vient de les mettre en circuit? ».

Lire aussi : Covid-19 : l'OMS prévient que l'épidémie pourrait ne pas s'arrêter malgré les vaccinations

Aussi, le choix des gouvernements de faire appel à un certain vaccin reposerait sur plusieurs variables qui seraient autres que scientifiques : « Il y a un enjeu commercial, mais aussi politique. Certains ont plutôt recours à leurs amis et leurs alliés, souligne Marc Gastellu-Etchegorry, mais la compétition a ses vertus car elle accélère le processus de vaccination et on ne peut que s'en réjouir. […] Tout retard entraîne des morts supplémentaires ». Pour Antoine Flahault, la forte production est aussi bon signe : « Nous en aurons besoin d’autres pour couvrir la demande mondiale très forte. C’est donc une très grande chance que nous ayons déjà plusieurs vaccins de disponibles et espérons bientôt que d’autres arriveront sur le marché ».