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Qui est Flavien Moreau, le premier djihadiste français condamné à son retour de Syrie ?

Le centre pénitenciaire de Condé-sur-Sarthe où était incarcéré Flavien Moreau
Le centre pénitenciaire de Condé-sur-Sarthe où était incarcéré Flavien Moreau

L'homme, aujourd'hui âgé de 33 ans, avait été condamné en novembre 2014 à sept ans de prison ferme. Flavien Moreau, le premier djihadiste français condamné pour  «association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste», a quitté lundi 13 janvier, la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne) où il était incarcéré.

Lundi 13 janvier, sa mère adoptive est venue le chercher à la sortie de la prison de Condé-sur-Sarthe, où il vient de passer sept ans d'incarcération dans un quartier d'isolement.  Elle l'emmène en Loire Atlantique où il va vivre.

Libre, il est suivi dans le cadre d'une surveillance judiciaire par un juge d'application des peines et un service de probation, a précisé une source judiciaire.

Sa libération s'accompagne ainsi de diverses obligations et interdictions : il doit résider à un endroit déterminé, recevoir des soins et avoir un emploi. Il lui est, en outre, interdit de détenir une arme ou de quitter le territoire sans autorisation. 

  Ces mesures doivent durer 11 mois et 18 jours car elles sont assises sur les réductions de peine qu'il a pu obtenir quand il était en détention.

Un parcours cahotique

Flavien Moreau est né en Corée en 1986. Il a deux ans quand il est adopté avec son frère Nicolas, de deux ans son aîné par un couple de la région nantaise. Il obtient un CAP de boulanger, mais ne parvient pas à trouver sa voie. Il sera condamné plus de dix fois pour des faits de délinquance. Il découvre la religion musulmane à 19 ans et se converti à l’Islam un an plus tard (selon Ouest France). A 25 ans il tente de partir en Syrie. Un journaliste du quotidien suisse Le Temps le rencontre et raconte alors son périple d’apprenti djihadiste.

Il arrive à Antioche, en Turquie, en novembre 2012, où il est le seul Français. Il finira par rejoindre Atmé en Syrie. Comme le raconte Le Temps, ça se passe très mal : les combattants syriens se rendent vite compte de son inexpérience. Celui qui se fait désormais appeler Abdel Fattah demande alors à intégrer un groupe francophone et fini par arriver à Idlib.

C’est finalement son goût pour la cigarette qui aura raison de son enrôlement dans le djihadisme, fumer étant contraire aux lois de l’Islam radical. Il rend ses armes à son émir et quitte la Syrie. C’est ce qu’il dira lors de son procès (comme le rapporte Franceinfo) Mais il tentera plusieurs fois d’y revenir entre décembre 2012 et janvier 2013 sans succès.

Un frère aîné radicalisé

Comme le raconte Le Temps, il se fera interpeller à Paris le 28 janvier 2013 avec 5000 euros en liquide et deux lingots d’or. Il sera jugé en 2014 par le tribunal de Paris et condamné à 7 ans de prison. 

Son frère Nicolas va suivre la même voie. Il le rejoint en Syrie à la même époque et y passe un an avant d’être arrêté en Turquie, puis être condamné en France, en 2017, à 10 ans de prison. Courant 2018, il est transféré, comme son frère, à Condé-sur-Sarthe, mais dans le quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) sans aucune possibilité de rencontrer son frère resté à l’isolement.

Des craintes pour l’avenir

Comme le relate Ouest-France, les services pénitentiaires ont tout fait pour maintenir Flavien Moreau en détention le plus longtemps possible.

L'homme qu'ils ont surveillé depuis des années est toujours dangeureux. Alors qu’il était encore incarcéré à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), la prison jumelle de Condé, les surveillants avaient découvert dans sa cellule l’inscription « Je suis Ganczarski ».  C'est le terroriste qui avait commis l'attentat contre la synagogue de Djerba en Tunisie en 2002 et qui avait attaqué trois surveillants de prison au cri de « Allah akbar » en janvier 2018.

Le 14 décembre 2019, la juge d’application des peines spécialisée dans l’antiterrorisme (JAPAT) a ordonné un retrait de crédit de réduction de peine de trente jours pour éviter tout risque d’incident à Noël. Jusqu’au dernier moment, ils ont tout tenté. Une source proche du dossier rapporte une fouille surprise de sa cellule le week-end précédant sa sortie, et des écoutes directes pendant les dernières vingt-quatre heures de sa détention.