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Qui sont les "prédateurs de la liberté de la presse" sur la liste de Reporters Sans Frontières ?

La politique de Vladimir Poutine (à gauche) est régulièrement pointé du doigt par Reporters Sans Frontières. Viktor Orban, Premier ministre de Hongrie le rejoint sur la liste des "prédateurs" de la liberté de la presse de  l'ONG. Sur la photo, Victor Orban accueillait Vladimir Poutine à Budapest le 30 octobre 2019.
La politique de Vladimir Poutine (à gauche) est régulièrement pointé du doigt par Reporters Sans Frontières. Viktor Orban, Premier ministre de Hongrie le rejoint sur la liste des "prédateurs" de la liberté de la presse de  l'ONG. Sur la photo, Victor Orban accueillait Vladimir Poutine à Budapest le 30 octobre 2019.
Alexei Nikolsky, Sputnik, Kremlin Pool Photo via AP

Pour la première fois, la liste des "prédateurs de la liberté de la presse" élaborée chaque année par l'ONG Reporters sans frontières désigne un dirigeant d'un pays de l'Union Européenne. Parmi les 37 membres de la liste, 8 sont issus de pays africains.

L'ONG Reporters sans frontières (RSF) vient de dévoiler ce lundi l'édition 2021 de sa galerie de "prédateurs de la liberté de la presse", désignant pour la première fois un dirigeant d'un pays de l'UE, le Premier ministre hongrois Viktor Orban, parmi 37 chefs d'Etat ou de gouvernement.


Les membres de cette liste, dont la précédente actualisation remonte à 2016, "imposent une répression massive, via la mise en place d'appareils de censure, de l'incarcération arbitraire de journalistes, d'incitation à la violence contre ces derniers, quand ils n'ont pas (...) directement ou indirectement poussé à leur assassinat", déclare RSF dans un communiqué.
 

Victor Orban n'a eu de cesse, depuis son retour au pouvoir en 2010, de s'attaquer avec efficacité au pluralisme et à l'indépendance des médias.

Rapport de RSF sur les "prédateurs de la liberté de la presse" (2021).

Une première appartition pour près de la moitié des membres

Près de la moitié (17) "y figurent pour la première fois", aux côtés de "vieux tyrans" déjà qualifiés de "prédateurs" par RSF en 2001, à savoir le président syrien Bachar al-Assad, le guide suprême iranien Ali Khamenei, les présidents russe Vladimir Poutine et biélorusse Alexandre Loukachenko, ainsi que les présidents équatoguinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, érythréen Issaias Afeworki et rwandais Paul Kagamé.

RSF souligne que dans le Rwanda de Paul Kagamé : "Tous les  journalistes qui critiquent ouvertement le président ou le régime, qui questionnent le bilan du développement du pays ou évoquent les tueries des Hutus par le Front patriotique rwandais (RPF, parti au pouvoir) sont ciblés par le pouvoir."
 

Dans le Rwanda de Paul Kagamé, depuis 1996, RSF a recensé huit journalistes tués ou disparus, une douzaine de journalistes condamnés à de lourdes peines de prison et plus d’une trentaine de journalistes forcés à l’exil.

Rapport de RSF sur les "prédateurs de la liberté de la presse" (2021).

"Depuis 1996, RSF a recensé huit journalistes tués ou disparus, une douzaine de journalistes condamnés à de lourdes peines de prison et plus d’une trentaine de journalistes forcés à l’exil" , pousuit l'association de défense de la liberté de la presse.

Paul Biya et Paul Kagamé parmi "les prédateurs de la presse"


Le rapport de RSF précise que l'Afrique est "la zone géographique où les prédateurs sévissent depuis le plus longtemps." Par exemple, cela fait 79 ans que Teodoro Obiang Nguema Mbasogo est à la tête de la Guinée Equatoriale. Outre lui et ses homologues érythréen et rwandais, le rapport épingle cinq autre leaders africains : Ismaïl Omar Guelleh, président du Djibouti, le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, Paul Biya, président camerounais, Salva Kiir, à la tête du Soudan du Sud et le président ougandais Yoweri Museveni.

 

Paul Biya, président du Cameroun depuis 1980 est considéré comme un "prédateur" par Reporters Sans Frontières depuis qu'il a pris la tête du pays. Sur la photo, on le voit en train de voter lors de l'élection présidentielle du 7 octobre 2018 à Yahoundé.
Paul Biya, président du Cameroun depuis 1980 est considéré comme un "prédateur" par Reporters Sans Frontières depuis qu'il a pris la tête du pays. Sur la photo, on le voit en train de voter lors de l'élection présidentielle du 7 octobre 2018 à Yahoundé.
AP Photo/Sunday Alamba

Outre Viktor Orban, qui selon l'ONG "n'a eu de cesse, depuis son retour au pouvoir en 2010, de s'attaquer avec efficacité au pluralisme et à l'indépendance des médias", on trouve parmi les nouveaux entrants le prince héritier saoudien Mohamed ben Salmane, auteur d'"une répression multiforme" et "barbare" illustrée par "le terrible assassinat, en 2018, de l'éditorialiste Jamal Khashoggi".

Mais aussi le président brésilien Jair Bolsonaro "dont la rhétorique guerrière et ordurière à l'encontre de la presse s'est décuplée depuis le début de la crise sanitaire" selon les termes du rapport.

Parmi les "prédateurs", deux prédatrices

Autre nouveauté, l'apparition de deux femmes dans la liste, dont la cheffe de l'exécutif hongkongais, Carrie Lam. "Marionnette aux mains du président chinois Xi Jinping", elle soutient ouvertement ses "politiques liberticides" à l'origine de la disparition, en juin, "du principal quotidien indépendant hongkongais Apple Daily" et de "l'emprisonnement de son fondateur, Jimmy Lai", déplore RSF.

Carrie Lam, directrice générale du gouvernement hong-kongais intègre la liste des "prédateurs de la liberté de la presse"en raison de son soutien aux politiques du président chinois Xi Jinping. La photo a été prise lors d'un de son point presse hebdomadaire, le 22 juin à Hong-Kong.
Carrie Lam, directrice générale du gouvernement hong-kongais intègre la liste des "prédateurs de la liberté de la presse"en raison de son soutien aux politiques du président chinois Xi Jinping. La photo a été prise lors d'un de son point presse hebdomadaire, le 22 juin à Hong-Kong.
AP Photo/Kin Cheung
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L'autre prédatrice, la Première ministre du Bangladesh, Sheikh Hasina, a quant à elle "notamment fait passer, en 2018, une loi sur la sécurité numérique qui a entraîné des poursuites contre plus de 70 journalistes et blogueurs". La moyenne d'âge des prédateurs est de 66 ans, la région Asie-Pacifique fournissant à elle seule "13 des 37 tyrans recensés", selon l'ONG.

RSF avait aussi publié en 2020 une liste des "prédateurs numériques de la liberté de la presse" et en publiera une regroupant les "prédateurs non-étatiques" avant la fin de l'année.