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Racisme : faut-il continuer à poser le genou au sol ?

Wilfried Zaha de Crystal Palace, à gauche, pose le genou au sol, avant le match de football de Premier League entre Crystal Palace et Sheffield United, à Londres, en Angleterre, le samedi 2 janvier 2021. Depuis ce samedi 13 mars, il a décidé d'arrêter d'effectuer ce geste. 
Wilfried Zaha de Crystal Palace, à gauche, pose le genou au sol, avant le match de football de Premier League entre Crystal Palace et Sheffield United, à Londres, en Angleterre, le samedi 2 janvier 2021. Depuis ce samedi 13 mars, il a décidé d'arrêter d'effectuer ce geste. 
Clive Rose/Pool via AP

Wilfried Zaha l'avait annoncé, il l’a fait. De retour de blessure, l’international ivoirien et attaquant de Crystal Palace, n’a pas posé le genou au sol avant le match contre West Bromwich, ce samedi 13 mars. Une première qui a fait réagir les suiveurs de la Premier League et du football. Depuis plusieurs semaines déjà, il expliquait ne plus vouloir exécuter ce geste popularisé par le joueur de football américain Colin Kaepernick et le mouvement Black Lives Matter.

Ce samedi 13 mars, en milieu d'après-midi, à Londres, dans le stade Selhurst Park, arène située dans la banlieue de la capitale anglaise, un geste fort se prépare. L’arbitre siffle afin de donner le coup d’envoi de la partie qui oppose Crystal Palace à West Bromwich Albion.

Comme à tous les débuts de match depuis la mort de George Floyd et la reprise du championnat, joueurs et arbitres posent le genou au sol, en signe de protestation, contre le racisme et en soutien au mouvement Black Lives Matter… Tous sauf un.
Ce samedi, Wilfried Zaha, attaquant vedette de ceux que l’on surnomme les Eagles, reste debout. Il se tient droit, le regard vers l’avant, imperturbable alors qu’il vient briser des mois passés à respecter un protocole visant à protester contre le racisme. Une première. 

Mais c’est précisément là que se situe, selon lui, le problème. Poser le genou au sol, à chaque coup d’envoi, à chaque match, de chaque journée de Premier League, est devenu "une routine", presque un geste banal. 

Cela fait plusieurs semaines que Wilfried Zaha exprime son envie de cesser de répéter un geste qui s’est vidé de sa substance, de la portée symbolique que lui avait donné le joueur de NFL, Colin Kaepernick, en 2016, pendant l'hymne américain, pour protester contres les violences policières racistes aux Etats-Unis : "J’ai le sentiment que mettre genou à terre est devenu juste une partie du protocole d'avant-match", a déploré l’attaquant.

"Peu importe que nous nous agenouillions ou que nous nous tenions debout, certains d'entre nous continuent de subir des abus", a-t-il ajouté, même s'il a affirmé "respecter" ceux qui continueront à le faire.

En juillet déjà, l’international ivoirien avait démontré son implication dans la cause et appelait les réseaux sociaux à supprimer les comptes des utilisateurs racistes. Plusieurs joueurs comme l'anglais Marcus Rashford, ou encore les français Anthony Martial et Paul Pogba, ont été la cible d’insultes racistes sur les réseaux sociaux.

Wilfried Zaha a déclaré que ses parents lui avaient dit qu'il devait être fier d'être noir et qu'il devait "se tenir debout". C’est ce qu’il a décidé d’appliquer.

Une protestation qui a fait parler chez les suiveurs du football et de nombreuses questions soulevées. Est-ce un signe d’abdication ou, au contraire, un geste fort, une protestation qui vient signifier qu’un geste de protestation n’a plus lieu d’être, car vidé de sa substance ?

C'est dégradant. Mes parents m'ont appris à être fier d'être noir, quoiqu'il arrive.Wilfried Zaha, attaquant de Crystal Palace, international ivoirien.

Pour l’ex-international marocain, ancien joueur de l’AS Nancy Lorraine, Valenciennes ou encore de Fulham, Abdeslam Ouaddou, "il faut respecter le choix de Wilfried Zaha".

"Lorsque l’on voit que ces gestes deviennent trop protocolaires et qu’il n’y a pas de réelles actions mises en place afin d’endiguer les problèmes de discrimination, il faut aussi savoir dire stop", ajoute celui qui avait été victime d’insultes racistes lors d’un match à Metz, en 2008. 

Le problème et le travail à faire dessus dépassent largement le cadre du football. Le chantier est immense !

Abdeslam Ouaddou, ex-international marocain

L’ex-international marocain s’inscrit pleinement dans la réponse apportée par Wilfried Zaha : "C’est bien beau et c’est gentil de sortir des t-shirts, mais ça ne mène nulle part ! Quelques années après ce que j’ai subi, on se rend compte que le problème persiste et cela prouve que ces gestes ne sont pas efficaces. Il faut agir sur les plans législatif, éducatif et concernant l’égalité des chances". "Le problème et le travail à faire dessus dépassent largement le cadre du football. Le chantier est immense !", ajoute-t-il. 

Chez les fans de Premier League, le geste a aussi suscité un certain nombre de réactions, sur les réseaux sociaux. La très grande majorité soutient l'ivoirien et affirme que ce geste ne sert plus à grand-chose tant qu'il n'est pas accompagné d'actes. Comme Wilfried Zaha, ce qu’ils veulent avant tout, ce sont des politiques structurelles, qui permettront de ne plus avoir affaire à la haine.
 

Peu importe dans quelle "école" on se situe : celle de l’ex-international camerounais, l'iconique Samuel Eto’o, qui avait affirmé qu’il fallait arrêter les matchs lorsque des actes racistes étaient constatés, ou celle de l’attaquant de Manchester City, Raheem Sterling, qui préfère "faire taire les racistes" en marquant des buts, tous se rejoignent sur le fait qu’il faut impérativement engager des solutions de fond, notamment sur les plans éducatifs et sociaux, afin d’endiguer le racisme. 

La meilleure façon, pour l’international anglais et pour tous ceux qui partagent sa cause, de faire taire les "haters", une bonne fois pour toutes et pour que le football reprenne ses droits.