Info

« Rafle du billet vert », mai 1941 : le piège, le photographe et le baiser

Gymnase Japy, Paris, le 14 mai 1941 : plusieurs centaines de Juifs étrangers viennent à la convocation de la police française pour un "examen de leur situation". En famille, ils font la queue. Photo Harry Croner @Mémorial de la Shoah
Gymnase Japy, Paris, le 14 mai 1941 : plusieurs centaines de Juifs étrangers viennent à la convocation de la police française pour un "examen de leur situation". En famille, ils font la queue. Photo Harry Croner @Mémorial de la Shoah

80 ans après, des photos inédites acquises par le Mémorial de la Shoah viennent rendre justice à la mémoire des victimes de la rafle dite du billet vert : 3710 Juifs étrangers arrêtés par la police française ce 14 mai 1941. C'est la première rafle massive de Juifs sous l’Occupation, prélude aux déportations vers Auschwitz. L’opération est organisée par la Gestapo, approuvée par Vichy, exécutée par les Français. Le photographe, Harry Croner, est un soldat de la propagande nazie. Ses photos, qui reflètent toute l'humanité des familles qui se présentent au gymnase Japy, vont être censurées par les autorités allemandes avant de disparaître. 

« C’était entre les deux confinements de Covid-19», se souvient Lior Lalieu-Smadja. La responsable de la Photothèque du Mémorial de la Shoah à Paris retient alors son souffle. Au bout du fil, des collectionneurs passionnés d’histoire. Ils ont en leur possession cinq planches photos correspondant à cinq pellicules et 98 clichés qui présentent, pensent-ils, un intérêt historique certain. Elle les reçoit.

Heureux hasard, la commémoration de la « rafle du billet vert » approche. Elle n’est pas déçue. Les fins limiers du monde opaque et très secret des collectionneurs ont mis la main sur des photos disparues depuis huit décennies. « On les a découvertes avec énormément d’émotion. On a rarement des reportages entiers. C’est exceptionnel du point de vue de l’iconographie », explique la spécialiste, mains gantées de blanc. Elle a délicatement extrait les photos de leur carton gris et les a déposées sur la table.

On a rarement des reportages entiers. C’est exceptionnel du point de vue de l’iconographie.

Lior Lalieu-Smadja, responsable photo au Mémorial de la Shoah à Paris

(Re)voir : La "rafle du billet vert", premières arrestations massives de Juifs sous l'Occupation en France

Le SS Theodor Dannecker

« Voilà, ce sont ses planches de travail. » Le photographe est un soldat allemand assigné au gymnase Japy ce 14 mai 1941 par la PropagandaKompanie, l’entité de la Wehrmacht créée par Goebbels en 1938. A 7h du matin donc, le voilà sur place dans le XIème arrondissement de Paris. Les policiers français sont déjà là. 6500 hommes juifs ont été convoqués par un billet vert déposé à leur domicile quelques jours plus tôt.

Le commanditaire de l'opération est Theodor Dannecker, le responsable des Affaires juives de la Gestapo en France, nommé par Adolf Eichmann. Dannecker n’a pas encore 30 ans mais il est déjà expérimenté et obsédé par la « question juive ». Il est arrivé à Paris à l’été 1940.

Qui sont les raflés du billet vert ?

Le 14 mai 1941, ce sont les Juifs étrangers que cible Dannecker. Recensés l'année précédente par les autorités françaises, ils sont sommés de se rendre en plusieurs points indiqués de la capitale et de ses environs « avec un parent ou un ami » pour un « examen de situation », précise le billet vert.

Ces hommes sont venus parce qu’ils étaient légalistes. Ils croyaient en la France des droits de l’Homme. Leur confiance a été trahie.

Olivier Lalieu, historien au Mémorial de la Shoah

Un rare exemplaire de billet vert, convocation nominative le 14 mai 1941 adressée aux Juifs étrangers par la police française. @Mémorial de la Shoah
Un rare exemplaire de billet vert, convocation nominative le 14 mai 1941 adressée aux Juifs étrangers par la police française. @Mémorial de la Shoah

Près de 60% des hommes convoqués ont répondu présents. Ils sont venus en famille. Des Polonais en très grande majorité mais aussi des Autrichiens et des Tchéchoslovaques. Ce sont des immigrés qui ont fui l’antisémitisme en Europe de l’Est, dans les années 1920 et 1930, lorsqu'il était encore possible de circuler.
En 1941, ils sont installés. Ils travaillent, principalement en tant que commerçants ou employés. Et ils nourrissent l’espoir d’être régularisés.

Certains ont des enfants nés en France, comme Mojzesz Stoczyk, le père de Liliane Ryszfeld qui avait 6 ans lorsqu’il a été arrêté au commissariat de Vincennes, le 14 mai 1941.

Elle aussi a accompagné ses parents à la convocation. « Je portais une robe à manches ‘ballon’, ce jour là. Le souvenir m'est revenu récemment. C’est incroyable, le fonctionnement de la mémoire », s’étonne cette ancienne professeure de français pleine d'énergie à la voix grave et aux yeux souriants. « Mon père et ma mère étaient convaincus qu’il s’agissait d’un contrôle d’identité. Ils étaient confiants. » 

<p>Liliane Ryszfeld, fille de Mojzesz Stoczyk, tient un portrait au pastel de son père réalisé par le peintre Benn, lui aussi arrêté le 14 mai 1941 et interné dans le Loiret</p>

Liliane Ryszfeld, fille de Mojzesz Stoczyk, tient un portrait au pastel de son père réalisé par le peintre Benn, lui aussi arrêté le 14 mai 1941 et interné dans le Loiret

@ Sophie Golstein, mai 2021

Liliane Ryszfeld : "Jusqu'au bout, mon père a cru qu'il s'en sortirait".

Elle a pu lui rendre visite trois fois dans le camp d'internement de Pithiviers, avec sa mère, comme d'autres familles le dimanche. "Mon père était un optimiste", se souvient Liliane Ryszfeld, 6 ans à l'époque.

Les visites prennent fin à la fin de l'été 1941. 
Il y a eu des évasions, plusieurs centaines. "Ma mère a encouragé mon père à s'échapper, elle me l'a raconté, souvent, mais il ne voulait pas. Jusqu'au bout, il croyait qu'il s'en sortirait", dit-elle.

Les photos et les lettres manuscrites ont été d'un soutien immense au fil du temps. Elles le sont toujours. Elle prend plaisir à les partager. Une écriture régulière aux lettres déliées dans ce français qu'il avait voulu apprendre dans les règles de l'art. Il avait suivi des cours à Vincennes.

Mojzesz Stoczyk, né à Varsovie en Pologne - Maurice, de son nom français - se révèle être un homme attentionné, qui couvre son épouse et sa petite fille,  "ses princesses", comme il dit, de mots affectueux et d'encouragements.

"Souvenirs de vacance. A mes chers de loin, Papa", écrit-il d'un ton réconfortant au dos d'une photo le montrant avec ses amis devant une baraque du camp, en mai 1942. Alors que le port de l'étoile jaune est devenu obligatoire à Paris le 6 juin comme ailleurs en zone occupée, il s'adresse ainsi à sa fille  : "Liliane, mon amour, je suis fier que tu aies mis l'étoile de David, le symbole des Juifs. Porte-ça la tête haute. J'espère que tu n'es pas embêtée à l'école. Tâche de faire tes devoirs. Tu comprendras quand tu seras grande. Tu comprendras aussi pourquoi tu portes l'étoile et pourquoi je suis prisonnier".

Le 25 juin 1942, Mojzesz Stoczyk est déporté dans le premier convoi qui part du Loiret pour le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Quelques semaines plus tard, c'est la rafle du Velodrome d'Hiver, 16 et 17 juillet 1942. Cette fois ce sont les familles des hommes arrêtés en mai 1941 qui sont visées. Liliane et sa mère y échappent. Elles vont vivre cachées, séparément, la petite fille chez les Soeurs de la Miséricorde, dans la région de Mâcon, jusqu'à la fin de la guerre.

Parmi ceux qui se présentent ce 14 mai 1941 se trouvent également des anciens combattants, démobilisés en juin 1940 après l’Armistice signée par les représentants de Vichy et du régime hitlérien.  

« Ces hommes sont venus parce qu’ils étaient légalistes », explique Olivier Lalieu, historien au Mémorial de la Shoah. « Ils croyaient en la France des droits de l’Homme, leur patrie d’adoption. Ils se sont engagés dans l’armée française. Ils voulaient défendre la France contre l’Allemagne nazie. Et leur confiance a été trahie par les autorités françaises. »

3710 hommes tombent dans le piège tendu par Dannecker. Parmi eux, plus de quatre cents Polonais enrôlés dans l’armée française en 1939. Près d’un tiers des arrestations ont lieu au gymnase Japy. C’est cela dont est témoin le photographe allemand.

« Ne jetez pas les vieilles photos de vos greniers ! »

« Sur ses photos, on voit la rafle se dérouler », observe Lior Lalieu-Smadja. « Entre l’arrivée des hommes sur place et le moment où ils sont emmenés dans des bus jusqu’à la gare d’Austerlitz pour les camps d’internement de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, il s’est passé 4 heures. A 11h du matin, tout était terminé ».

Difficile de reconstituer l’itinéraire des photos depuis la fin de la 2ème guerre mondiale.  « Les collectionneurs tiennent à leur anonymat », explique Lior Lalieu-Smadja. « Ce que je peux vous dire, c’est qu’elles étaient aux mains de brocanteurs du côté de Reims et de Normandie. Elles sont restées dix ans du côté d’un collectionneur, et eux en ont récemment fait l’acquisition ».

Aujourd’hui sur Internet, vous avez beaucoup de photos vendues à l’unité, et vous ne pouvez pas reconstituer l’Histoire.

Lior Lalieu-Smadja, responsable photo au Mémorial de la Shoah à Paris

Le Mémorial, dont la mission première est de collecter des archives, s’est immédiatement porté acquéreur des photos, ajoute l’historienne qui se réjouit d’avoir pu contribuer à ce qu’elles ne soient pas disséminées. « Aujourd’hui sur Internet, vous avez beaucoup de photos vendues à l’unité, et vous ne pouvez pas reconstituer l’Histoire », regrette-t-elle. « Si vous avez des photos qui traînent dans vos greniers, il ne faut surtout pas les jeter ! Elles peuvent être importantes ! ». Elle a bon espoir de voir émerger d’autres photos exceptionnelles dans les mois et les années qui viennent.

La police et la gendarmerie aux ordres de la Gestapo

Serge Klarsfeld, l’historien pionnier dans la documentation par l’image de la Shoah et de ses prémices, est du même avis. « Des photos, il y en a partout. C’est une question de temps. »

Les statuts anti-Juifs sous Vichy et la "solution finale" du IIIè Reich

Personne au gymnase Japy, du côté des familles, ne peut alors concevoir l’ampleur de ce qui les attend. Vichy a donné le ton, cependant, dès octobre 1940, dans la foulée du recensement ciblant exclusivement les Juifs, avec les premiers statuts anti-juifs qui les évincent de la fonction publique et de certaines professions, presse et cinéma, notamment. D’autres statuts viennent les compléter en octobre 41 qui écartent les Juifs des activités commerciales et industrielles.

Côté allemand, la « solution finale à la question juive » se prépare. Les historiens s’accordent sur le fait que la conférence de Wannsee, à Berlin, le 20 janvier 1942, à laquelle participent une quinzaine de hauts responsables du régime nazi, est l’un des moments essentiels de l’organisation et de la mise en oeuvre du génocide des Juifs en Europe.

« L’identification claire de Dannecker sur les planches de la rafle du billet vert est une véritable avancée » , affirme l’avocat qui a consacré toute sa vie, avec sa femme Beate, à la lutte contre l’oubli des victimes et l’impunité des criminels nazis. Elle vient confirmer, insiste-t-il, que « l’opération est organisée et contrôlée par la Gestapo, approuvée par les autorités françaises et exécutée par la police et la gendarmerie françaises. Les Allemands ne voulaient pas la mener eux-mêmes ».

Le responsable des affaires juives à la Gestapo est effectivement présent à toutes les étapes cruciales.

A Japy, on le voit raide dans son uniforme sans plis, entouré de hauts fonctionnaires français. « Le préfet François Bard, qui venait de prendre ses fonctions et qui avait approuvé l’opération, ne semble pas être sur les photos », précise Serge Klarsfeld.

Theodor Dannecker s'est également rendu en personne à la gare d’Austerlitz pour s’assurer de l’embarquement des prisonniers en direction des camps du Loiret, à 100 kms au sud de Paris. Face au photographe de la PropagandaKompanie, sur le quai, il arbore un large sourire. Dannecker est satisfait. 

L’identification claire de Dannecker sur les planches de la rafle du billet vert est une véritable avancée. Mais sur le fond, on n'apprend rien de nouveau.

Serge Klarsfeld, historien, président de l'association 'Les Fils et filles des Déportés Juifs de France'

« Ce qui serait vraiment inédit … »

Pour Serge Klarsfeld, les photos du gymnase Japy constituent « un complément visuel, bien meilleur d'un point de vue formel, à ce que l’on connaissait déjà. » Mais « sur le fond, on n’apprend rien de nouveau ».

L'historien Serge Klarsfeld a consacré toute sa vie à la lutte contre l'oubli des victimes et contre l'impunité des criminels nazis.
L'historien Serge Klarsfeld a consacré toute sa vie à la lutte contre l'oubli des victimes et contre l'impunité des criminels nazis.
@Claude Truong-Ngoc, septembre 2015

« Ce qui serait vraiment inédit", insiste Serge Klarsfeld, "ce serait de trouver des photos des enfants passés par les camps du Loiret et des photos de l’intérieur du Vel d’Hiv (le Vélodrome d'Hiver, NDLR). Car à ce jour, on n’a toujours aucune photo de l’intérieur du Vel d’Hiv. »

En 1983, l'historien a établi que les photos de l'AFP héritées du fonds Havas, montrant des centaines de personnes dans le stade sous l'Occupation, ne correspondaient pas aux victimes de la rafle de juillet 1942, dont une partie des 13152 Juifs arrêtés, femmes, vieillards et 4115 enfants, ont été parqués là plusieurs jours, avant d'être envoyés dans le Loiret puis à Drancy et de finir gazés à Auschwitz.

"Ces photos que certains présentent encore aujourd'hui comme celles des raflés de juillet 1942", explique Serge Klarsfeld, "sont celles des collaborateurs détenus dans la même enceinte à partir du 28 août 1944."

L’historien qui préside l’association ‘Les Fils et Filles des Déportés Juifs de France’ a en effet publié dès 1991 quelques photos de la rafle du 14 mai 1941. Où les a-t-il trouvées ? « Dans des fonds d’archives de presse en France et aux Pays-Bas ». 

Ce sont bien celles du photographe allemand, confirme Lior Lalieu-Smadja. « Sept clichés marqués d’une petite croix sur les planches-contact », pointe-t-elle, signe qu’elles ont passé le test de la censure. Sept photos sur 98.

Photos censurées

La plupart des photos du 14 mai 1941 à Japy ont donc été recalées. Elles n’ont pas reçu le fameux tampon de la propagande nazie valant feu vert pour publication par la presse collaborationniste.

Il suffit d’un coup d’oeil pour comprendre pourquoi.

Le photographe montre des hommes, des femmes et des enfants pris dans la tourmente d’une opération policière. Regards perplexes, visages sombres. Les femmes sont en grande discussion. L’une d’elles, un bébé dans les bras, s’adresse directement à un policier. Elle est très animée et semble l’interroger : cette séparation d'avec nos maris, pourquoi, combien de temps, où vont-ils être conduits, quand reviendront-ils ?

Le baiser de la rafle du billet vert

Le photographe de la propagande nazie a-t-il eu des états d’âme au fil de la matinée ?

Une photo retient l’attention en particulier. La foule des familles disséminée, des policiers se font pressants pour que les derniers entrent à l'intérieur du gymnase où ils sont maintenus captifs. Un couple semble prendre son temps. Le photographe appuie deux fois sur l’obturateur. Le premier cliché les montre encerclés par les hommes en uniforme. Le deuxième les fige dans un baiser, enlacés. Au revoir, ou adieu ? Le spectateur s’interroge, lui aussi.
 

Ces photos cassent les images de propagande antisémite des Nazis et de Vichy. Cela leur est insupportable. Voilà pourquoi ces images ont été censurées.

Olivier Lalieu, historien

Ce baiser qui semble durer une éternité et l’empathie qu’il inspire sont à mille lieues du rejet que les autorités françaises comme allemandes veulent installer dans la population en multipliant les images caricaturales de Juifs fantasmés, accompagnées de slogans antisémites et xénophobes. « Des parasites » dont « il faut nettoyer la maison France », assène une affiche française de l’année 1940.

Les images du photographe « cassent les images de propagande antisémites des Nazis et de Vichy. Elles font de ces hommes des Parisiens et des Parisiennes. La propagande veut les transformer en parias, ces photos les montrent comme des êtres humains », résume Olivier Lalieu. « Et c'est ça qui est insupportable à Vichy et aux Nazis. C'est pour ça que ces images là auront été censurées. »

Harry Croner

Ce 14 mai 1941, en somme, le photographe allemand n’a pas rempli sa mission. Pire, il a failli aux yeux de sa hiérarchie. C’est son regard qui pose problème. Commence alors une enquête à son sujet. « Elle révèle qu’il est d’ascendance juive, par son père », note Lior Lalieu-Smadja. « Il est révoqué de la Wehrmacht comme beaucoup de demi-juifs à l’époque et envoyé dans un camp de travaux forcés, dans le sud-ouest de la France ».

 
Un gendarme posté dans un mirador surveille le camp de Beaune-la-Rolande où ont été internés une partie des Juifs étrangers arrêtés le 14 mai 1941. Harry Croner, mai 1941, @Mémorial de la Shoah.
Un gendarme posté dans un mirador surveille le camp de Beaune-la-Rolande où ont été internés une partie des Juifs étrangers arrêtés le 14 mai 1941. Harry Croner, mai 1941, @Mémorial de la Shoah.

Histoire d'une photo : Beaune-la-Rolande, la Collaboration taboue

Avant d'être révoqué de l'armée allemande, Harry Croner a poursuivi son reportage dans les camps d'internement du Loiret dans les jours qui ont suivi la rafle du billet vert en mai 1941. On lui doit également cette photo emblématique de la Collaboration en France. Ironie de l'histoire, c'est l'une des rares à avoir franchi le cap de la censure allemande à l'époque. Ce gendarme français reconnaissable à son képi est une parfaite illustration de l'opération "française" que les Nazis voulaient véhiculer dans l'opinion.

C'est pour cela, précisément, que la photo fera scandale à la sortie du film d'Alain Resnais, Nuit et Brouillard, retenu au Festival de Cannes de 1956. La photo est censurée. Le film, retiré de la sélection officielle. La Collaboration est taboue dans les années qui suivent la guerre en France. Il faut attendre 1995 et le discours historique du président Chirac pour que soit dite et reconnue la responsabilité de l'Etat français dans la déportation des Juifs. 

Harry Croner reviendra à Berlin en 1943. Il est prisonnier des Américains en 1944 puis libéré en avril 1946, selon le Stadt Museum de Berlin. De nombreuses zones d’ombre subsistent concernant sa vie.

Ce qui est sûr, c'est qu'il connaît une carrière prolifique après la guerre. Le photojournaliste réalise alors de nombreux portraits d'artistes qui le mènent jusqu'aux Etats-Unis.

Il lègue plus d'un million de négatifs et environ 100 000 photos en noir et blanc au musée berlinois, en 1989, avant de s'éteindre trois ans plus tard.