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Raif Badawi, symbole de la liberté d'expression en Arabie Saoudite, libre

Ensaf Haidar tenant le portrait de son mari, Raif Badawi, lors de la remise du prix Sakharov en février 2015 à Strasbourg.
Ensaf Haidar tenant le portrait de son mari, Raif Badawi, lors de la remise du prix Sakharov en février 2015 à Strasbourg.
© AP Photo/Christian Lutz, File

Libéré après 10 ans de prison et 50 coups de fouet en public, le blogueur saoudien et militant des droits humains Raif Badawi est devenu un symbole de la liberté d'expression dans un royaume ultraconservateur régi par une version rigoriste de l'islam.

Aujourd'hui âgé de 38 ans, Raif Badawi est sorti de l'anonymat en 2015 lors d'une séance de flagellation sur une place publique en Arabie saoudite qui avait choqué le monde pour son caractère "médiéval", selon l'expression d'une ministre suédoise à l'époque.

Arrêté en 2012, le blogueur qui plaidait notamment pour la fin de l'influence de la religion sur la vie publique, a été accusé d'avoir violé une loi sur la cybercriminalité qui sanctionne l'atteinte "à l'ordre et la morale publiques et aux valeurs religieuses".

Outre sa condamnation à la prison et à 1.000 coups de fouet pour "insulte à l'islam", il a vu son site Liberal Saudi Network être fermé après des critiques contre la police religieuse des mœurs, dont les prérogatives ont depuis été largement réduites.

"Raif m'a appelée, il est libre", a déclaré ce 11 mars son épouse Ensaf Haidar sur notre antenne.
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Un responsable de la sécurité saoudienne a confirmé à l'Agence France Presse sous couvert d'anonymat que Raif Badawi avait été "libéré".
 

Fouetté sans une plainte

En janvier 2015, Raif Badawi avait reçu ses premiers cinquante coups de fouet sur une place publique de Jeddah (ouest). Et il n'avait manifesté aucun signe de douleur selon des témoins.

"J'endure toute cette souffrance cruelle pour avoir exprimé mes opinions", avait-il écrit dans une lettre envoyée de prison et citée en mars 2015 par le magazine allemand Der Spiegel.

Il devait selon sa peine recevoir cinquante coups de fouet par semaine pendant vingt semaines, mais les autres séances de flagellation ont été suspendues face au tollé international.

(RE)voir : Plongée dans les prisons saoudiennes : "La geôle des innocents" d'Ensaf Haidar
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La répression brutale des voix dissidentes et l'emprisonnement des militants en Arabie saoudite sont à ce jour dénoncées par des ONG internationales et l'ONU, même si le royaume cherche à améliorer son image internationale en entreprenant certaines réformes.

La branche canadienne de l'ONG Amnesty International a cependant indiqué que Raif Badawi restait soumis à une interdiction de quitter le royaume pendant dix ans.

Cette mesure s'applique généralement aux défenseurs des droits humains, à l'instar de Loujain al-Hathloul, la militante féministe libérée de prison en février 2021 mais toujours interdite de quitter le pays.

La sœur de Raif Badawi, Samar Badawi, ainsi que la militante Nassima al-Sadah ont été elles aussi libérées en 2021 et restent bloquées dans le royaume.

Un refuge au Canada ?

Le Québec a ouvert la voie à l'exil de Raif Badawi au Canada, où vivent déjà sa femme Ensaf Haidar et ses trois enfants, en le plaçant sur une liste prioritaire d'immigrants potentiels pour raisons humanitaires. 

Musulman sunnite comme la majorité des Saoudiens, Raif Badawi est né le 13 janvier 1984. Il a fait des études d'économie et dirigé un institut d'apprentissage de la langue anglaise et des techniques informatiques, selon son épouse. 

En 2016, elle se confiait sur le plateau de TV5MONDE. Elle racontait leur amour, né d'une erreur de numéro de téléphone, suivi de longues conversations secrètes, dans un royaume qui ne permet pas aux femmes de rencontrer librement des hommes.

(RE)lire : Ensaf Haidar : "Mon combat pour sauver Raïf Badawi"

Raif Badawi aime lire et s'est fait connaître par ses écrits en faveur de la liberté d'expression.

"C'est un homme ouvert d'esprit, il aime la liberté, que les femmes deviennent indépendantes", avait raconté son fils Hafer Haidar à l'AFP fin février, brossant le portrait de "quelqu'un de positif" et "bon père".

"Il voulait promouvoir le dialogue entre les gens. Il voulait la liberté d'expression et des droits pour les femmes et tous les êtres humains, c'est ce qui l'a toujours motivé", avait aussi expliqué sa femme Ensaf en 2017.

Reporters sans frontières (RSF) a décrit le site de Raif Badawi comme un "forum de discussion destiné à encourager des débats d'ordre politique, religieux et social en Arabie saoudite".

Le blogueur est lauréat du prix RSF 2014 dans la catégorie net-citoyen. Il a aussi été choisi en 2015 par les chefs de file des groupes politiques du Parlement européen comme lauréat du Prix Sakharov pour la liberté d'expression. En 2015 et 2016, il figurait parmi les nominés pour le prix Nobel de la Paix.